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« Je veux seulement pouvoir enterrer mon fils » : A Bruxelles, le cri des proches de détenus et disparus en Syrie contre l'oubli

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Les proches de détenus et disparus en Syrie interpellent la communauté internationale pour demander justice. Trois témoignages, en vidéo. 

20/03/2019

« Libérez-les ! » Ce cri, écrit en grosses lettres noires sur le « Bus de la liberté », est celui, hurlé depuis des mois, des années, par les proches de disparus et détenus en Syrie. Pour que leur message ne se noie pas, ils l'ont écrit sur ce bus, couvert de portraits, et parqué à Bruxelles, la semaine dernière, alors que se tenait, dans la capitale belge, la Conférence de soutien à la Syrie et aux pays de la région, organisée par l'ONU et l'Union européenne. « Je veux qu'on me rende la dépouille de mon fils, je veux pouvoir l'enterrer dignement », glisse, d'une voix ferme, Mariam el-Hallak, dont le fils Ayham a été tué en 2012 dans un centre de détention syrien. Depuis, cette femme aux traits tirés, réfugiée en Allemagne, se bat pour que justice soit faite.

Après Londres, Paris, Berlin et Genève, le « Bus de la liberté » s’était garé place du Luxembourg, à Bruxelles, face au Parlement européen. Sous le crachin belge, des dizaines d'hommes et de femmes, comme Mariam, sont venus demander justice et liberté pour leurs proches et les dizaines de milliers de civils emprisonnés dans les geôles syriennes.

Selon le Réseau syrien des droits de l’Homme, dont le directeur, Fadel Abdel Ghani, tenait lui-même entre ses mains le portrait d’un disparu, plus de 117 000 civils ont été arrêtés et détenus, entre 2011 et 2015, en Syrie, la plupart par les forces de sécurité du gouvernement. L’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH) évoque quant à lui 500 000 détenus et disparus pendant la même période.

Ahmad Helmi a eu la chance de revenir de l'enfer. Arrêté en 2012 sur le campus de l’Université de Damas, pour avoir manifesté pacifiquement contre le régime de Bachar el-Assad, le jeune homme a passé trois ans dans les prisons syriennes où il a été torturé. « Je ne vais pas raconter le détail des tortures physiques, psychologiques et sexuelles que j’ai subies… En six mois, j’ai perdu 35 kilos, mes cheveux et mes dents. J’ai tellement changé que ma mère ne m’a pas reconnu lors de sa première visite en prison. » Libéré en 2014, le jeune homme fuit la Syrie pour trouver refuge en Turquie. « Peu après ma sortie de prison, j’ai appris que j’étais de nouveau sur la liste des personnes recherchées. Ce qui signifie que j’aurais été tué si j’avais été de nouveau arrêté, car c’est ce qui arrive lorsqu’on est arrêté pour le 2e fois. » En Turquie, Ahmed Helmi met en place l’initiative Ta'afi (réhabilitation en arabe) pour aider les anciens détenus à reprendre leur vie en main, en Turquie et dans les régions syriennes non contrôlées par le régime syrien.


Ahmad Helmi : J'ai perdu 35 kilos, mes cheveux et mes dents.


Le mari de Noura Ghazi, ingénieur informatique et activiste pacifique, n’aura pas cette chance. Arrêté en mars 2012, Bassel Khartabil Safadi est exécuté en prison à Damas en octobre 2015. Ce n’est que près de deux ans plus tard, que Noura Ghazi obtiendra la confirmation officielle de la mort de Bassel. « J’ai reçu une déclaration personnelle du registre d’état civil m’informant de la date de sa mort, dit-elle. C’est tout. »

Selon le Réseau syrien des droits de l’Homme, entre mars 2011 et juin 2016, 12 679 prisonniers sont décédés à la suite d’actes de torture. 99 % d’entre eux ont été torturés par les forces du régime syrien. En 2017, Amnesty International avait en outre accusé le régime d'avoir pendu quelque 13 000 personnes entre 2011 et 2015, dans la prison de Saydnaya, près de Damas, dénonçant une « politique d'extermination ». Après des années de mutisme, les autorités syriennes ont commencé à rendre public, en 2018, des milliers de noms de Syriens qui seraient morts de « causes naturelles » en détention, principalement entre 2011 et 2014.

Noura Ghazi, avocate des droits de l’Homme et également fille d’un chef de l’opposition syrienne, lui-même arrêté neuf fois, poursuit son combat pour la justice et pour faire du dossier des détenus et disparus « une priorité pour tous les gouvernements impliqués dans la crise syrienne », à travers notamment l’Association des Familles pour la Liberté.


Noura Ghazi : Je demande la justice pour mon mari exécuté en prison.


Mariam el-Hallak, elle, avait trois fils. L’un a été réinstallé par les Nations unies en Nouvelle-Zélande avec sa famille. Un autre a pris la mer pour se réfugier en Allemagne. Le troisième, Ayham, est mort à 25 ans dans les prisons syriennes, en novembre 2012, cinq jours après son arrestation à l’Université de Damas. C’est pour lui et tous les autres détenus qu’elle se bat aujourd’hui, avec les autres membres de l’Association des familles de César, du nom de ce photographe, ex-membre de l'unité de documentation de la police militaire syrienne, qui s’est enfui en 2013 avec des milliers d’images de corps de détenus, torturés à mort, pour prouver les crimes de Damas. « Pendant un an et cinq mois, j’ai cherché à savoir si mon fils était vivant ou mort, jusqu’à ce que les autorités me donnent un acte de décès me disant qu’il était mort d’un arrêt cardiaque et respiratoire, se souvient Mariam el-Hallak. Sa mort est devenue une certitude quand j’ai reconnu son corps dans le dossier César. »

Depuis, réfugiée à Berlin, Mariam el-Hallak demande justice. « J’étais parmi les premières à porter plainte contre les chefs des services sécuritaires syriens. Il y a eu un mandat d’arrêt contre Jamil el-Hassan, le chef des services de renseignement de l’armée de l’air syrienne. Et on en attend d’autres.»



Mariam el-Hallak : Je veux une tombe pour mon fils


En juin dernier, la justice allemande avait lancé un mandat d’arrêt international contre Jamil el-Hassan sur la base d’informations fournies par « César », un photographe militaire syrien, et sur plusieurs témoignages. En février dernier, l'hebdomadaire allemand Der Spiegel rapportait que l'Allemagne avait transmis aux autorités libanaises une demande d'extradition de Jamil el-Hassan, qui se ferait soigner au Liban.


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gaby sioufi

distanciation oblige , pas nos onions diriez vous !
mais faut quand essayer d'imaginer la rancoeur des centaines de milliers de citoyens syriens qui ont souffert-continuent de souffrir a cause - entre autre-du pouvoir syrien,
leur rancoeur de voir nos propres "citoyens" louer ce meme pouvoir, chanter ses exploits sans commune mesure !
pas etonnant si ces personnes mijotent leur vengeance a venir .
l'excuse, la seule que les LIBANAIS PURS ET DURS ont a leur presenter est que nos propres citoyens ont souffert pareil aux leurs, qu'un nombre indetermine de nos propres citoyens souffrent depuis des dizaines d'annees dans ces memes geoles alors que les memes chants de louange a la gloire de ce meme pouvoir.

Sarkis Serge Tateossian

Autant de drames et tragédies hélas comme dans toutes les guerres.
Ce ne sera pas pour demain la sagesse de l'humanité.

Yeomans Roger

(Il n'est pas nécessaire de publier ce message supplémentaire)

De rien, mesdames et messieurs! Vous avez corrigé les fautes que j'ai repérées sauf celle dans le troisième paragraphe troisième ligne: arrêté.

L'Orient-Le Jour

Cher Monsieur, veuillez nous excuser pour ces fautes. Nous avons eu un petit problème de parcours de la copie.
Bien cordialement

Yeomans Roger

Ça se passe très rarement chez votre journal. J'ai compté cinq fautes de grammaire/de typographie dans cet article.

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