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Liban

Hariri conforté dans son rôle de leader sunnite incontesté

Liban-Arabie

Soutenu à l’intérieur par sa communauté et à l’extérieur par Riyad, le Premier ministre jouit désormais d’une plus grande marge de manœuvre.

16/03/2019

C’est une véritable faveur que le Hezbollah vient de faire au Premier ministre, Saad Hariri, et à son camp politique. En s’en prenant, même implicitement, à l’ancien chef de gouvernement Fouad Siniora, dans son équipée contre la corruption, le parti chiite semble avoir rendu, sans le vouloir, un grand service à ce dernier et derrière lui, au chef du courant du Futur. Désormais renfloué aussi bien à l’intérieur – au lendemain notamment de sa réconciliation avec l’ancien ministre de la Justice Achraf Rifi, avec lequel il était à couteaux tirés depuis trois ans – qu’à l’extérieur, grâce à l’Arabie saoudite qui lui a réservé il y a quelques jours un accueil chaleureux accompagné de généreuses promesses de soutien politique et financier, Saad Hariri peut dorénavant avoir les coudées franches pour mieux faire face à ses détracteurs au sein du gouvernement et rétablir un équilibre que le Hezbollah et le camp du 8 Mars avaient fait pencher de leur côté. La réconciliation entre MM. Rifi et Hariri mardi dernier, parrainée par Fouad Siniora, est ainsi venue couronner une dynamique de resserrement des rangs au sein de la communauté sunnite, dont les principaux pôles ont fait bloc avec M. Siniora depuis que ce dernier a été mis en cause dans sa gestion des comptes publics de l’État.

Après la mise en garde virulente de la plus haute instance religieuse sunnite, Dar el-Fatwa, qui avait évoqué « une ligne rouge à ne pas dépasser » dans le dossier de la corruption imputée indirectement à M. Siniora, suivie de communiqués tout aussi corsés issus du courant du Futur ainsi que d’une déclaration de solidarité inconditionnelle exprimée par l’ancien chef de gouvernement Tammam Salam, qui n’a pas tari d’éloges sur M. Siniora, c’était au tour d’Achraf Rifi de se rallier au mouvement. À l’instar de ses pairs sunnites, M. Rifi a défendu non pas tant le personnage de M. Siniora que le symbole et la ligne politique qu’il représente, et derrière lui, Saad Hariri.

(Lire aussi : Avec le retour de Rifi au bercail, Hariri renforcé sur tous les plans)


« Un pas intelligent »

L’unification du front sunnite est survenue dans le contexte de l’élection partielle de Tripoli, décidée suite à l’annulation par le Conseil constitutionnel de la candidature de la députée haririenne Dima Jamali. En se déclarant aux côtés du Premier ministre, M. Rifi, qui s’est retiré de la bataille, a achevé de faire pencher la balance en faveur de la candidate de Saad Hariri, dont la victoire est d’ores et déjà pressentie.

Forte du soutien de deux autres grands pôles de la capitale du Nord, l’ancien chef de gouvernement Nagib Mikati et l’ancien ministre Mohammad Safadi, Dima Jamali n’aura pas de mal à remporter la bataille, d’autant que le candidat adverse, Taha Nagi, relevant du groupe des sunnites antihaririens, n’a toujours pas décidé de se présenter.

Pour de nombreux observateurs tripolitains, M. Rifi a sans aucun doute effectué un « pas intelligent » en se joignant aux autres ténors de la ville pour soutenir le camp haririen.

« Conscient que sa bataille était perdue d’avance, comme l’ont prouvé les dernières législatives où il a subi un échec cuisant, n’ayant reçu aucun soutien financier de l’Arabie saoudite, il a préféré se placer dans une situation où il aurait plus à gagner qu’à perdre », commente Mohammad Allouche, écrivain et analyste. M. Rifi aura ainsi marqué d’une pierre deux coups : en réintégrant le camp haririen, il a désormais plus de chances de réhabiliter à l’avenir son rôle politique et de retrouver une plateforme plus solide pour poursuivre son combat acharné contre le Hezbollah, sa cible politique privilégiée.


(Lire aussi : La réconciliation Hariri-Rifi, une bouffée d’oxygène pour les souverainistes)


L’appel à l’ordre saoudien

L’ancien ministre de la Justice n’aurait toutefois pas agi par pur pragmatisme politique, mais à la suite d’une incitation claire qui lui serait parvenue depuis l’Arabie saoudite. C’est ce que confirment plusieurs sources concordantes qui croient savoir que depuis quelque temps, Riyad est revenu, subtilement, sur la scène libanaise avec une recommandation ferme adressée à la rue sunnite haririenne : il est temps de mettre un terme à l’éparpillement des troupes et de réunifier les rangs pour contrer, dans la mesure du possible, la montée du Hezbollah.

« La décision de la réconciliation entre Saad Hariri et Achraf Rifi n’aurait pas été prise spontanément mais sur conseil de l’Arabie saoudite et au-delà de l’affaire Siniora », commente pour sa part Karim Bitar, politologue.

Pour Kassem Kassir, un analyste proche des milieux du Hezbollah, Riyad « ne veut surtout pas abdiquer devant la montée de l’influence (du parti de Dieu) au sein du gouvernement, encore moins lui reconnaître une victoire quelconque sur la scène libanaise. Pour eux, la solution est d’œuvrer à mettre de l’ordre à l’intérieur de la maison sunnite ».

Ce serait donc le message qu’aurait également reçu M. Hariri lors de sa récente visite, lundi dernier, à Riyad, où il aurait bénéficié d’un large appui politique dans cette direction, accompagné de promesses d’engagement plus notoire de la part de l’Arabie pour soutenir le Liban dans sa crise économique et financière. Selon des sources concordantes, Riyad serait disposé à financer des projets concrets de développement au Liban, voire à placer des devises à la Banque centrale.

« À l’instar de l’Occident qui n’est pas content non plus de voir l’emprise du Hezbollah s’accroître sur la scène interne libanaise, Riyad ne se fait pas pour autant d’illusions. En ressoudant le front sunnite haririen, l’Arabie saoudite est consciente qu’elle ne pourra réduire qu’un peu l’influence du parti chiite au sein du gouvernement, sans plus. D’où la priorité de renforcer la position de Saad Hariri », note Mohammad Allouche.

Une chose est certaine : le temps où M. Hariri était considéré comme persona non grata par l’Arabie saoudite, notamment lors de l’épisode de sa démission forcée à partir de Riyad en novembre 2017, est révolu. L’homme est désormais réhabilité dans son leadership sunnite, et conforté par un soutien extérieur désormais plus consistant.

La prise de position ferme de Saad Hariri dans l’affaire de la représentation officielle à la conférence de Bruxelles sur l’avenir de la Syrie, après le coup de gueule du ministre d’État pour les Affaires des réfugiés, Saleh Gharib, écarté de la liste des invités, est un échantillon de la nouvelle attitude que M. Hariri peut désormais se permettre d’afficher. « Saad Hariri a fait fi des plaintes exprimées par M. Gharib, et a envoyé un message fort selon lequel c’est le Premier ministre et personne d’autre qui s’exprime sur ce dossier », commente un analyste proche des milieux sunnites.


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Tina Chamoun

Bon il ne lui reste qu'à devenir bedonnant pour que l'image soit parfaite.

L’azuréen

C’est très bien . Il faudrait faire la même photographie avec les représentants de toutes les communautés et le drapeau libanais en toile de fond .

Bery tus

Un pied de nez à tous ceux qui voulaient profiter de ce désaccords loool

gaby sioufi

eh bien ?
pas tres chauds les libanais a la suite de ce rabibochage !
Tous les libanais de ttes les sauces confondues !

ACQUIS À QUI

Alors comme ça la bensaoudie est venue souffler dans les bronches de ses ouailles sunnites ??

À la bonheur pour Saad , je suis content pour lui, vous savez ça aurait pu être un autre .

Et pourquoi pas un autre la prochaine fois ?

Vous connaissez Iznogoud? Lol.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE PHOTO PAREILLE DE TOUS LES SOUVERAINISTES MUSULMANS ET CHRETIENS CHANGERAIT LA DONNE PSYCHOLOGIQUE DANS LE PAYS !

Eleni Caridopoulou

Que Dieu protège Hariri

Irene Said

Voici quatre représentants de la communauté sunnite qui affichent de grands éclats de rires...
nous, on veut bien !

Mais, cela signifie-t-il que cela va mieux aller dans notre pays ?

Que les gens au chômage vont retrouver du travail, que les commerces et les sociétés vont redémarrer, bref que le Liban va pouvoir sortir du presque-coma dans lequel on le maintient depuis les soi-disant "législatives" du 6 mai 2018 ?

Nous, petit peuple sunnite, chiite, chrétien, druze etc. aimerions aussi pouvoir rire aux éclats...de bonheur tout simple et quotidien !!!
Irène Saïd

Bustros Mitri

Oublié le temps des: on vous aime , donc on vous garde des saoudinens...!

Sarkis Serge Tateossian

Des soutiens qui vont contribuer à un plus grand équilibre au sein du gouvernement et plus généralement à l'équilibre du Liban.

Notre pays a besoin de stabilité et d'apaisement dans toutes les communautés. La communauté suprême étant celle de la communauté libanaise (celle de tout le monde).

Cela ne doit pas empêcher au gouvernement de lutter contre la corruption et doubler ses efforts pour la prospérité de notre économie et la reconstruction des infrastructures nécessaires.

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