Près de Caracas, la pénurie d’eau bat son plein et les gens font la queue pour remplir des galons. Yuri Cortez/AFP
Le malaise s’est accru hier au Venezuela qui s’apprête à vivre de nouvelles tensions avec l’appel à manifester de l’opposition, Nicolas Maduro appelant de son côté à la « résistance active » de la population épuisée par cinq jours sans courant.
À la mi-journée, le procureur général du pays, proche du régime, a annoncé l’ouverture d’une enquête visant l’opposant Juan Guaido, « pour son implication présumée dans le sabotage du système électrique du Venezuela », a-t-il indiqué.
Guaido, président de l’Assemblée nationale et président par intérim autoproclamé, a fait voter par les députés l’état d’alerte dans le pays et convoqué les Vénézuéliens à descendre dans les rues pour protester contre cette gigantesque panne, « partout dans le pays », pour hier après-midi, ce qui promet, avec les retards habituels, des rassemblements à la nuit tombée.
Un rendez-vous qui peut mal tourner, alors que le chef de l’État Nicolas Maduro a de son côté lancé lundi soir un appel à la « résistance active » de la population contre les attaques fomentées selon lui « par les États-Unis » contre le système électrique du pays. M. Maduro a notamment cité dans une allocution télévisée les « colectivos » qui désignent aussi bien les groupes de citoyens œuvrant pour la communauté que des formations violentes de sinistre réputation, agissant en milice.
Journée chômée
Le gouvernement a de nouveau décrété une journée chômée jusqu’à aujourd’hui matin, comme tous les jours depuis le début de la panne jeudi dernier en fin d’après-midi. Selon le ministre de l’Information Jorge Rodriquez, « le courant est rétabli pratiquement dans tout le pays, mais la bataille électrique continue ». La réalité est impossible à vérifier, faute de moyens de communication.
Pour M. Maduro, les attaques « cybernétique » et « électromagnétique » contre la centrale de Gurri, dans le sud du pays, sont organisées par les États-Unis pour « désespérer » la population, afin de justifier une intervention militaire.
Il a annoncé l’arrestation de deux personnes qui, selon lui, s’apprêtaient à commettre un sabotage.
Pour l’opposition, ce chaos qui plonge pratiquement tout le pays dans le noir est dû à la « négligence et à la corruption » du régime. Une correspondante de l’AFP, qui a pu s’en approcher hier, a observé un déploiement militaire aux abords de la centrale.
Journaliste arrêté
Signe de fébrilité, un journaliste et défenseur des droits humains, Luis Carlos Díaz, a été arrêté lundi et son domicile perquisitionné par les services de renseignements qui l’accusent d’être lié aux attentats contre le système électrique, selon le Syndicat national des membres de la presse (SNTP). Les charges retenues contre ce journaliste, très connu au Venezuela et actif sur les réseaux sociaux, n’étaient pas connues. Juan Guaido et l’Assemblée ont condamné une « grave violation des droits humains ». La semaine dernière, un journaliste américain, Cody Weddle, installé de longue date à Caracas, avait été arrêté et expulsé le soir même.
Pendant ce temps, la population lutte de plus en plus âprement pour sa survie, alors que les vivres, et surtout l’eau, commencent à manquer.
Au pied de la montagne Avila qui sépare Caracas de la mer, la foule se rue pour tenter de recueillir l’eau qui s’écoule des pentes boisées : « Je n’ai plus rien à donner à manger à mes enfants », sanglote Yulimar, mère de trois enfants, dont les réserves sont épuisées.
Les gens se ravitaillent comme ils peuvent et se lavent dans les fontaines des parcs. Le régime a commencé la distribution d’aide dans les hôpitaux notamment, mais dans les quartiers populaires beaucoup se plaignent de n’avoir rien reçu, et le malaise augmente alors que les commerçants qui ont encore quelque chose à vendre réclament généralement des dollars.
S’il reste difficile de connaître la situation dans le reste du pays, des pillages ont été signalés à Maracaïbo, la grande ville pétrolière de l’Ouest. « Ils ont dévasté notre boulangerie, plus loin ils ont emporté des pneus. J’ai vu des gens faire la queue pour un kilo de riz : il a fallu tirer en l’air pour organiser la distribution. Il y a beaucoup de tension », a confié à l’AFP Alberto Barboza, 26 ans, joint sur place.
Source : AFP


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