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Moyen Orient et Monde

En Algérie, « la colère populaire n’est pas près de cesser »

Entretien express

« L’Orient-Le Jour » a interrogé Hasni Abidi, politologue, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen et spécialiste de l’Algérie.

05/03/2019

Après plusieurs jours riches en protestations, de jour comme de nuit, dans les rues d’Algérie où le peuple s’est dressé contre une cinquième candidature de Abdelaziz Bouteflika, 82 ans, ce dernier a néanmoins tenu à faire déposer son dossier électoral. Il doit encore être validé par le Conseil constitutionnel avant le 14 mars, mais devrait passer sans surprise.

Le chef de l’État algérien a néanmoins promis qu’il ne finirait pas son mandat s’il était réélu, qu’il organiserait des élections anticipées et élaborerait une nouvelle Constitution dont la validation sera soumise par referendum et qui porterait sur « la naissance d’une nouvelle République ». Cela ne semble cependant pas avoir apaisé la population qui entend bien continuer de manifester ces prochains jours.

Le point sur la situation avec Hasni Abidi, politologue, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (Cermam) et spécialiste de l’Algérie.

Le régime peut-il s’entendre sur une alternative au président Bouteflika dans la situation actuelle ?

Il n’existe pas d’alternatives au sein du Front de libération national (FLN, parti de Abdelaziz Bouteflika) parce que c’est un parti qui n’a plus aucune autonomie par rapport au pouvoir. Le FLN, qui a présenté la candidature de M. Bouteflika, est en réalité un parti “administratif” et une machine à “gagner des voix” lors des élections. Deuxièmement, pour le régime en place, le fait de présenter M. Bouteflika signifie qu’ils n’ont pas trouvé de consensus sur un dauphin. Le président n’a d’ailleurs pas perdu sa lucidité et a probablement émis le souhait de rempiler et de finir ses jours en tant que chef de l’État algérien. Une éventuelle alternative ne peut venir que des urnes. Mais les urnes sont confisquées depuis maintenant plusieurs années en Algérie.


(Reportage : « On est dans la rue parce qu’on veut un humain au pouvoir, pas une momie »)


Les récentes annonces du pouvoir central suffiront-elles à calmer le jeu dans la durée ?

Il est difficile de faire la part des choses entre une “feuille de route” du prochain président et des promesses électorales dans la mesure où lors du quatrième mandat, il avait promis des réformes sans que rien n’ait été fait. La deuxième incertitude réside dans sa capacité à mener ces réformes, notamment en raison de son état de santé qui s’est particulièrement dégradé et de sa très faible cote de popularité auprès du peuple qui n’a plus confiance en lui. Enfin, les caisses sont vides. Le président n’a plus suffisamment de ressources financières, comme ce fut le cas en 2009 ou 2014, époque où l’État avait quelque 850 milliards de dollars de côté. Cela constituait un matelas confortable de devises pour amortir et financer les réformes. La colère populaire n’est donc pas près de cesser, mais tout dépendra de la capacité du pouvoir central à gérer les manifestations, et de la capacité de la “rue algérienne” à maintenir les pressions qu’elle exerce actuellement. Le “passage en force” de la candidature de M. Bouteflika n’exclut pas par ailleurs une éventuelle confrontation.

Y a-t-il un risque de répression si les manifestations se poursuivent ?

Le risque existe de part et d’autre. Il peut éventuellement y avoir des éléments étrangers aux manifestations qui peuvent jouer la carte du pourrissement pour radicaliser la rue, qui est actuellement pacifique. Cette radicalisation nécessitera une réponse adaptée de la part des forces de l’ordre. Dans le cas d’une confrontation, cela risque de dissuader les Algériens de continuer à mettre la pression sur le pouvoir. Ce qu’il faut néanmoins retenir, c’est que les Algériens ont franchi un cap en surmontant le “mur de la peur” par leur refus de “dire oui” et de voir M. Bouteflika briguer un cinquième mandat.


Repère 

Les dates-clés de la présidence Bouteflika

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