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Reportage

« On est dans la rue parce qu’on veut un humain au pouvoir, pas une momie »

Des milliers d’étudiants algériens ont manifesté dimanche 3 mars pour exprimer leur rejet de la candidature du président sortant Abdelaziz Bouteflika, malgré la répression policière.


« Il n’y a aucun doute que les élections sont truquées, alors pourquoi se déplacer ? » se demande une jeune étudiante. Ramzi Boudina/Reuters

Retranchée dans une cage d’escalier d’un ancien bâtiment du centre d’Alger, Sihem reprend difficilement son souffle. Cette étudiante en biologie de 19 ans vient d’inhaler du gaz lacrymogène tiré par les forces de police algériennes, qui ont quadrillé la capitale dimanche 3 mars pour empêcher les manifestations contre la candidature du président Abdelaziz Bouteflika. « Je ne comprends pas leur réaction, nous marchons pacifiquement », souffle la jeune femme, dans un filet de voix. À l’extérieur, les slogans contre la participation au scrutin du 18 avril du président sortant, considérablement affaibli depuis un accident cérébral en 2013, fusent : « Pouvoir assassin ! », « Non Bouteflika, pas de cinquième (mandat) »…

Jusque dans les dernières heures avant la fin du dépôt des candidatures auprès du Conseil constitutionnel, les étudiants algériens ont tenté de mettre la pression sur Abdelaziz Bouteflika. Comme le 24 février dernier, ils sont sortis en grand nombre manifester leur « colère » contre un « pouvoir qui ne les écoute pas ».À Alger, les sit-in ont démarré à 9h dans l’enceinte même des facultés. « Nous n’avons pas eu le choix. Les policiers ont fermé les portes des universités pour nous empêcher de sortir manifester à l’extérieur », raconte Sihem. Soutenus par l’arrivée de camarades, inscrits dans d’autres établissements, les étudiants de la faculté centrale, située au cœur de la capitale, ont réussi à s’extraire des murs de l’université pour battre le pavé. Mais, sur les artères principales de la capitale, le dispositif de sécurité mis en place est impressionnant. Des dizaines de voitures de police sont stationnées devant l’entrée de la faculté centrale tandis qu’un camion à eau coupe l’accès à la rue Didouche Mourad. Noyautés par un cordon d’hommes en uniforme bleu, les manifestants se retrouvent confinés dans un périmètre limité du centre de la capitale.

Au même moment, à Bouira, Blida, Constantine ou encore à Mostaganem, des milliers d’étudiants sont sortis dans la rue protester contre un cinquième mandat de Abdelaziz Bouteflika. « Cette candidature est illogique. On ne sait même pas s’il respire encore. On ne sait même pas où il se trouve en ce moment, s’il est encore hospitalisé en Suisse », lance Réda, un étudiant en chirurgie dentaire de 21 ans, un drapeau algérien noué autour du cou.

À quelques mètres de lui, Amel, également drapée de l’emblème national vert et rouge, acquiesce. « On est sorti dans la rue parce qu’on veut un humain au pouvoir, pas une momie. Après 20 ans de Bouteflika, il est grand temps de tourner la page, son temps est révolu », estime cette étudiante de 22 ans.


(Lire aussi : Scénario égyptien ou syrien pour l’Algérie ?, le commentaire d'Anthony SAMRANI)


« Quoi qu’il arrive, on restera pacifique »
La colère de ces milliers de jeunes manifestants ne se cristallise pas seulement sur la personne de Abdelaziz Bouteflika, en poste depuis 1999. Dans leur viseur : l’ensemble de l’élite politique algérienne qui tient les rênes du pays depuis plusieurs années. « On exprime un ras-le-bol général. On ne dit pas que “non” au cinquième mandat. On demande aussi à toute la clique de Bouteflika de partir. (Le Premier ministre) Ouyahia, (l’ancien ministre des Transports, membre du staff de campagne de Abdelaziz Bouteflika) Ghoul, (le chef du groupe parlementaire du FLN au Parlement) Bouchouareb… ils doivent tous partir », lance Chahinez, une étudiante en anglais de 22 ans, en tenant une pancarte sur laquelle on lire : « You can’t ! Leave now ! ».

Inédit et spontané, ce mouvement de protestation n’est pas encore structuré. À sa tête, ni leader politique ni syndicat. Les revendications ne sont pas non plus encore clairement définies. Dans la foule, certains appellent au boycott des élections tandis que d’autres se rendront aux urnes le 18 avril. Hassiba, rédactrice du magazine de la faculté centrale, a décidé pour sa part de bouder le scrutin présidentiel. « J’ai voté aux trois dernières élections et, à chaque fois, c’est Bouteflika qui a gagné. La dernière fois, il n’a même pas eu besoin de faire campagne pour gagner. Il n’y a aucun doute que les élections sont truquées alors pourquoi se déplacer ? » se demande-t-elle.

Dans ce contexte, il est encore difficile de prévoir l’avenir de cette contestation. Mais elle semble partir pour durer malgré le maintien de la candidature de Abdelaziz Bouteflika. « On manifeste depuis le 22 février et ils ne nous entendent pas. Ils persistent avec l’option du cinquième mandat. Leur obstination ne va pas nous arrêter. S’il le faut on entrera en grève », prévient Hassiba.

Réda affiche la même détermination. « Nous n’avons pas peur que le mouvement dégénère car nos intentions sont bonnes. On est sorti avec civisme. Quoi qu’il arrive, on restera pacifique. S’il y a de la violence, elle sera du côté de la police. Mais le mouvement ne va pas s’arrêter là, le droit est de notre côté », insiste-t-il.

Sur les réseaux sociaux, des appels à manifester continuent d’ailleurs de fleurir. Une marche est d’ailleurs prévue à travers tout le pays vendredi 8 mars. Plus d’un million d’Algériens sont attendus dans les rues de la capitale.


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Retranchée dans une cage d’escalier d’un ancien bâtiment du centre d’Alger, Sihem reprend difficilement son souffle. Cette étudiante en biologie de 19 ans vient d’inhaler du gaz lacrymogène tiré par les forces de police algériennes, qui ont quadrillé la capitale dimanche 3 mars pour empêcher les manifestations contre la candidature du président Abdelaziz Bouteflika....

commentaires (2)

Faut se dire que le pouvoir entretient la santé, peut être. Si boubou n'avait pas ce pouvoir il ne serait plus, peut être.

FRIK-A-FRAK

09 h 56, le 04 mars 2019

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Commentaires (2)

  • Faut se dire que le pouvoir entretient la santé, peut être. Si boubou n'avait pas ce pouvoir il ne serait plus, peut être.

    FRIK-A-FRAK

    09 h 56, le 04 mars 2019

  • LA MOMIE NE GOUVERNE PAS. IL Y A UN OU PLUSIEURS TRIUMVIRATS CACHES DERRIERE ET QUI EUX GOUVERNENT...

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    07 h 24, le 04 mars 2019