Decathlon a renoncé à commercialiser un « hijab sport » en France après une levée de boucliers. Pascal Guyot/AFP
La polémique en France autour du « hijab de sport » , que le groupe Decathlon a renoncé à commercialiser après une levée de boucliers d’élus de tous bords politiques, rappelle, deux ans après l’affaire du « burkini », les crispations autour de la question sensible de la laïcité. L’irruption de la mode islamique dans l’espace public soulève régulièrement des tollés en France, suscitant souvent l’incompréhension à l’étranger. « Une nouvelle fois, la France fait tout un drame des choix vestimentaires des femmes musulmanes », a ainsi écrit mardi le Washington Post. Les flèches ont été décochées en quelques heures, de part et d’autre de l’échiquier politique français.
Le « boycott » a été réclamé à la fois par Valérie Rabault, présidente du groupe socialiste à l’Assemblée nationale, et le chef de file du parti souverainiste Debout la France, Nicolas Dupont-Aignan. La porte-parole du parti présidentiel La République en marche, Aurore Bergé, a déclaré qu’elle ne fera « plus confiance à une marque qui rompt avec nos valeurs ». La polémique a enflammé les réseaux sociaux en France tandis que l’enseigne a indiqué sur Twitter avoir été inondée d’appels et d’e-mails d’insultes et de menaces, visant aussi les salariés dans les magasins, « parfois physiquement ». « Une hystérisation » du débat déplorée hier par la ministre française de la Justice Nicole Belloubet, qui a rappelé que ce hijab, « qui laisse le visage libre et visible » selon la marque, n’était pas contraire à la loi sur la laïcité et l’ordre public.
« Idéologisation du foulard »
Seule la ministre des Sports, Roxana Maracineanu, a pris clairement position pour la vente de ce type de vêtements : « Je veux aller chercher les femmes, les mères, les jeunes filles partout où elles sont et comme elles sont, les encourager à la pratique du sport car c’est, j’en suis convaincue, un levier puissant d’émancipation », a-t-elle tweeté.
Cette nouvelle polémique, « c’est de la folie », s’insurge le sociologue Raphaël Liogier. « Quel est le point commun entre l’idée d’être plus élégante, de se baigner ou de faire du sport en public ? Dans les trois cas, c’est interdit par l’islam », rappelle-t-il (...). Ces femmes qui portent ces vêtements sont pour la modernisation de l’islam. Donc en demandant de retirer le hijab, on soutient les fondamentalistes », ajoute-t-il. « Plus on accule les femmes qui portent le foulard à l’ôter ou plus on les culpabilise, plus les fondamentalistes trouveront une légitimité et diront “voyez, la France est contre l’islam, donc tenez à votre foi» », abonde Farhad Khosrokhavar, directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales (Ehess).
Alexandre HIELARD et Simon VALMARY / AFP


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