Un combattant des Forces démocratiques syriennes donne du pain à des enfants près de Baghouz. Rodi Said/Reuters/File Photo
Derrière le grillage, un bébé d’un an aux grands yeux regarde, hagard, s’agiter autour de lui la petite société du camp d’al-Hol, où des dizaines de milliers de déplacés de la guerre contre l’EI cohabitent sous tension avec des familles de jihadistes arrêtées. Porté par une prisonnière sud-africaine, Souleiman (les prénoms des enfants ont été changés) est français. Croisé sur place par l’AFP, il a le visage strié de cicatrices, infligées par un bombardement dont on ne peut sans doute mesurer l’ampleur des séquelles. Il fait partie de la quarantaine d’enfants non accompagnés, ou de manière temporaire, par une bonne âme, sur les plus de 2 500 de 30 nationalités capturés avec leurs familles au fil de la déroute de l’EI et placés dans trois camps du Nord-Est, selon l’ONG Save the Children.
Souleiman, Chahir, Hassan...
Son destin et celui de ses deux frères ont basculé il y a cinq mois dans le village d’al-Chaafa, l’un des principaux derniers bastions des jihadistes, assiégés le long de l’Euphrate par les forces arabo-kurdes avec le soutien des avions de la coalition internationale. Ce jour-là, sa mère, Julie Maninchedda, une Française de 26 ans, y meurt dans un bombardement avec son second mari, un Marocain de l’EI, selon plusieurs femmes jihadistes qui se trouvaient dans la zone. Elle était séparée depuis plusieurs mois de son premier époux, Martin Lemke, un Allemand avec lequel elle avait rejoint l’EI en Syrie à l’automne 2014.
Sa disparition a précipité la séparation de leurs trois fils, Souleiman, Chahir et Hassan, âgés respectivement d’un, de trois et de cinq ans. L’aîné est allé avec son père, ses deux autres femmes – des Allemandes – et leurs trois enfants. Fin janvier, la famille s’était rendue aux forces kurdes après avoir fui Baghouz, ultime refuge de l’EI. Et Martin Lemke, soupçonné d’avoir appartenu aux très craints services de renseignements de l’organisation jihadiste, a été envoyé en prison.
« Une chance de se reconstruire »
Emmitouflé dans un manteau rouge poussiéreux, chaussé de sandales trop grandes pour lui, Hassan est assis dans un coin, silencieux, le regard dans le vague. Quant à Chahir et Souleiman, les deux femmes de Lemke ont dit les avoir confiés à une Syrienne après la mort de leur mère. « C’était trop, j’avais déjà mes deux petits enfants avec moi », a expliqué la plus jeune, Leonora, coiffée d’un voile noir, entre deux biberons.
Arrivés avec la Syrienne à al-Hol, Souleiman et Chahir ont depuis atterri dans les bras de deux autres détenues de l’EI, une Sud-Africaine et une Allemande. Selon Nadim Houry, de l’ONG Human Rights Watch (HRW), qui les a rencontrés début février dans le camp, les deux petits ont été physiquement maltraités par la Syrienne et sont affaiblis : Souleiman ne marche pas et ne parle pas, et Chahir, amaigri, est accablé de maux de ventre. « Entre le froid glacial, la pluie, le vent, la promiscuité et l’absence de suivi, les conditions de vie dans le camp sont atroces pour les jeunes enfants », déplore M. Houry. Hassan a atterri dans un autre camp du Nord-Est, a indiqué la Sud-Africaine qui s’occupe de son petit frère.
À plus de 4 000 kilomètres de là, dans le nord de la France, Lydie Maninchedda, 56 ans, a appris fin janvier la mort de Julie, sa fille unique. Puis s’est mobilisée pour ses petits-enfants. Avec son mari Patrice, elle a écrit au président Emmanuel Macron pour lui demander de « faire preuve d’un peu d’humanité » en les rapatriant. « Dieu sait ce qu’ils ont vécu », a-t-elle déclaré. « Mais ils sont tout petits, ils n’ont rien fait. Il faut qu’on leur donne une chance de se reconstruire, d’avoir une vie. » La France, longtemps réticente sur ce sujet sensible, s’est dit à l’automne ouverte au rapatriement des enfants, qui sont au moins une centaine dans les camps en Syrie, à commencer par les orphelins. Mais sans donner de calendrier.
Emmanuel DUPARCQ et Rouba EL-HUSSEINI/AFP


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