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Moyen Orient et Monde

Le régime Assad accentue la pression sur Idleb

Syrie

L’escalade des violences pourrait être le prélude d’une offensive de grande envergure.

25/02/2019

Plusieurs semaines déjà que la province d’Idleb est sous le feu des bombardements du régime. « Tandis que le monde est préoccupé par la défaite imminente de l’État islamique dans l’est de la Syrie, Assad continue de commettre des crimes de guerre contre des civils dans le Nord-Ouest », a dénoncé l’ONG The Syria Campaign. Les villes de Maarat al-Noumane et Khan Cheikhoun sont quotidiennement visées par des centaines de missiles lancées par les forces de Damas, entraînant la mort de dizaines de civils, dont de nombreux femmes et enfants.

La province d’Idleb et les territoires insurgés adjacents font l’objet depuis septembre d’un accord russo-turc sur une « zone démilitarisée » qui a permis à la région d’éviter une vaste offensive militaire du pouvoir de Bachar el-Assad qui continue toutefois de bombarder la région. Cette province est majoritairement contrôlée par le groupe jihadiste Hay’at Tahrir al-Cham (HTC), dominé par l’ex-branche syrienne d’el-Qaëda, qui a chassé le mois dernier un groupe de rebelles soutenus par la Turquie, après une offensive meurtrière. Cette offensive a été suivie par un accord faisant passer toute la région sous le contrôle administratif des jihadistes, le « Gouvernement du salut ».

Les premiers bombardements contre Maarat al-Noumane depuis l’accord de désescalade ont coïncidé avec le passage de la ville sous le contrôle total de HTC, le 29 janvier dernier. Début février, le régime syrien a intensifié ses attaques contre la province qu’il espère ramener dans son giron, provoquant de nombreux déplacements. « Cela fait plus de vingt jours que nous subissons les attaques de missiles du régime, qui ont provoqué des massacres », raconte Hanin al-Sayed, une journaliste et activiste de l’opposition, à Maarat al-Noumane, contactée par L’Orient-Le Jour. Même constat à Khan Cheikhoun, bombardée « jour et nuit », et où les habitants n’osent plus mettre un pied dehors. Les activistes de l’opposition dénoncent le ciblage systématique des bâtiments civils, notamment des écoles et des habitations. « Les attaques se sont d’abord concentrées sur la partie est de la ville, puis se sont intensifiées contre les quartiers résidentiels. Pendant une semaine, les habitants de la rue principale sont restés cloîtrés chez eux », confie Karim, un habitant de Khan Cheikhoun. Au deuxième jour des bombardements, ce père de famille a pris la décision de quitter la ville pour se réfugier à Jabal al-Zawiya, plus au nord.


(Lire aussi : HTS et el-Qaëda : les liaisons dangereuses)



Aide humanitaire
« La ville est déserte et près d’un tiers des habitants sont partis se réfugier, soit dans une ferme dans la plaine que certains possèdent, soit à Idleb ou dans des camps », explique Ala’, un activiste resté à Khan Cheikhoun, contacté via WhatsApp. La ville porte encore les stigmates de l’attaque chimique d’avril 2017, imputée au régime, qui avait fait plus de 80 morts. « C’est certain que les gens ont peur qu’il réitère cela », poursuit Ala’. Le sort de la province d’Idleb a été discuté lors d’un sommet organisé à Sotchi, entre Vladimir Poutine, Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani, le 14 février. Le président russe a mis la pression sur son homologue turc, parrain de l’opposition, pour en finir une fois pour toutes avec cette région. « Le cessez-le-feu ne signifie pas que nous devons accepter la présence de groupes terroristes. Par conséquent, je suggère d’examiner les mesures concrètes que la Russie, la Turquie et l’Iran pourraient prendre pour détruire complètement le foyer terroriste », a insisté M. Poutine.

À Maarat al-Nouman samedi, une femme enceinte a été blessée, ce qui a provoqué la mort du bébé et la stupeur chez les habitants de la province. Aziz al-Asmar, un artiste-peintre de Binnich, a rendu hommage hier à la petite fille martyre dans un tag sur un mur de sa ville. « Les enfants et les nourrissons meurent de la plus horrible des façons. Cette petite fille n’était pas encore sortie du ventre de sa mère, vous voyez jusqu’où ils vont pour tuer », s’indigne Hanine qui décrit des habitants à bout de nerfs. « La vie continue malgré tout, les gens doivent sortir de chez eux pour travailler, acheter à manger. Certains refusent de partir et d’autres ne peuvent tout simplement pas se le permettre. Nous sommes encore en hiver et il faut avoir les moyens de pouvoir se reloger ailleurs », déplore l’activiste. « La décision des gouvernements internationaux de couper l’aide au nord-ouest de la Syrie, suscitée par la crainte qu’elle ne soit détournée par HTC, a laissé de nombreux civils confrontés à des assauts sans abri adéquat ni matériel médical. Les personnes déplacées par les dernières attaques ont peu d’espoir de trouver refuge et de l’aide ailleurs dans la région, les camps de personnes déplacées étant déjà débordés », constate The Syria Campaign.

Cette escalade des violences pourrait être le prélude d’une offensive de grande envergure visant à récupérer cette région du Nord-Ouest syrien qui abrite plus de trois millions de civils, dont un million d’enfants. « Il est possible que le régime lance une vaste offensive contre nous, mais je pense que ces bombardements font partie de sa stratégie visant à terroriser les gens et à les pousser à partir », explique Ala’. « Cette escalade est voulue par le régime et la Russie pour mettre la pression sur la population afin qu’elle quitte sa terre. Nous sommes tous épuisés et démoralisés, mais nous résisterons car c’est notre droit le plus élémentaire que de rester chez nous », conclut Hanine.


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LES DEUX HYDRES AUX PRISES !

PAUL TRONC

C'est ici que la DÉFAITE de l'ei se fera , et avec eux celle de la coalition du complot occidentalo wahabo sioniste.

On cherche à nous distraire avec ces " derniers réduits " wahabites , mais l'axe de la résistance ne se laissera endormir , seul cet axe sait ce qui doit se faire pour que l'éradication des marionnettes de cet occident prédateur et ses sbires locaux et régionaux se fasse .

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