Syrie

HTS et el-Qaëda : les liaisons dangereuses

Sur cette photo d'archives prise le 14 août 2018, des combattants syriens assistent à une simulation de bataille en prévision d'une attaque du régime contre la province d'Idleb et la campagne environnante. AFP/Omar Haj Kadour

L’alliance jihadiste Hayat Tahrir al-Cham (HTS), qui contrôle désormais la province d’Idleb dans le nord-ouest de la Syrie, assure avoir rompu avec

el-Qaëda, mais des liens cruciaux avec l’organisation fondée par Oussama Ben Laden persistent, estiment officiels et analystes. Au fil des changements de nom, des changements de chef et des déclarations postées sur internet, les relations entre HTS et el-Qaëda semblent s’être distendues, mais, pour de nombreux experts, il ne s’agit que d’écrans de fumée destinés à tromper notamment les services secrets internationaux.

Le mouvement jihadiste syrien Front al-Nosra, dont est issu HTS, avait annoncé en juillet 2016 la rupture, décidée d’un commun accord, de ses relations organisationnelles avec el-Qaëda, à laquelle il avait prêté allégeance. En fait, il s’agissait d’« un changement de nom assorti d’un maintien secret de l’allégeance », explique Hassan Hassan, un spécialiste des mouvements jihadistes au Tahrir Institute for Middle East Policy, à Washington.

« HTS a maintenu des liens avec les mouvements intégrés à el-Qaëda dans le nord de la Syrie, accordant même des territoires et des ressources à ces groupes prétendument rivaux », ajoute-t-il. « Ils sont sur la même orbite et ont des connexions organiques. Les analystes qui voient cette relation en noir et blanc n’ont souvent aucune idée de l’existence de ces arrangements locaux, sur place ils sont connus de tous. »

Dans la région d’Idleb, plusieurs factions jihadistes restent officiellement liées au réseau dirigé depuis la mort de Ben Laden par l’Égyptien Ayman al-Zawahiri, dont Hourras al-Din qui comprend plusieurs milliers de combattants syriens et étrangers, dont des vétérans d’Irak et d’Afghanistan, ou le Parti islamique du Turkestan (TIP). Ils ont combattu aux côtés des hommes de HTS lorsqu’il a pris le contrôle de la région d’Idleb, face aux groupes rebelles appuyés par la Turquie.


(Lire aussi : Quelles sont les forces anti-régime dans le nord-ouest de la Syrie ?)


« Changements de nom stratégiques »
Pour le Français Jean-Pierre Filiu, professeur à Sciences-Po Paris, « el-Qaëda demeure une organisation centralisée, à forte hiérarchie pyramidale. Un faisceau d’indices accrédite la thèse d’une mise en scène par HTS de sa rupture annoncée avec la direction d’el-Qaëda ». « C’est d’ailleurs la raison principale de l’échec à Idleb de la Turquie, qui avait misé sur la tendance supposée “syrienne” de HTS pour en neutraliser la composante jihadiste », poursuit-il.

Au moment de l’annonce, il y a deux ans et demi, de la rupture officielle entre le Front al-Nosra et el-Qaëda, de nombreux experts avaient dénoncé une opération tactique de dédiabolisation : en Syrie comme ailleurs, porter le sceau el-Qaëda attire l’attention de services secrets internationaux. Cette étiquette précède souvent de peu les premiers tirs de missiles à partir de drones armés ou de chasseurs-bombardiers.

« Même si HTS affirme être une entité indépendante, sans affiliation avec el-Qaëda, cette organisation est issue de la branche syrienne d’el-Qaëda après une série de changements de noms stratégiques », écrivait hier le centre de réflexion Soufan Group.

« En dépit de ses nombreux changements d’apparence, HTS n’a pas changé d’idéologie et il est largement admis qu’il maintient des liens avec el-Qaëda », assure ce groupe américain fondé par le fameux ex-agent du FBI Ali Soufan, un vétéran de la lutte antijihadiste. « Depuis le début, HTS parie sur le long terme en Syrie en cultivant ses rapports avec des organisations au niveau local », ajoute le Soufan Group, pour se démarquer, du moins officiellement, de la centrale jihadiste fondée par Ben Laden et de son programme d’action international.

C’est au nom de son administration locale, baptisée « Gouvernement du salut », que le HTS a étendu par la force son emprise sur toute la province d’Idleb. La Coalition nationale syrienne, la principale formation de l’opposition en exil, a qualifié hier HTS d’ « organisation terroriste ». Une étiquette que l’ambassade des États-Unis en Syrie a appliquée au groupe en mai 2017. « Le cœur de HTS est al-Nosra, un groupe désigné comme terroriste », a écrit l’ambassade sur son compte Twitter. « Cette désignation s’applique quel que soit le nom qu’il emploie ou le groupe dans lequel il se fond. »



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commentaires (3)

Derrière toute cette nébuleuse SE TROUVENT L'AMERIQUE ET SON APPENDICE USURPATEUR . ERDO LE SAIT TELLMENT BIEN QU'IL TIENT CES 2 LARRONS PAR LES COJONES . NON SANS AVOIR LUI MEME PARTICIPE A CETTE TAMBOUILLE DEGUEULASSE .

FRIK-A-FRAK

16 h 09, le 15 janvier 2019

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Commentaires (3)

  • Derrière toute cette nébuleuse SE TROUVENT L'AMERIQUE ET SON APPENDICE USURPATEUR . ERDO LE SAIT TELLMENT BIEN QU'IL TIENT CES 2 LARRONS PAR LES COJONES . NON SANS AVOIR LUI MEME PARTICIPE A CETTE TAMBOUILLE DEGUEULASSE .

    FRIK-A-FRAK

    16 h 09, le 15 janvier 2019

  • MEME LES AMERICAINS CONFESSENT QUE LA TURQUIE FUT DE 2011 A 2016 LE PRINCIPAL POURVOYEUR DE DAESCH ET L,EST TOUJOURS POUR LES AUTRES ORGANISATIONS TERRORISTES. SON BUT PRINCIPAL EST LE GENOCIDE... INNE DANS LE DNA... DES KURDES !

    L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

    10 h 41, le 15 janvier 2019

  • Personne n'en doute (les russes, les occidentaux et tous les pays concernés) et la Turquie est leur principal soutien. Tout le monde sait.

    Sarkis Serge Tateossian

    02 h 44, le 15 janvier 2019