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Culture

Fanny Ardant, les masques, la politique...

Entretien

Invitée par l’Institut français du Liban, elle incarne l’héroïne durassienne de « Hiroshima mon amour », adapté et mis en scène par Bertrand Marcos. Un rendez-vous unique, ce 28 février à 20h30, au théâtre al-Bustan, avec la grande actrice au regard tissé d’ombre et de lumière qui a répondu aux questions de « L’Orient-Le Jour ».

23/02/2019

« Hiroshima mon amour » : une seule auteure, Marguerite Duras ; deux écritures différentes. Celle, d’abord, d’un scénario pour Alain Resnais qui le réalise en 1959. Et, ensuite, d’un livre, correspondant à cette histoire, édité pour la première fois en 1960. Aujourd’hui, avec Bertrand Marcos, voilà une 3e écriture, ou plutôt adaptation pour le théâtre. Est-elle différente des deux autres ?

L’écriture est une musique. Elle sera reçue selon l’écoute de chacun. Lire un livre, aller au cinéma ou au théâtre font du texte et de l’auditeur un objet particulier. Un texte dit sur scène résonne de façon différente que s’il est lu sur un bateau ou dans un arbre. Au cinéma, le verbe doit être très fort pour rester vivant et significatif au milieu des images hypnotiques.


Août 1957. L’action raconte l’histoire d’amour que vont vivre une jeune actrice française et un architecte japonais, qui se rencontrent pour les besoins du tournage d’un film sur Hiroshima et les conséquences dramatiques de la bombe atomique. Lors de ces rencontres va jaillir le souvenir d’une autre relation amoureuse passée, qu’a vécue cette femme avec un soldat allemand avant la Libération. La redécouverte de l’amour avec ce Japonais s’inscrit alors dans une volonté de faire table rase d’un passé qui ne parvient pas à être effacé. Il y a donc dans ce sujet plusieurs strates de lectures et plusieurs thèmes abordés : l’amour, la querelle des peuples, mais aussi le devoir de mémoire et d’oubli. Qu’est-ce qui vous a séduit en premier lieu dans ce projet ?

Sans hésiter, je dirais l’amour, parce que c’est la grande histoire de la vie. Et dans ce texte, c’est un amour fou, interdit, vécu, revendiqué et proclamé sans honte ni remords.


Que signifie pour vous la mémoire ? Et l’oubli ? Sont-ils indispensables l’un à l’autre ou se phagocytent-ils ?

La mémoire est comme un château intérieur. Il faut que ce soit celui de l’amour et non de la haine. Dans ce château, également, il y a souvent des pièces qu’on a oubliées, dans lesquelles on n’entre plus, d’autres dont on a oublié les clefs, des escaliers qu’on n’emprunte plus ni pour monter ni pour descendre. Je crois à la magie du souvenir et au chagrin de la mémoire. Je crois plus aux témoignages qu’à l’histoire réinventée dans les écoles ou dans la politique. Et je crois plus au pardon qu’à l’oubli. Le danger de l’oubli, c’est de faire de nous des marionnettes.


Croyez-vous aux souvenirs « purs » ou pensez-vous que l’homme les (pré)fabrique lui-même ?

Il y a des souvenirs racontés. Ceux-là sont recouverts par la lumière dorée du passé. Il y en a d’autres qui reviennent comme les trains dans la nuit, inattendus, violents et rapides. J’aime l’idée que la réalité soit unique pour chacun.


Pour revenir à la première question, je vous parlais d’une troisième écriture or il y en a une quatrième : la vôtre. Pensez-vous que l’acteur ou l’actrice ont le pouvoir de transformer (par leur jeu) l’écriture tout en restant collés au texte ?

Oui. Même si un acteur s’avance toujours masqué, on ne voit de lui que ce qu’il est, que ce qu’il aime, que ce qu’il croit et que ce pour quoi il lutte. On le voit, on le sent, comme une présence au-delà de tout qui peut intensifier, magnifier, exalter ou réduire, banaliser, éteindre.

Si vous allez voir trois fois la même pièce, mais avec des acteurs différents, il y aura une lumière, une musique, un écho, un rythme nouveau qui n’appartiennent qu’au comédien. Celui que vous écoutez et qui ne parle que pour vous...


Pour mémoire
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