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Moyen Orient et Monde

Polémique sur le transfert de technologie nucléaire américaine à l’Arabie saoudite

États-Unis

Washington est en pourparlers avec Riyad depuis plusieurs mois pour la construction de centrales atomiques.

Julie KEBBI | OLJ
21/02/2019

« L’Arabie saoudite ne souhaite pas acquérir de bombe nucléaire, mais il est certain que si l’Iran développait une bombe nucléaire, nous ferons de même aussitôt que possible. » En quelques mots, le prince héritier saoudien Mohammad ben Salmane avait annoncé la couleur lors d’un entretien accordé à la chaîne de télévision américaine CBS en mars 2018. Près d’un an plus tard, ces mêmes propos résonnent un peu plus dans la capitale américaine depuis la publication mardi d’un rapport de la Commission de contrôle et de réforme intitulé « Des lanceurs d’alerte suscitent de vives inquiétudes suite aux efforts de l’administration Trump pour le transfert de technologie nucléaire sensible à l’Arabie saoudite ». S’étalant sur vingt-quatre pages, le document a été préparé « après que plusieurs dénonciateurs se furent manifestés pour avertir à propos des efforts à l’intérieur de la Maison-Blanche pour précipiter le transfert de technologie nucléaire américaine hautement sensible à l’Arabie saoudite en potentielle violation de la loi sur l’énergie atomique, sans l’examen du Congrès requis par la loi – des efforts qui peuvent être en cours à ce jour », est-il écrit.

Voulant contrer l’expansion de Téhéran dans la région et craignant que le royaume wahhabite ne décide de s’approvisionner à Moscou et Pékin, Washington est en pourparlers avec Riyad pour la construction de centrales nucléaires depuis plusieurs mois. Dans le cadre du projet Vision 2030, MBS souhaite construire 16 centrales nucléaires pour un montant s’élevant à près de 80 milliards de dollars. Toutefois, de nombreux doutes s’étaient élevés à la fin de l’année dernière sur les vraies intentions du rival de la République islamique. La section 123 de la loi sur l’énergie atomique de 1954 précise notamment que toute technologie nucléaire transférée ainsi que le matériel produit ensuite « ne sera pas utilisé pour tout dispositif explosif nucléaire, ou pour la recherche sur le développement d’appareil nucléaire explosif, ou à toute autre fin militaire ». Une clause que des intermédiaires de la Maison-Blanche souhaiteraient que Riyad puisse contourner, indique le rapport.

La Chambre des représentants a ouvert une enquête à ce sujet mardi. Devenus majoritaires au sein de la Chambre depuis le 3 janvier dernier, « les démocrates avaient annoncé qu’ils allaient se servir des pouvoirs d’enquête des commissions de la Chambre des représentants pour soumettre tous les aspects de la politique étrangère et intérieure de Donald Trump à un examen très approfondi », rappelle à L’Orient-Le Jour Corentin Sellin, professeur agrégé d’histoire et spécialiste de la politique américaine. Au cours de l’investigation, « la Chambre peut transmettre à la justice fédérale les éléments qu’elle estimera tomber sous le coup de la loi, puis ça sera à la justice fédérale d’enquêter pour savoir et éventuellement procéder à des inculpations », souligne-t-il.

Basé sur les témoignages des lanceurs d’alerte et corroborant les faits par des articles de presse et des documents officiels, le rapport offre un aperçu détaillé allant du 1er janvier 2017, peu avant l’investiture de M. Trump à la Maison-Blanche, au 12 février 2019 sur les liens entretenus entre les membres de l’administration américaine et la monarchie saoudienne et met en avant les conflits d’intérêts possibles. Selon le rapport, de fortes pressions ont été exercées par de puissantes entités privées pour le transfert de technologie nucléaire à Riyad formant « un risque potentiel pour la sécurité nationale des États-Unis en l’absence de garanties suffisantes ». « Ces entités commerciales devraient récolter des milliards de dollars par le biais de contrats liés à la construction et à l’exploitation d’installations nucléaires en Arabie saoudite – et ont apparemment entretenu des contacts étroits et répétés avec le président Trump et son administration », précise le texte.



(Lire aussi : L'Arabie saoudite fabrique-t-elle des missiles balistiques ?)


Conflit d’intérêts
L’un des acteurs principaux impliqué dans l’affaire est Michael Flynn, ancien secrétaire à la Sécurité nationale dès l’investiture de Donald Trump en janvier 2017 jusqu’au 13 février après avoir dû démissionner pour ne pas avoir divulgué l’ensemble des détails sur ses liens avec l’ambassadeur de Russie aux États-Unis avant sa prise de fonctions officielle. « On savait depuis 2017 que Michael Flynn avait proposé la vente de réacteurs nucléaires civils à l’Arabie saoudite », indique M. Sellin. « Mais l’enquête apporte beaucoup de précisions et notamment sur le fait qu’il voulait mettre en relation la firme IP3 International qui aurait été le “courtier” avec les Saoudiens, alors qu’il était consultant auprès de cette firme et donc intéressé dans l’affaire », poursuit-il. M. Flynn occupait déjà sa fonction de conseiller auprès d’IP3 International avant son entrée au sein de l’administration Trump. La compagnie privée est dirigée par des généraux américains et « réunit un consortium d’entreprises américaines pour construire des centrales nucléaires en Arabie saoudite », note le rapport. « Selon les médias, le seul projet d’IP3 à ce jour est le plan nucléaire saoudien », est-il ajouté. Des éléments qui pointent vers un conflit d’intérêts sur lequel la Chambre devra enquêter.

Les noms du multimillionnaire et ami de Donald Trump, Thomas Barrack, et du gendre et conseiller du président américain, Jared Kushner, figurent également dans le rapport. M. Barrack entretient de nombreux liens d’affaires dans le Golfe, tandis que M. Kushner, chargé des affaires américaines au Moyen-Orient, est particulièrement proche du prince héritier saoudien. M. Kushner doit notamment se rendre en Arabie saoudite à la fin du mois dans le cadre d’une tournée régionale. « Cela montre que l’on a une attestation de cet entourage ouvert à toutes les influences étrangères et en particulier saoudienne », observe M. Sellin. « On se demande s’ils sont les meilleurs ambassadeurs des États-Unis auprès de l’Arabie saoudite ou meilleurs ambassadeurs de l’Arabie saoudite auprès des États-Unis », s’interroge-t-il.

En attendant les résultats de l’enquête, les éléments du rapport ne devraient pas chambouler les relations entre Riyad et Washington mais « ils paralysent Trump politiquement et rendent difficile le passage d’un accord nucléaire avec l’Arabie saoudite », estime le spécialiste. Selon lui, « il apprend qu’il a maintenant une opposition et que des choses qui pouvaient être envisagées pendant ces deux dernières années ne le sont plus aujourd’hui ».


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MBS : Si l'Iran se dote de la bombe atomique, l'Arabie "suivra aussi vite que possible"

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POUR TRANSFERER DE LA TECHNOLOGIE IL FAUT QU,IL Y AIT DES TECHNICIENS... C,EST METTRE A LA DISPOSITION LE BAUDET, SON CHARGEMENT ET SON PROPRIETAIRE !

ACQUIS À QUI

L'hypocrisie des américano-usurpateur qui pense que donner la technologie nucléaire à un charcutier bensaoud nous mènera au jour de la résurrection. Lol....

Les iraniens ont fait leur recherche nucléaire tout seul et sont PATRON de leur décision, aux bensaouds il sera demandé de prendre des coups pour le compte des usurpateurs . Voilà la différence .

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