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Moyen Orient et Monde

Avis de tempête pour les grands partis politiques iraniens

Analyse

Selon Mohammad Ali Abtahi, les plans des réformateurs pour changer la nature même de la République islamique « ont fait long feu ».

OLJ/AFP/Eric RANDOLPH/Kay Armin SERJOIE
09/02/2019

Réformateurs aux abois, conservateurs en quête d’une nouvelle identité : les grands partis qui structurent la vie politique en Iran traversent une passe difficile, 40 ans après la victoire de la révolution islamique. Les principaux chefs de sa mouvance ont beau avoir été mis sur la touche de force, le réformateur Mohammad Ali Abtahi, vice-président à la fin de la décennie 1990, continue de croire que son pays est condamné au changement progressif. À la suite des manifestations monstre de 2009 lancées sur des soupçons de fraude électorale à grande échelle, l’ancien président, réformateur, Mohammad Khatami, s’est vu interdire toute apparition dans les médias, mesure toujours d’actualité. Candidats malheureux à la présidentielle cette année-là, les réformateurs Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi sont en résidence surveillée depuis huit ans.

Pour M. Abtahi, rien ne permet de penser qu’une nouvelle génération est en train d’émerger pour leur succéder, ne serait-ce qu’à cause du Conseil des gardiens de la Constitution, organe de contrôle qui peut rejeter à sa guise tout candidat qu’il juge inapte à se présenter aux principales élections. « Les candidats qui peuvent passer par les fourches caudines du Conseil des gardiens sont d’un bas niveau », déclare-t-il, « on ne peut rien en attendre ». Depuis 2013, les réformateurs ont placé leurs espoirs sur le président Hassan Rohani, qui fait figure de modéré sur le spectre politique national, et qui a entamé une politique d’ouverture vis-à-vis de l’Occident couronnée en 2015 par la conclusion de l’accord international sur le nucléaire iranien. Mauvais calcul. Après la décision des États-Unis de se retirer unilatéralement de ce pacte en 2018, l’économie du pays se retrouve en chute libre, ce qui ne fait qu’attiser un mécontentement populaire qui s’était exprimé par des manifestations violentes dans des dizaines de villes de province au tournant du Nouvel An 2018.


(Lire aussi : Les manifestations prorégime se poursuivent en Iran)


« C’est fini »

« Lorsque les manifestants criaient “Réformateurs, conservateurs, c’est fini” », ils n’avaient pas tort, reconnaît l’analyste et homme politique conservateur Amir Mohebbian. « Le fait est que le jeu [politique] a changé. » « Jusqu’à présent, les électeurs votaient pour le candidat du moindre mal, selon leur point de vue ... mais aujourd’hui, la coupe est pleine. Les gens veulent quelqu’un capable de réellement résoudre leurs problèmes », dit-il. Pour M. Mohebbian, la décision de soutenir M. Rohani a « ôté tout crédit » aux réformateurs.

Arrêté à plusieurs reprises, le journaliste et militant réformateur Ahmad Zeidabadi va plus loin. Selon lui, les plans des réformateurs pour changer la nature même de la République islamique « ont fait long feu » depuis un certain temps déjà à cause du manque de « flexibilité » du système. Les ennuis du camp réformateur ne font pas pour autant les affaires des conservateurs, estime M. Mohebbian, pour qui ceux-ci doivent avant toute chose « redéfinir leur relation à l’établissement ». Depuis plusieurs décennies, les conservateurs sont associés de près au système de gouvernement de la République islamique. Nombre d’entre eux occupent des positions-clefs ne nécessitant aucune élection.

Mais pour qu’ils survivent au nouvel environnement politique, ils « doivent se rapprocher du peuple » car celui-ci ne leur fait pas confiance aujourd’hui, estime M. Mohebbian. Dénonçant une corruption à grande échelle et s’étranglant de voir certaines valeurs de la révolution – comme le souci des plus pauvres – tomber dans l’oubli, le cinéaste Nader Talebzadeh, qui fut conseiller d’Ébrahim Raïssi, le candidat préféré des ultraconservateurs à la présidentielle de 2017, estime que les soupçons de prévarication pesant sur le monde politique sont un vrai « baril de poudre ». « Cela produit une grande colère parmi le peuple », dit-il.


« Changement de modèle ? »

Malgré le désenchantement populaire, M. Abtahi, l’ancien vice-président, veut croire que les Iraniens sont « suffisamment intelligents pour savoir que tout changement de régime », surtout s’il résulte de manœuvres américaines, « ne ferait que détruire leur avenir ». « Peut-être que les choses seraient très différentes... si les États-Unis avaient fait de l’Irak et de l’Afghanistan (deux pays voisins de l’Iran, NDLR) des paradis économiques ou des modèles en matière de libertés individuelles », dit-il avec un sourire ironique. Pour la suite, « les cinq prochaines années seront cruciales », pense M. Mohebbian, en faisant référence au fait qu’un jour au l’autre, l’Iran devra trouver un successeur au guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, qui aura 80 ans cette année. « La question importante, dit-il, est de savoir si un changement au sommet de l’État conduira ou non à un changement de modèle » : « Est-ce que cela nous conduira à un changement des éléments que nous considérons aujourd’hui comme sacro-saint ? Ou est-ce que ces éléments seront conservés, mais réduits à l’état de coquille vide à la suite d’un changement d’orientation ? »


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AIGLEPERçANT

Personne n'est contre le changement , tant que c'est de l'intérieur que les peuples peuvent décider ces changements .

Les changements apportés par les chars des prédateurs et envahisseurs occidentaux , on en a marre de voir dans quelle misère ils apportent le chaos, avec des slogans juste bon à duper les peuples innocents .

Voulez vous des exemples , ou bien ça vous paraît évident ce qu'on voit avec l'Irak, la lybie la Tunisie etc.....

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