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Liban - Ramlet el-Baïda

L’affaire de l’égout d’Eden Bay... aux oubliettes ?

Le député Nazih Najm, président de la commission des Travaux publics, assure que « l’enquête suit son cours en justice ».

Durant la dernière tempête en janvier, l’eau a recouvert le terrain sur lequel a été bâti l’Eden Bay, que de nombreux experts et militants de la société civile considèrent comme non constructible. Photo Marwan Assaf

Qu’est-il arrivé à l’enquête sur l’inondation de la région de Ramlet el-Baïda (Beyrouth), le 16 novembre dernier, suite à l’éclatement de canalisations dû à l’obstruction d’une bouche d’égout principale afin d’éviter un déversement des eaux usées près du projet controversé d’Eden Bay, bâti à même la plage ? Jusque-là, on n’a encore demandé de comptes à personne, bien que les députés de Beyrouth aient « porté plainte contre X » dès le 20 novembre, et qu’une réunion houleuse de la commission des Travaux publics et des Transports ait eu lieu à ce sujet le 26 novembre. Or deux mois et demi se sont écoulés depuis les faits et certains se demandent si l’enquête piétine.

Hier, le député Georges Adwan, du bloc des Forces libanaises, a déclaré : « Au sujet de Ramlet el-Baïda, nous n’avons pas encore reçu de réponses satisfaisantes et nous n’avons pas constaté que des mesures ont été prises à l’encontre de qui que ce soit. Nous continuerons à soulever cette question jusqu’à ce que les responsabilités multiples soient définies. » Il n’était pas disponible hier pour un commentaire supplémentaire.

L’inondation spectaculaire qui avait noyé le quartier de Ramlet el-Baïda était due à l’obstruction d’une bouche d’égouts majeure avec du béton brut, vraisemblablement pour arrêter le flux d’eaux usées vers le projet controversé de l’Eden Bay, lui-même au centre d’une polémique depuis sa construction. À la suite de l’inondation du 16 novembre, les responsables se sont accusés mutuellement en se renvoyant la balle, notamment le président du conseil municipal de Beyrouth, Jamal Itani, le mohafez Ziad Chbib, la municipalité de Ghobeiri (banlieue sud), qui a (re)détourné les égouts vers Beyrouth et même le projet d’Eden Bay qui, sans nier les faits, avait alors déclaré par la voix de son avocat à la télévision que « la fermeture de l’égout a été exécutée sous la supervision des forces de l’ordre » (voir L’OLJ du 19 novembre). Depuis, l’égout près de l’Eden Bay a été rouvert.

Interrogé par L’Orient-Le Jour sur la progression de l’affaire, le député Nazih Najm a assuré qu’il n’y avait pas d’atermoiement mais que la justice devait suivre son cours. « Le défendeur a soulevé des exceptions de forme et nous attendons que la justice tranche cette question, assure-t-il. Si elles ne sont pas acceptées, le dossier sera renvoyé au juge d’instruction qui poursuivra le processus. »

Le député assure que, en tant que plaignant, il suit chaque semaine l’affaire auprès du juge d’instruction. Il souligne qu’il n’y aura pas d’autre réunion de la commission avant qu’il n’y ait de décision de justice, parce qu’il faut avoir une matière sur laquelle baser de futures mesures.


(Lire aussi : Inondations à Ramlet el-BaÏda : Remise en liberté de trois ingénieurs interpellés jeudi)


Un projet controversé à plus d’un titre
Ne pouvait-on pas déterminer les responsabilités administratives entre-temps ? M. Najm estime que la reddition de comptes ne pourra commencer que quand la justice se sera prononcée. Ce n’est pas l’avis de Hassane Rifaat, ancien directeur de l’Inspection centrale, qui avait affirmé à L’OLJ, à la suite de cette sinistre affaire, qu’une enquête administrative aurait dû être ouverte automatiquement, parallèlement à la procédure judiciaire, exemples à l’appui (voir L’OLJ du 20 novembre 2018).

Si les plaintes en justice n’ont pas encore abouti, nul ne le sait mieux que le militant Raja Noujaim, qui a présenté personnellement une plainte au parquet, en date du 30 novembre 2018, pour « empiétement sur les biens-fonds publics suite à l’obstruction d’une bouche d’égout dans la zone du rond-point de Jnah, allant vers la plage de Ramlet el-Baïda, près du Lancaster Eden Bay ». Cette plainte était présentée contre Wissam Achour, PDG de la société qui possède l’Eden Bay, la municipalité de Beyrouth en la personne du mohafez Ziad Chbib, les Forces de sécurité intérieure, plus particulièrement la police de Beyrouth, et son commandant.

« Le juge a considéré que je ne suis pas un ayant droit, souligne-t-il. Je demande néanmoins à être entendu comme témoin, ainsi que plusieurs personnes que j’ai mentionnées sur une liste présentée en marge de ma plainte. Wissam Achour lui-même n’a pas encore été entendu dans cette affaire. »

L’activiste rappelle par ailleurs que l’Eden Bay est controversé à plus d’un titre et qu’il fonctionne actuellement sans permis d’exploitation, ayant fait l’objet d’un rapport accablant du département d’ingénierie de la municipalité de Beyrouth qui a énuméré les irrégularités dans la construction. Le projet fait également l’objet d’un recours depuis de nombreux mois, présenté par l’association Green Line avec l’Agenda légal auprès du Conseil d’État, pour irrégularités au niveau du permis de construction.


Pour mémoire
Suspension du permis de construction d’un brise-lames devant l’Eden Bay

Égouts de Ramlet el-Baïda : réunion houleuse à la commission parlementaire des TP

Des responsables de l’Eden Bay et de l’Office des eaux de Beyrouth interrogés


Qu’est-il arrivé à l’enquête sur l’inondation de la région de Ramlet el-Baïda (Beyrouth), le 16 novembre dernier, suite à l’éclatement de canalisations dû à l’obstruction d’une bouche d’égout principale afin d’éviter un déversement des eaux usées près du projet controversé d’Eden Bay, bâti à même la plage ? Jusque-là, on n’a encore demandé de comptes à...

commentaires (4)

J'ai le dégout

Eddy

11 h 03, le 29 mai 2019

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Commentaires (4)

  • J'ai le dégout

    Eddy

    11 h 03, le 29 mai 2019

  • Il faudrait vite jeter tous ces responsables à l'égoût avec leur hotel.

    Je partage mon avis

    13 h 23, le 31 janvier 2019

  • Mais, pensez-vous, pourquoi le Liban est classé parmi les pays les plus corrompus de la planète? Vous avez ici un exemple type: de l’homme d’affaires véreux proprio de l’Eden Bay, doublé du Président de la municipalité et du mohafez de Beyrouth, au commandant des FSI et à une justice lente et biaisé: toute une clique de soi-disant responsables qui avaient laissé faire ce gros scandale écologique et financier, et qui, jusqu’à ce jour n’ont aucune accusation à leur encontre ni que la justice ait mis les scellés sur ce projet irrégulier... Il est clair que c’est une mafia en haut lieu avec beaucoup de magouilles et combines de dessous de table et d’argent versé pour expliquer pourquoi cette affaire de l’égout comme du projet lui-même de l’Eden Bay finiront aux oubliettes.... Encore un exemple parmi des dizaines d’autres scandales financiers dans cette grotte d’Ali Baba qu’est devenu le pays! Si tous nos problèmes se résumaient à une absence de gouvernement seulement: on serait bien contents!

    Saliba Nouhad

    14 h 41, le 30 janvier 2019

  • vous vous rappelez de l'affaire kennedy ? vous y avez interet !

    gaby sioufi

    09 h 47, le 30 janvier 2019

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