Syrie

Entre Israël et l’Iran, des escalades à répétition... sans guerre

Malgré le regain d’intensité des manœuvres militaires entre les deux pays ces derniers jours, une guerre ne paraît pas à l’ordre du jour.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu à Jérusalem, le 6 mai 2018... Jim Hollander/Pool/AFP ...et le président iranien Hassan Rohani à Tabriz, le 25 avril 2018. Atta Kenare/AFP

C’est à un jeu de surenchères réciproques que semblent jouer l’État hébreu et la République islamique iranienne en Syrie. Depuis l’annonce du prochain retrait des troupes américaines du territoire syrien il y a un mois, Israël a multiplié, sans désormais se cacher, les attaques contre les cibles qu’il considère comme hostiles, majoritairement iraniennes, en dévoilant pleinement ses intentions.

La dernière de ces opérations remonte à la nuit de dimanche à lundi lorsque l’aviation militaire de l’État hébreu a bombardé des entrepôts et des centres d’entraînement et de renseignements des gardiens de la révolution iraniens. Douze pasdaran comptent parmi les 21 victimes de cette attaque. Elle visait à répondre à un tir de missile sol-sol iranien vers Israël qui répondait lui-même à une suite de raids israéliens effectués en pleine journée au sud de l’aéroport de Damas. Une opération inédite de la part de l’État hébreu qui a pour habitude d’agir durant la nuit. Les Russes, maîtres sur le terrain syrien et soutiens du régime de Bachar el-Assad, ni aucune autre puissance, qu’elle soit turque ou encore américaine, ne semblent aujourd’hui vouloir s’immiscer dans l’escalade irano-israélienne en Syrie, désormais entrée dans une nouvelle phase. L’État hébreu veut de son côté montrer que le retrait de Washington n’entrave en rien sa détermination en ce qui a trait à la sécurisation de son territoire, même si cela doit passer par une intensification de ses opérations en Syrie contre l’Iran. L’ex-chef d’état-major de l’armée israélienne, le général Gadi Eizenkot, a d’ailleurs récemment expliqué, dans une interview au New York Times, les détails de la stratégie militaire israélienne en Syrie contre l’Iran, évoquant les « milliers de frappes » que son pays a effectuées depuis le lancement de l’État hébreu dans cette « guerre secrète » en janvier 2017. Il rompait ainsi avec la « tradition » israélienne de ne pas revendiquer directement les frappes que l’armée effectue en Syrie, même si la source de ces opérations n’a jamais vraiment été un secret.

Côté iranien, le chef de l’armée de l’air a déclaré lundi que les soldats iraniens étaient « impatients » de mener une guerre pour « la disparition d’Israël ». « Nous sommes prêts pour la guerre décisive qui entraînera la disparition d’Israël de la terre. Nos jeunes aviateurs sont préparés pour le jour où Israël sera détruit », a affirmé le général Aziz Nasirzadeh, selon un site d’informations iranien, le « club du jeune journaliste », supervisé par la télévision nationale iranienne. Mais une véritable guerre entre Téhéran et l’État hébreu n’est faisable que si l’un des deux pays franchit la (ou les) ligne(s) rouge(s) de l’autre, ce qui n’est pas encore le cas.


(Lire aussi : Quel est le véritable rapport de force entre Israël et l’Iran en Syrie ?)



Des limites (pas encore) franchies

Pour Israël, l’objectif est avant tout d’éviter que les supplétifs iraniens se retrouvent trop près de son territoire, du plateau du Golan, et surtout de ne pas avoir de pertes civiles. Ce dernier point est une priorité pour le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu qui, actuellement en campagne dans le cadre des prochaines élections législatives, remet en jeu son statut de « monsieur sécurité » et de « protecteur d’Israël ».

L’État hébreu « a défini dès le début du conflit syrien un certain nombre de lignes rouges comme par exemple la présence de milices pro-iraniennes trop proches du Golan, la chute d’obus sur le territoire israélien, la mort de civils mais aussi la capacité militaire iranienne à frapper Israël », explique Fabrice Balanche, géographe spécialiste de la Syrie contacté par L’Orient-Le Jour. « En renforçant son influence sur le gouvernement de Bachar el-Assad, les Iraniens ont développé d’importantes bases militaires pour soutenir le Hezbollah. Cela est inacceptable pour Israël qui entend faire de l’Ouest syrien une “zone démilitarisée” (de toute présence iranienne ou de ses supplétifs) », estime quant à lui Nicholas Heras, chercheur au programme Moyen-Orient du Center for a New American Security (CNAS). Du côté iranien, il s’agit de veiller à ce qu’Israël n’entrave en rien les actions du Hezbollah au Liban ou en Syrie.

(Lire aussi : Les principaux raids israéliens en Syrie)


L’État hébreu ne semble en revanche pas vouloir une guerre avec Téhéran même si l’ex-chef d’état-major israélien affirme dans son interview avec le New York Times que son pays dispose d’un service de renseignements sans équivalent et de capacités technologiques bien supérieures à celles des Iraniens. « Pour les Israéliens, déclencher une guerre avec l’Iran maintenant serait prématuré. Ils préfèrent attendre que les conditions leur soient plus favorables et que l’Iran se retrouve très affaibli sur le terrain syrien », poursuit Fabrice Balanche.

« Netanyahu souhaite avant tout éviter un conflit majeur avec l’Iran. Mais les pressions politiques qu’il subit sur la scène interne israélienne pour réagir à l’escalade en Syrie l’aurait conduit à demander à son armée de se préparer à mener une vaste campagne pour détruire les infrastructures militaires iraniennes dans l’Ouest syrien », décrypte Nicholas Heras.

Une guerre ne semble pas non plus à l’ordre du jour du côté de Téhéran, malgré les nombreux discours anti-israéliens de la part du régime et de l’armée. Le mauvais état de l’économie dû aux sanctions américaines et la guerre au Yémen ont poussé la République islamique à restreindre sa présence en Syrie, mais elle n’a pas pour autant renoncé à son contrôle sur place. « Le problème des Iraniens, c’est qu’ils n’ont pas de “parité stratégique” avec les Israéliens. Ils n’ont pas les moyens de déclencher une guerre maintenant contre eux. Ce serait contre-productif », ajoute M. Balanche.

Reste maintenant à savoir qui franchira le premier la ligne rouge de l’autre.





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C’est à un jeu de surenchères réciproques que semblent jouer l’État hébreu et la République islamique iranienne en Syrie. Depuis l’annonce du prochain retrait des troupes américaines du territoire syrien il y a un mois, Israël a multiplié, sans désormais se cacher, les attaques contre les cibles qu’il considère comme hostiles, majoritairement iraniennes, en dévoilant...

commentaires (3)

Ils attendent que les conditions soient plus favorables....

L’azuréen

20 h 19, le 23 janvier 2019

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Commentaires (3)

  • Ils attendent que les conditions soient plus favorables....

    L’azuréen

    20 h 19, le 23 janvier 2019

  • L'usurpation se retrouve le bec dans l'eau .

    FRIK-A-FRAK

    12 h 07, le 23 janvier 2019

  • C'est évident que le pays USURPATEUR ne se sent pas d'attaque pour affronter l'axe de la résistance, d'où ces gesticulations stériles qui ne servent qu'à rassurer son front interne. C'est déjà une 1ère VICTOIRE de la résistance, ce pays de l'usurpation ne se serait JAMAIS attendu à ce que cette force de la résistance puisse venir lui chatouiller les narines d'aussi près. En cas de conflit ouvert, dans la durée, c'est israel qui implose, l'usurpation ne tiendrait pas 8 jours. EUX LE SAVENT.

    FRIK-A-FRAK

    04 h 35, le 23 janvier 2019