Nancy Pelosi entre sous les applaudissements à la chambre des représentants, hier. Kevin Lamarque/Reuters
Tiraillé entre républicains et démocrates sur fond d’affaire russe et de menace d’« impeachment », le nouveau Congrès américain a fait sa rentrée hier en augurant une fin de mandat difficile pour Donald Trump, malgré les promesses de rassemblement.
Comptant un nombre record de femmes et d’élus issus de minorités, le 116e Congrès américain s’est réuni pour la première fois hier à midi : 435 nouveaux élus à la Chambre des représentants, désormais contrôlée par les démocrates, et 100 sénateurs au Sénat, qui reste sous contrôle républicain.
Sous les applaudissements, le vice-président républicain Mike Pence a présidé aux premières prestations de serment au Sénat. À la Chambre, la démocrate Nancy Pelosi, 78 ans, est arrivée tout sourire, en famille. Elle devait être élue plus tard présidente de la chambre basse et retrouver le perchoir qu’elle avait déjà occupé entre 2007 et 2010, devenant alors la première femme de l’histoire américaine à accéder à ce poste crucial. Si elle affirmera vouloir soutenir « les bonnes idées, d’où qu’elles viennent », selon son discours distribué à la presse, c’est avec un défi au président républicain qu’elle compte marquer le premier jour de son nouveau rôle d’opposante en chef.
Les démocrates devaient présenter dès hier des mesures budgétaires temporaires qui permettraient de débloquer les administrations américaines, partiellement paralysées depuis le 22 décembre. Leur but : s’afficher comme le parti « raisonnable » face à ce qu’ils considèrent comme les « caprices » de Donald Trump. Mais la Maison-Blanche a par avance rejeté ces projets de loi, car ils n’incluent pas cinq milliards de dollars pour financer le mur voulu par le président à la frontière avec le Mexique pour lutter contre l’immigration clandestine. Ces mesures devraient donc rester lettre morte au Sénat, et les blocages d’un Congrès divisé s’afficheront dès le premier jour.
S’ils ont renforcé leur majorité au Sénat, avec 53 sièges sur 100, les républicains ne peuvent se passer des démocrates, car ils ont besoin de 60 voix pour approuver toute loi budgétaire. Au 13e jour du shutdown, il reste ainsi difficile d’entrevoir une sortie de crise. « Cela pourrait durer longtemps », a mis en garde Donald Trump mercredi, après une réunion avec les chefs du Congrès qui n’a pas débouché sur une solution. Tous devraient se retrouver aujourd’hui à la Maison-Blanche. Les démocrates, eux, se disent favorables à une sécurité « forte » aux frontières, mais opposés à un mur qu’ils jugent « inefficace ».
Enquêtes et déclarations d’impôts
Ce bras de fer pourrait n’être que les prémices de féroces batailles à venir avec, en premier lieu, la promesse de multiples enquêtes parlementaires visant Donald Trump et son entourage. En première ligne : les soupçons de collusion entre Moscou et son équipe de campagne électorale en 2016, alors que le mandat du républicain est, pratiquement depuis ses débuts, déjà empoisonné par l’enquête du procureur spécial Robert Mueller.
Avec leur nouveau contrôle de la Chambre, les démocrates décrochent en effet la tête de commissions parlementaires dotées de puissants pouvoirs d’investigation, notamment ceux d’assigner les témoins à comparaître et d’ordonner la présentation de documents. Ils ont d’ailleurs promis d’exiger du milliardaire qu’il présente enfin ses déclarations d’impôts. Donald Trump est le seul candidat présidentiel de l’histoire récente américaine à s’y être refusé.
Derrière ces turbulences, la perspective d’une procédure de destitution, ou « impeachment », pourrait se dessiner plus nettement. Nancy Pelosi a pour l’instant écarté cette idée, affirmant vouloir d’abord attendre les conclusions des enquêtes. « Si nous devons le faire, nous ne nous détournerons pas de nos responsabilités. Mais je ne pousse pas en ce sens », a-t-elle encore récemment déclaré à l’édition américaine du magazine Elle.
Célèbre pour son sens tactique, elle devra le mettre à l’épreuve des tiraillements à ce sujet entre les jeunes pousses fraîchement élues qui se réclament de la « résistance » contre le président et les élus démocrates plus modérés qui ont gagné dans des circonscriptions pro-Trump. Pour l’instant, toute tentative de destituer le 45e président des États-Unis n’irait pas loin : si les démocrates sont en position de voter sa mise en accusation à la Chambre, c’est au Sénat qu’il reviendrait ensuite de faire son procès.
Source : AFP


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