Liban

Gouvernement : lorsque sonne l’heure...

Décryptage
19/12/2018

C’est le Hezbollah qui a donné le signal, à travers une position annoncée lundi et rapportée par les médias, selon laquelle il affirmait officiellement être prêt à accepter la décision des six députés de la Rencontre consultative de se faire représenter au gouvernement par l’un d’eux ou par une personnalité ne faisant pas partie du groupe. Les milieux politiques et médiatiques ont interprété différemment cette position, certains y voyant la poursuite de ce qu’ils considèrent comme « le blocage du Hezbollah » et d’autres, au contraire, y voyant un message clair aux six députés sunnites d’accepter l’idée de ne pas être représentés directement au sein du gouvernement.

De fait, la seconde interprétation s’est avérée la bonne et, comme par miracle, le chef de la Sûreté générale Abbas Ibrahim a repris son rôle de médiateur agréé par tous. À l’issue d’une réunion avec les membres de la Rencontre consultative, il a annoncé un véritable déblocage. Désormais, la naissance du gouvernement n’attend plus que quelques arrangements de forme, pour permettre à toutes les parties concernées de sauver la face. S’il faut en croire les différentes sources qui suivent le dossier, la solution résiderait dans le scénario suivant : vendredi, après le retour jeudi de Londres de l’ancien ministre Fayçal Karamé, la Rencontre consultative tiendrait une seconde réunion avec le général Ibrahim pour lui remettre les noms de ses candidats pour la représenter au sein du gouvernement. Le général Ibrahim devrait alors remettre une liste de trois noms au chef de l’État Michel Aoun qui en choisirait un. Ensuite, un rendez-vous serait fixé pour les membres de la Rencontre consultative à Baabda et l’entretien se déroulerait en présence du Premier ministre désigné Saad Hariri. Ce qui serait considéré comme une reconnaissance, de sa part, de l’existence de ce groupe et de la légitimité de sa revendication. Le ministre sunnite représentant ce groupe n’aurait pas de portefeuille et il serait déduit de la part du chef de l’État, qui n’aurait ainsi pas d’autre ministre sunnite.

Sur le fond, le scénario mentionné ressemble à celui adopté pour la résolution du « nœud druze », mais les détails de la procédure sont différents, en raison des susceptibilités entre les protagonistes.


(Lire aussi : Gouvernement : dernière ligne droite... sauf imprévus ?)


En réalité, depuis l’émergence de ce qu’on a appelé « le nœud sunnite », cette solution semblait la plus probable, mais les positions extrêmes adoptées par chaque camp pendant près d’un mois ont donné l’impression qu’il fallait « un miracle » pour pouvoir surmonter cet obstacle.

Pourtant, le scénario proposé permet à toutes les parties concernées de ne pas se considérer comme perdantes, en ayant fait une concession acceptable. Avec ce scénario, le chef de l’État accepte de donner « sa part sunnite » à la Rencontre consultative, tout en conservant le droit de choisir un nom parmi ceux qui lui seront proposés. Le Premier ministre désigné maintient sa décision de ne pas recevoir les six députés sunnites chez lui et de ne pas accepter que l’un d’eux soit ministre. En revanche, il reconnaît l’existence de leur groupe en se réunissant avec eux sous la houlette du président de la République, tout comme il accepte que ce groupe soit représenté par une personnalité de son choix. Le bloc de la Rencontre consultative devient, alors, un groupe officiellement reconnu doté d’un ministre d’État au sein du gouvernement. Celui-ci ne sera cependant pas l’un de ses membres, mais une personnalité proche. Le Hezbollah, de son côté, aura poussé à la reconnaissance de l’existence de ses « alliés sunnites » en leur obtenant un ministre au sein du gouvernement, même s’il n’est pas membre du groupe, et assuré ce qu’il appelle « le respect de la diversité politique sunnite », à l’instar des autres communautés du pays.

Le scénario adopté est donc banal, totalement dans l’esprit du compromis à la libanaise. Mais pourquoi a-t-il fallu attendre près d’un mois pour qu’il devienne possible ?

Selon un politicien chevronné, le « momentum » actuel est propice aux ententes, dans l’ensemble de la région. En effet, pour la première fois depuis plus de quatre ans d’une confrontation d’une violence sans précédent, une perspective de solution se profile au Yémen. Les deux parties en conflit – et ceux qui se tiennent derrière elles – ont tenu un premier round de négociations en Suède et un accord de cessez-le-feu et d’échange de prisonniers a été conclu. En Syrie, le président du Soudan Omar al-Bachir s’est rendu à Damas, il s’agissait là de la première visite d’un chef d’État arabe depuis le début du conflit en 2011, alors que les Émirats arabes unis seraient sur le point de rouvrir leur ambassade dans la capitale syrienne. Le président turc a aussi déclaré qu’il faudra coopérer avec le président syrien s’il est réélu pour un nouveau mandat, ce qui est considéré comme un changement radical dans la position turque à l’égard du régime syrien. En Irak, les obstacles entravant la formation du gouvernement sont en train d’être réglés. Le Liban doit donc naturellement bénéficier de ce nouveau climat. Si l’on suit ce raisonnement, l’heure a donc sonné pour que le Liban ait un nouveau gouvernement...



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Cadige William

Pourquoi ne pas citer les choses par leur nom et arrêter
de prendre les lecteurs pour des cons!
Rien contre les coups d’enscensoir repetitifs auxquels nous avons ete habitues mais un peu d’objectivite de temps en temps donnerait plus de serieux a certains articles.

FÊTE ACCOMPLIE

Ben voilà ! On le disait que NOUS aurons notre gouvernement formé avant la fin de l'année 2018 .

On peut tout dire des LIBANAIS que nous sommes mais une chose est intrinsèque, on est intelligent.

Champion des formules arrangeantes du ni vainqueur ni vaincu, mais toujours à l'ombre des armes dissuasives contre ce gros prédateur USURPATEUR tapis dans l'ombre.

Merci Scarlett sans vous on aurait pas compris les choses comme ça. Au moins vous, vous n'avez pas parlé du bouclier USURPATEUR pour nous expliquer les choses.

Une grosse bise sur chaque joue si vous permettez.

gaby sioufi

c'aurait ete trop demander d'avouer que- apparemment - Mr Hariri a eu le dernier mot.
pour une fois.
et pas du tout HN, encore moins M Aoun.

Avangarde

Je pense que cette procédure de va et vient n'est pas utile puisqu'en peut la limiter et l’accélérer par des contacts téléphoniques.

Le pays lance des emprunts à long terme en USD dont les taux seraient inférieurs si le gouvernement est en place.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LE RESPECT DE LA DIVERSITE SUNNITE A L,INSTAR DES AUTRES COMMUNAUTES DU PAYS DITES-VOUS TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... OU VOYEZ-VOUS LA DIVERSITE CHIITE ? ET QUI DEVRAIT IMPOSER LES DIVERSITES DANS UNE COMMUNAUTE OU LES ABOLIR... SONT-CE LES MENACES, LES INTIMIDATIONS, LES ATTENTATS OU LES TUERIES COMME ON EN A VU CHEZ CERTAINS ?

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