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Liban

Dire « Thank You Soma » avec Carol Mansour

Droits de l’homme

Financé et soutenu par l’OIT, ce film hommage aux employées de maison migrantes sera projeté en avant-première demain mardi à 20h30 au cinéma Metropolis Sofil.


17/12/2018

Lorsqu’une Libanaise part à la rencontre de la famille de l’employée de maison qui l’a vue naître, cela renforce les liens, déjà très solides, entre les deux personnes, mais permet surtout de comprendre la réalité que vivent ces femmes qui ont choisi de tout quitter pour venir travailler au Liban. Nour, une jeune Libanaise de 23 ans, a relevé ce défi. Depuis qu’elle s’est rendue à Hénawala, le petit village sri-lankais de sa nounou Soma, elle regarde cette femme de 57 ans d’un autre œil. Et découvre qu’elle ne savait pas grand-chose sur celle qu’elle a toujours considérée comme sa complice, au point de ne pas envisager sa vie sans elle à ses côtés. Elle réalise pour la première fois que Soma, qui est au service de ses parents depuis 27 ans à Beyrouth, a tout sacrifié, même sa relation avec ses propres enfants, pour assurer une vie décente à sa famille.

Engager le dialogue avec la jeunesse pour un travail décent
De cette histoire vraie, la réalisatrice Carol Mansour a fait un film, Thank You Soma, qui rend hommage, à travers l’employée de maison connue sous le pseudonyme Soma, à toutes ces employées de maison migrantes qui ont laissé derrière elles leurs vieux parents, leurs enfants, leurs proches et leurs vies, pour venir s’occuper des enfants des autres, au Liban. Un film commandé, financé et soutenu par l’Organisation internationale du travail (OIT), laquelle veut lancer un message clair à la jeunesse libanaise et arabe, en l’invitant à aller au-delà des préjugés de ses aînés, à contribuer au changement des attitudes envers les employées domestiques, avec pour objectif de créer une relation meilleure qui respecte les droits de ces travailleuses.

Le film de 55 minutes, dédié à la mémoire du père de Soma, Harispattuwale Gedara, décédé trois mois après le tournage, sera projeté en avant-première demain mardi 18 décembre à 20h30 au cinéma Metropolis Sofil, à l’occasion de la Journée internationale des migrants. Avec en vedette les vrais personnages de cette histoire à la fois triste et belle, l’employée de maison sri-lankaise, Harispattuwale Gedara Sumanalatha, que ses employeurs appellent Soma « parce que son nom est trop difficile à prononcer », la fille de ses employeurs, Nour Sidani, une jeune Beyrouthine moderne, et tous les proches de Soma au Sri Lanka. La projection sera suivie d’un débat organisé par l’OIT, qui verra la participation de Soma, et sera clôturée par un buffet de spécialités sri-lankaises. À travers sa porte-parole au Liban, Zeina Mezher, l’OIT se dit d’ailleurs « fière de célébrer cette année la Journée internationale des migrants avec des partenaires et amis, en présence de travailleurs domestiques migrants autonomes et d’employeurs honnêtes qui apprécient la contribution de ces travailleurs à l’économie nationale et au bien-être des familles ». « Ce documentaire, explique-t-elle à L’Orient-Le Jour, est un outil qui devrait permettre d’engager un dialogue constructif en faveur du travail décent des travailleurs domestiques, et de réfléchir sur le problème à travers la perspective des jeunes, des futurs employeurs et des décideurs politiques. »


(Lire aussi : La vie rêvée des « Maidames »)


La crainte de l’avenir
L’histoire se passe donc entre le Liban et le Sri Lanka. Si elle décrit les existences de Soma, au Liban et au Sri Lanka, elle tourne autour de la relation entre Nour et Soma. « Excellente, décrit Nour dans le film, au point que je demande souvent conseil à Soma, lorsque j’ai besoin de prendre une décision importante. » Une relation bien meilleure que celle que l’employée de maison entretient avec ses propres enfants. Ils étaient si jeunes lorsqu’elle a dû les laisser à ses parents pour aller travailler au Liban. Ils ne la connaissent pratiquement pas. « Il fallait bien les nourrir, observe Soma. Et mon époux alcoolique ne travaillait pas. Mon père m’a donc encouragée à partir. »

Même si l’exil est dur et qu’elle doit se contenter d’une toute petite chambre de bonne comme espace personnel, la travailleuse migrante s’est bien intégrée auprès de ses employeurs libanais qui la traitent bien et respectent ses droits. Elle a même appris à parler libanais. Au fil des ans, non seulement a-t-elle réussi à faire vivre sa famille dignement, mais elle a construit et aménagé sa propre maison et celle de ses parents. Alors à son tour, Soma rend la pareille à Nour qu’elle sert comme la prunelle de ses yeux, jusqu’à lui apporter une tasse de thé ou un verre d’eau. Elle ne se prive pas non plus de la gronder affectueusement, lorsque la chambre de la jeune femme est en désordre. Et lorsque les deux femmes se promènent ensemble au Sri Lanka, dans les ruelles du village ou de la ville voisine de Kandy, celle qui n’apprécie pas particulièrement les marques d’affection ne lâche pas la main de Nour, comme pour montrer son amour pour la jeune femme qu’elle a élevée. Une situation que peuvent comprendre de nombreuses femmes de son village, qui ont également travaillé au service de familles libanaises ou arabes. Mais en même temps, celle qui a souffert d’être loin de ses enfants veille à tisser des relations solides avec ses petits-enfants à travers internet. Pour rien au monde elle ne voudrait qu’ils soient contraints de partir, un jour, à leur tour.


(Lire aussi : Les bureaux de placement appellent à signer des mémorandums d’entente avec les ambassades)


De ces deux semaines de tournage au Sri Lanka, Carol Mansour ne retient que du positif, « un pays fabuleux, une population accueillante et respectueuse, dotée d’une remarquable paix intérieure, malgré sa grande pauvreté », dit-elle à L’Orient-Le Jour. Elle en garde néanmoins une profonde « tristesse dans le cœur » pour les sacrifices consentis par les femmes qu’elle a côtoyées, car elles n’ont « d’autre choix que de laisser leurs enfants pour aller travailler à l’étranger, où elles élèveront les enfants des autres ». La cueillette des feuilles de thé, le tissage des tapis ou les autres emplois qu’elles sont susceptibles de pratiquer dans leur pays ne leur permettant pas de vivre décemment.

Avec son équipe, Mona Khalidi à la recherche et la production, Talal Khoury le caméraman, et le tandem Nour-Soma qu’elle qualifie de « jackpot » parce qu’il représente « la paire idéale pour illustrer le sujet », cette militante des droits de l’homme est certaine de faire parvenir le message. « Plus nous évoquons les questions liées aux employées de maison, mieux nous parviendrons à changer les attitudes et les mentalités des Libanais », conclut celle qui compte désormais à son actif trois films sur la main-d’œuvre domestique migrante.


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B M

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