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Liban

Défiée à Baalbeck par les tribus, l’armée perd un de ses soldats

Sécurité

Un responsable qualifie les gangs de « véritables terroristes ».

15/12/2018

La mort d’un soldat de l’armée libanaise, qui a succombé des suites de ses blessures au lendemain d’un affrontement avec des individus armés du clan Jaafar à Baalbeck, a relancé de plus belle le débat autour de l’efficacité du plan de sécurité prévu dans cette région. Lâchée par les politiques sur un terrain miné, l’armée est désormais appelée à payer le prix fort pour mettre fin au règne quasi absolu des gangs de la localité.

L’attaque qui a ciblé jeudi l’unité dont faisait partie la victime, Raouf Hassan Yazbeck, à l’un des barrages érigé par la troupe, faisant trois autres blessés, avait été précédée, dès 21h30, d’une autre embuscade dans le quartier de Charawné, transformant la ville en un véritable chantier de guerre pendant plusieurs heures. Non loin de là, à Matraba, une troisième opération lancée une heure et demie plus tard a également visé une position militaire sans toutefois faire de victimes.

Des renforts ont été déployés dans le secteur et les militaires sont à la recherche des individus impliqués dans les échanges de tirs. Selon des sources citées par la chaîne LBCI, l’armée a réussi en peu de temps à identifier un certain Mohammad Jaafar, alias Mohammad Doura, qui serait le cerveau de ces opérations en série et dont la photo a largement circulé sur les médias sociaux. Cette triple attaque s’est avérée être une opération de vendetta orchestrée par plusieurs éléments armés de la famille Jaafar, qui dans deux opérations précédentes initiées par l’armée avaient perdu cinq des leurs.

Fin novembre, quatre dangereux repris de justice avaient été tués dans une opération menée à Charawné par les services de renseignements de l’armée. Quelques jours plus tard, un groupe de jeunes avaient mis le feu à un barrage militaire dans ce même quartier. Ils avaient également brisé les vitres du poste de surveillance. Le clan Jaafar avait alors dénoncé l’attaque. Aucun militaire ne se trouvait sur place au moment de l’attaque. Sitôt la mort du soldat annoncée, la guerre des communiqués a été lancée.

Dans un communiqué, des membres du clan Jaafar sont montés au créneau pour réclamer « l’annulation du plan de sécurité de l’armée et l’adoption immédiate d’une loi d’amnistie sans plus tergiverser ». Ils ont ainsi dénoncé dans des termes virulents les « opérations d’élimination visant nos jeunes » menées par l’armée libanaise et les « condamnations à mort systématiques ». « Jusqu’à quand devrons-nous garder le silence face à ces opérations barbares inhumaines et illégales ? » se demandent les familles relevant de ce clan.

Selon un responsable qui suit de près ce dossier, il s’agit clairement d’une tentative visant à transformer le bourreau en victime.

« Ce ne sont que des manœuvres visant à faire échec au plan de sécurité, les membres du gang étant vraisemblablement gênés de voir la manne des profits générés par leurs réseaux fermée à la faveur des opérations de l’armée », commente la source. Celle-ci tient à rappeler que les éléments des gangs dont plusieurs ont déjà été arrêtés, ne sont généralement tués que lorsque les militaires – qui se trouvent souvent face à des individus armés jusqu’aux dents, détenant roquettes et missiles sol-air – se retrouvent dans des « situations inextricables ».

« Dire qu’il s’agit de simples personnes recherchées par la loi est un euphémisme. Nous sommes en présence de vrais terroristes », souligne le responsable, qui ajoute avec un brin d’ironie : « Nous n’allons tout de même pas réunir les milliers de hors-la-loi pour leur demander quelles sont les options qu’ils préfèrent pour se faire capturer. ».


(Pour mémoire : Opération contre un trafiquant de drogue dans le Hermel : un soldat tué)

Les habitants s’insurgent

Dans un autre communiqué, les habitants de Baalbeck ont présenté leurs condoléances à la famille du soldat tué, appelant l’institution militaire « à faire justice à sa famille et à sanctionner les criminels qui ont fini par corrompre l’image des tribus locales qui n’avaient pas l’habitude auparavant d’abriter des tueurs et des racketteurs de tous calibres ».

De son côté, la famille de la victime et les habitants de Nahlé ont dénoncé, dans un troisième communiqué, « l’acte de barbarie » commis par le clan Jaafar et demandé à l’armée de « frapper d’une main de fer ». À défaut, avertit la famille Yazbeck, « nous nous ferons justice nous-mêmes ».

Longtemps livrée à la merci des gangs dont les éléments sont souvent issus des puissantes tribus de la région, la ville de Baalbeck où se trouve en force pourtant le Hezbollah a longtemps souffert du chaos généré par la criminalité rampante qui a fini par asphyxier la ville, prise en otage par un tribalisme qui fait désormais régner sa propre loi.

C’est dans ce contexte qu’a été décidée, en juin dernier, la mise en place d’un plan de sécurité qui s’est déjà soldé par plusieurs arrestations et morts dans les rangs des gangs, dont la toute-puissance a à peine été égratignée à ce jour. La région de Baalbeck-Hermel compte près de 35 000 mandats d'arrêt, et un nombre important de personnes sont considérées comme des criminels endurcis.

« Les militaires ont aujourd’hui beaucoup de mal à mettre un terme à ce fléau, qui a gangrené le tissu social face à l’apathie des forces politiques qui ne veulent surtout pas se mettre les tribus à dos », confie à L’Orient-Le Jour un habitant de la localité.

C’est notamment le cas du Hezbollah, qui bien qu’ayant donné son feu vert au plan de sécurité, s’engageant auprès de l’armée à ne plus couvrir les hors-la-loi, rechigne toujours à commenter publiquement les opérations et redoute d’engager sa crédibilité et son autorité dans des querelles qui dresseront contre lui l’opinion. « Le silence des députés de la région peut s’expliquer par des considérations sociales, voire électorales », commente une source informée. « Avant que le plan de sécurité ne soit entériné, et alors que le chaos avait atteint son paroxysme, les politiques de la région n’ont cessé de dénoncer le laxisme de l’État. Maintenant que l’armée a été dépêchée sur les lieux, ils se dérobent à ce qui se passe et affichent une ambiguïté malsaine à l’égard des malfaiteurs », poursuit la source.

Un commerçant de Baalbeck, qui a requis l’anonymat, se remémore un incident qui avait eu lieu au début des années 90, lorsque des éléments de la tribu Jaafar avaient tué deux dignitaires chiites. « Ce jour-là, le Hezbollah a mis le quartier des Charawné à feu et à sang. Aujourd’hui, le parti chiite préfère garder le silence et s’en remettre à l’armée pour faire le sale boulot », déplore-t-il.

Tout en reconnaissant que la position du Hezbollah est effectivement « ambiguë », le général Khalil Hélou, un officier à la retraite, fait également assumer la responsabilité de ces incidents graves au gouvernement qui, dit-il, observe un silence radio, laissant l’armée se débrouiller toute seule sur ce terrain miné. « Lorsque le mouvement des gilets jaunes s’est déclaré en France, on a vu les plus hauts responsables de l’État – dont le président, le chef du gouvernement et les ministres concernés – intervenir directement pour tenter de régler la situation. Ici, aucun d’entre eux n’a daigné se mobiliser », conclut-il.



Pour mémoire

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PAUL TRONC

On peut rire de tout mais ça dépend avec qui.

Voilà pourquoi je me le permets en ce moment.

Irene Said

Comment peut-on rire et en même temps présenter "ses sincères condoléances" ?
Mais il semble que la notion de décence et d'humilité soit une denrée rare voir inconnue par ici...
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES JAAFAR A MA PAUVRE CONNAISSANCE SONT CHIITES ET AFFILIES AU HEZBOLLAH...

gaby sioufi

silence radio toutes ondes confondues .
Pourquoi ?

PAUL TRONC

Frankly spoken le hezb à la carte n'existe pas encore .

But he will consider in the nexr future.
Hahahaha.....

Désolé de rire pour cette victime à qui je présente mes sincères condoléances.

Marionet

Là, je ne vous suis pas: quand le Hezbollah s'en mêle, on est tous à dénoncer d'une même voix, l'État dans l'État, et quand il laisse faire l'armée, vous critiquez le silence radio observé par la parti chiite. Faut savoir!

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