Liban Pop

Nataly Aukar, la Cendrillon de Gad Elmaleh...

La jeune Libanaise s’est lancée dans la comédie il y a moins de trois ans. Depuis, elle ne cesse de grimper vers le haut de l’affiche.

Nataly Aukar et Gad Elmaleh sur la scène de Dubai Opera. Un beau début pour la jeune Libanaise. Photo DR

« Et dire qu’il y a quelques années seulement, je me destinais à la médecine ! » En évoquant le chemin qu’elle a parcouru ces trois dernières années, Nataly Aukar, jeune Libanaise établie à New York, peine à contenir son excitation. Il faut dire qu’il y a quelques jours, elle faisait, pour la seconde fois, l’ouverture d’un spectacle de Gad Elmaleh…

C’est alors qu’elle faisait sa scolarité au Collège Notre-Dame de Jamhour que Nataly Aukar s’est découvert des talents de poète et de comédienne en imitant ses professeurs. « J’écrivais tout le temps. Je rêvassais et j’écrivais », raconte-t-elle aujourd’hui, noyée dans la banquette d’un diner de la 7e avenue à New York. « Je me posais déjà beaucoup de questions sur ma vie et j’étais fascinée par celle des autres », ajoute celle qui confie s’être longtemps sentie comme « le vilain petit canard » au milieu de ses camarades.

Après avoir obtenu son bac en 2012, elle s’envole pour New York y faire des études de médecine. « Mais à l’issue du premier semestre, je n’ai pas obtenu les résultats que ma mère avait exigés. Alors, elle m’a rapatriée à Beyrouth ! » Elle s’inscrit à l’Université américaine de Beyrouth en communication et médias, mais n’a qu’une idée en tête : repartir pour New York.


« Je suis devenue accro »

C’est à l’occasion d’un job d’appoint dans la boîte de production libanaise Hyoka qu’elle découvre l’écriture comique. « Je devais rédiger les scènes d’une série, explique-t-elle. Ça m’a passionnée. J’ai senti que c’est ce que je voulais faire. »

Licence en poche et rêves en tête, Nataly Aukar prend ses cliques et ses claques et retourne à New York où elle décroche un emploi dans le domaine de la publicité. « Un job normal, le temps de découvrir l’univers de la comédie », souligne-t-elle en arrangeant sa tresse. Un soir, elle se rend à un spectacle de stand-up au Comedy Cellar, un célèbre club fondé dans les années 80 et par lequel les plus grands comédiens sont passés. « Cette nuit-là a changé ma vie », lance-t-elle, les yeux écarquillés derrière ses lunettes à grosse monture noire. « Je n’arrivais même pas à rire tant j’étais éblouie par le spectacle. Ce qui l’impressionne le plus, c’est la liberté que la scène offre. « Je me suis dit : C’est ça qu’il me faut ! »

Alors après avoir mis de l’argent de côté, elle s’inscrit à des cours au Comedy Cellar. Deux mois plus tard, la jeune femme se lance dans l’univers « masculin, fermé et ultracompétitif » de la comédie à New York. « Une jungle. Ici, nous sommes tous des requins », précise-t-elle encore. Dans ce monde cruel, les règles sont simples et connues de tous : pour se former, pour percer, il faut monter sur scène. La jeune femme écume alors tous les open-mics de la ville, ces performances de quelques minutes avec pour seul public des comédiens qui attendent leur tour. « Des comédiens qui, par jalousie ou crainte, ne rient jamais de tes blagues… » Son premier open-mic, elle s’en souvient très bien : « Je récitais mes blagues comme un poème, personne n’a ri ! » Pas suffisant pour la décourager. Elle multiplie l’exercice, et chaque soir, après son travail, écrit de petites scènes. « Je suis rapidement devenue accro, je ne pensais qu’à la comédie », confirme-t-elle.


(Lire aussi : Shaden Fakih, funambule du rire et briseuse de tabous)



Nez à nez avec Gad

Il y deux ans et demi, la chance est venue booster les efforts de l’artiste. Alors qu’elle était au Comedy Cellar avec un ami, Gad Elmaleh, le célèbre humoriste français, croise leur chemin. « Mon ami m’a présentée en tant que comédienne libanaise, ça a aiguisé sa curiosité. Il m’a demandé de lui envoyer une vidéo de moi sur scène », se souvient-t-elle. Deux mois plus tard, Gad Elmaleh lui écrit un mot d’encouragement. La communication est amorcée.

Le destin frappe une nouvelle fois à sa porte en septembre 2018. Alors qu’elle marche dans une rue de New York, elle tombe (une nouvelle fois) nez à nez avec Gad Elmaleh. Le lendemain, il lui réclame une nouvelle vidéo. Elle s’exécute. « Bon travail, sois disponible le 10 octobre pour mon spectacle à Washington D.C., tu feras l’ouverture », répond-il. « Quand j’ai lu ce message, le monde s’est arrêté de tourner. J’en ai eu le souffle coupé, confie-t-elle. Les semaines suivantes, je n’arrêtais pas de me dire : il va changer d’avis, il va changer d’avis… »

Mais l’humoriste ne changera pas d’avis. Le 10 octobre, un mercredi, Nataly Aukar monte sur la scène du Lincoln Theatre. En face d’elle, 1 200 personnes suspendues à ses blagues. « À chaque fois que le public riait, je remerciais Dieu. Du coin de l’œil, je voyais Gad. Il m’a observée pendant la totalité des 15 minutes de mon spectacle. » Trois jours plus tard, rebelote : elle fait l’ouverture du show du comédien à Toronto devant 1 000 personnes. Convaincue que c’est son dernier spectacle, elle confie au comédien se sentir comme « Cendrillon à minuit ». Mais trois semaines plus tard, il lui demande de le rejoindre à Dubaï. Il sait que le public comportera de nombreux Libanais.


« Ça tape au cœur »

Quand L’OLJ a rencontré Nataly Aukar, elle s’apprêtait à rejoindre les planches d’ une petite salle de New York. Devant des dizaines de spectateurs hilares, elle raconte, pendant 10 minutes, sa vie amoureuse et sexuelle, sa relation avec sa mère. « Être libanaise, c’est ce que je suis, alors je ne peux pas ne pas parler de tout cela », explique-t-elle.

Si, au début de sa carrière, elle avait choisi de choquer en parlant de sujets tabous, elle préfère désormais raconter sa vie sans filtres. Aujourd’hui, elle a trouvé son bonheur et un remède à son introversion. Ce n’est pas toujours simple. « Je navigue dans un domaine difficile. Je mets tout mon cœur dans mes sketchs, et quand personne ne rit, eh bien, ça tape au cœur, justement. » Mais si une seule personne, dans le public, s’identifie à l’une de ses histoires et se sent mieux, alors, assure la jeune femme, « ma mission est accomplie ».


*Nataly Aukar se produira pour la première fois à Beyrouth le 20 décembre, dans le cadre d’un spectacle organisé par awk.word, à KED.


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commentaires (4)

Si l’objectif de l’OLJ est d’encourager le lecteur à venir encourager l’artiste, donner une adresse intelligible de la place de l’événement s’impose. En effet, awk.word à KED est introuvable sur le net...mots pris séparément et en groupe. Cela arrive fréquemment. Une Gouvernance dans ce sens rendrait des articles similaires plus effectifs. Merci

Bekhazi, Georges

11 h 27, le 16 décembre 2018

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Commentaires (4)

  • Si l’objectif de l’OLJ est d’encourager le lecteur à venir encourager l’artiste, donner une adresse intelligible de la place de l’événement s’impose. En effet, awk.word à KED est introuvable sur le net...mots pris séparément et en groupe. Cela arrive fréquemment. Une Gouvernance dans ce sens rendrait des articles similaires plus effectifs. Merci

    Bekhazi, Georges

    11 h 27, le 16 décembre 2018

  • En français on dit "comiques", et non pas "comédiens" pour décrire ce métier.

    Jean abou Fayez

    23 h 15, le 15 décembre 2018

  • C'est génial!

    NAUFAL SORAYA

    12 h 17, le 15 décembre 2018

  • Bravo bravo !! Quelle fierté !!

    lila

    09 h 48, le 15 décembre 2018