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Fusillade à Strasbourg : sidération et silence sur le Marché de Noël

reportage

En l'espace de quelques minutes, la foule présente dans les allées illuminées de la métropole alsacienne est évacuée par les forces de l'ordre, le centre-ville est bouclé et évacué. 

OLJ/Agences
12/12/2018

Étals vides, rues désertes et restaurants vite barricadés... En quelques minutes, la fusillade, qui a fait au moins trois morts et douze blessés mardi soir sur le Marché de Noël de Strasbourg, dans le nord-est de la France, a plongé le centre-ville dans la stupeur et le silence.


"On était place Kléber, il était environ 20h00 (19h00 GMT). J'ai entendu des coups de feu et il y a eu un affolement, on a couru dans tous les sens", explique Fatih à l'AFP. Dans sa fuite, il a aperçu trois blessés au sol dans une rue commerçante, à quelques mètres de l'imposant sapin illuminé, érigé en plein centre-ville pour le Marché de Noël. Entré par le pont du Corbeau, l'un des ponts qui mènent au centre historique de Strasbourg, où une trentaine de chalets de bois, proposant vin chaud et produits locaux, attirent des touristes venus du monde entier, un individu fiché S (abréviation de "sûreté de l'État", ndlr), âgé de 29 ans, vient d'ouvrir le feu, rue des Orfèvres.


Lorsque les coups de feu ont éclaté, Karella Abi Fara, une jeune Libanaise en vacances à Strasbourg avec sa mère, se trouvait dans un restaurant à deux pas de la cathédrale. Elle venait de traverser le marché de Noël avec ses allées pleines de monde, sa patinoire investie par les enfants, l'odeur du vin chaud dans l'air. "Notre famille au Liban nous a tout de suite prévenu qu’il se passait quelque chose à Strasbourg. Nous, sur place, nous ne savions pas encore ce qu’il se passait. Et puis le directeur du restaurant nous a dit qu’on ne pouvait pas sortir avant que le tireur ne soit arrêté", explique-t-elle, au téléphone, à L'Orient-Le Jour. Karella Abi Farah et sa mère sont restées coincées dans le restaurant jusqu’à 2h30 du matin, heure à laquelle des policiers les ont raccompagnées à leur hôtel situé près de la zone de la fusillade. "Les rues étaient vides, il n'y avait aucun bruit. Seuls des policiers armés et cagoulés patrouillaient, raconte-t-elle. Dans le restaurant, l’ambiance était calme. Les gens attendaient des nouvelles. Les serveurs nous offraient du champagne et des gâteaux pour nous tranquilliser. Nous étions soulagées de n’être pas à l’endroit précis où a eu lieu la fusillade. Mais c’est vraiment triste que des gens aient été tués en cette période de fête".


Le ministre français de l'Intérieur, Christophe Castaner, a annoncé lors d'une conférence de presse dans la nuit de mardi à mercredi un bilan de trois morts et douze blessés, dont plusieurs en urgence absolue. Le suspect, connu pour des faits de droit commun, a pris la fuite, blessé par des soldats engagés dans l'opération Sentinelle, qui patrouillent en permanence dans le centre historique.

En l'espace de quelques minutes, la foule présente dans les allées illuminées de la métropole alsacienne est évacuée par les forces de l'ordre, le centre-ville est bouclé et évacué. De rares badauds, ignorant la situation, continuaient à déambuler, stupéfaits par l'arrêt soudain des festivités.



Confinés dans un restaurant 
Des militaires en armes, des policiers et des véhicules de secours arrivent en renfort, les forces de l'ordre demandent aux rares passants présents et aux habitants du centre-ville de "se mettre à l'abri".

"On a commencé à voir les policiers avec les boucliers, ils s'éparpillaient, ils criaient +dégagez, dégagez+, ils cherchaient" l'auteur en fuite", explique Fatih, venu avec des amis. "On a été confiné dans un restaurant. Le restaurateur a eu des consignes. Il nous a tous emmenés dans le fond de la salle. On a éteint toutes les lumières", dit Michèle, une fonctionnaire qui dînait dans une rue à proximité du lieu des coups de feu.

"Fusillade dans le centre-ville de Strasbourg. Merci à tous de rester chez vous en attendant une clarification de la situation", a tweeté peu après les faits Alain Fontanel, premier adjoint au maire de la ville.

Vers 01h30 (00h30 GMT) mercredi, les personnes confinées dans les restaurants et bâtiments du centre-ville ont commencé à être évacuées. "Le confinement a été levé", a confirmé M. Castaner.
Dans un tweet, la police du département du Bas-Rhin a conseillé de quitter le centre historique par le nord et d'éviter le quartier du Neudorf. C'est dans ce quartier, survolé depuis plusieurs heures par un hélicoptère, que se serait retranché l'assaillant. La place Kléber, habituellement effervescente à deux semaines des fêtes de Noël, a été désertée et est devenue silencieuse.

"On a descendu tout le monde à l'intérieur, à la cave. Ils sont tous enfermés dedans", a raconté à l'AFP Mouad, 33 ans, restaurateur d'une rue adjacente, une heure après les faits. Quand il est sorti de son établissement, il a vu "un monsieur par terre, du sang et des douilles de balles". Des clients lui ont dit avoir "vu quelqu'un avec une arme" courir. Devant le café "Les Savons d'Hélène", à une dizaine de mètres de là, un homme allongé sur le sol, recouvert d'une couverture de survie, est secouru par des agents et entouré par des proches, a constaté un journaliste de l'AFP. Rapidement évacué dans une ambulance des pompiers, il saigne abondamment à hauteur du visage. Un ballet incessant de voitures de police et d'ambulances perdure en centre-ville, les sirènes rompant le silence.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour "assassinat, tentative d'assassinat en relation avec une entreprise terroriste et association de malfaiteurs terroriste criminelle".


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