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Moyen Orient et Monde

« Gilets jaunes » : face au risque d’un « samedi noir », l’exécutif multiplie les appels au calme

France

Le gouvernement a approuvé l’annulation de la taxe carbone et le renoncement à durcir le contrôle technique automobile avant l’été.

OLJ
07/12/2018

L’exécutif et désormais une partie de l’opposition ont multiplié les appels au calme hier face au risque d’une nouvelle explosion de violences ce week-end en marge de la mobilisation des « gilets jaunes ». Des dizaines d’appels à manifester à Paris se concurrencent ainsi sur les réseaux sociaux, donnant pour la plupart rendez-vous sur les Champs-Élysées, théâtre de scènes d’émeutes le 1er décembre. Devant le Sénat, le Premier ministre Édouard Philippe a solennellement demandé aux « gilets jaunes » de ne pas se rendre à Paris pour « éviter qu’ils soient pris au piège que leur tendent les casseurs ». L’Élysée a dit craindre « une très grande violence » demain, malgré l’annonce mercredi soir d’un geste que l’exécutif espère décisif : la renonciation pour toute l’année 2019 aux augmentations de taxes sur les carburants. « Je prie pour samedi », a glissé un proche du président, alors que le ministère de l’Intérieur fait état d’une « mobilisation de la part de l’ultradroite et de l’ultragauche ». « La température est montée particulièrement haut », a déclaré sur LCI la secrétaire d’État à la Transition écologique, Brune Poirson, qui dit avoir échangé des propos avec des préfets « dont les familles ont été menacées ». Des proches d’Emmanuel Macron ont confié avoir reçu des menaces de « gilets jaunes » sur leurs téléphones. Une « partie du peuple est en train de se soulever », a estimé le ministre de l’Agriculture Didier Guillaume, décrivant un président « inquiet ». En perspective de nouveaux débordements, les autorités ont d’ores et déjà pris leurs dispositions, à Paris comme en régions. Dans la capitale, la préfecture de police de Paris a appelé les commerçants du secteur des Champs-Élysées à rester fermés. La tour Eiffel et une dizaine de musées, dont le Louvre, garderont leurs portes closes. L’Opéra a annulé ses représentations, et le parcours de la marche pour le climat a été modifié. Sur les réseaux sociaux, les mots d’ordre évoquent un renversement des institutions : « Dissolution de l’Assemblée nationale », « Manu, on arrive ! », « Pot de départ de Macron ! », ou encore « Tous à la Bastille ». Face à ce risque, le gouvernement va déployer des « moyens exceptionnels » en plus des 65 000 policiers et membres des forces de l’ordre en France.

Macron au centre des critiques

Édouard Philippe a poursuivi hier au Sénat un débat engagé à l’Assemblée pour défendre une nouvelle fois les mesures prises en urgence : outre l’annulation de la taxe carbone, il s’agit d’un gel des tarifs du gaz et de l’électricité cet hiver, et du renoncement à durcir le contrôle technique automobile avant l’été. Toutes ces annonces répondent à des demandes des « gilets jaunes ». Mais pour huit Français sur dix, elles « interviennent trop tard », selon un sondage OpinionWay diffusé hier. Les deux tiers d’entre eux estiment cependant que c’est l’occasion d’ouvrir le dialogue. Désavoué par l’Élysée en plein débat à l’Assemblée, Édouard Philippe voit son avenir à Matignon remis en question. S’il a été envoyé en première ligne ces derniers jours, c’est bien le président Emmanuel Macron qui reste la cible de toutes les critiques sur les points de blocage. Le président a demandé solennellement aux partis politiques, aux syndicats et au patronat « de lancer un appel clair et explicite au calme ». Il semble avoir été entendu par l’opposition, qui s’était encore montrée très offensive la veille. Le groupe socialiste de l’Assemblée nationale a lancé « un appel à la responsabilité ». Le chef de file des sénateurs L.R. Bruno Retailleau a appelé le gouvernement à « casser les casseurs ». La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, a souhaité des « mobilisations pacifiques ». L’ex-président François Hollande a appelé « à la mesure et au refus de toutes les formes de violences », tout comme les sept principaux syndicats.

Le député LFI François Ruffin a, en revanche, balayé l’appel au calme de l’Élysée, estimant que « ceux qui jettent de l’huile sur le feu sont ceux qui disent que le cap est bon ». Enfin, les députés socialistes, Insoumis et communistes ont annoncé qu’ils déposeraient lundi une motion de censure contre le gouvernement. L’Élysée n’a pas réagi dans l’immédiat. L’exécutif redoute aussi une extension de la colère à d’autres secteurs, notamment les agriculteurs et les transporteurs routiers. Environ 200 lycées et collèges étaient de nouveau bloqués ou perturbés hier.

Source : AFP

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