Un proche d’un membre de la délégation houthie s’apprêtant à se rendre en Suède pour des négociations, à l’aéroport de Sanaa, au Yémen, le 4 décembre 2018. REUTERS / Mohamed al-Sayaghi/Reuters
Une délégation rebelle yéménite a quitté hier Sanaa pour participer à des pourparlers cruciaux en Suède avec le pouvoir yéménite, visant à trouver les moyens de mettre un terme à la guerre dévastatrice dans le pays, après des mesures de confiance négociées par l’ONU.
Le médiateur de l’ONU, Martin Griffiths, qui était depuis lundi dans la capitale yéménite contrôlée par les insurgés, est parti avec la délégation rebelle pour la Suède, où les représentants du pouvoir conduits par le ministre des Affaires étrangères Khaled al-Yemani pourraient arriver aujourd’hui. La date du début des consultations en Suède n’a pas été annoncée par l’ONU, mais des sources gouvernementales yéménites parlent de demain jeudi.
Les rebelles houthis « n’épargneront aucun effort pour faire réussir les pourparlers destinés à rétablir la paix », a déclaré Mohammad Abdelsalam qui dirige la délégation de douze membres des rebelles.
L’une des initiatives favorisant ces prochaines discussions est la signature par le gouvernement du président Abd Rabbo Mansour Hadi, en exil à Aden (Sud), et les rebelles d’un accord pour échanger des centaines de prisonniers. Hadi Haig, en charge de la question des détenus au gouvernement, a déclaré que cet accord concernerait entre 1 500 et 2 000 membres progouvernementaux et entre 1 000 et 1 500 rebelles. Il sera mis en œuvre après les négociations en Suède. Un représentant rebelle, Abdel Kader al-Mourtadha, a souhaité qu’il soit « appliqué sans problème ».
Le Comité international de la Croix-Rouge a annoncé qu’il participerait à l’application de l’accord conclu sous l’égide de M. Griffiths qui a multiplié les efforts pour convaincre les protagonistes de participer aux pourparlers de Suède et favoriser la confiance.
Chance « décisive »
L’un des principaux objectifs est de trouver une solution politique pour faire cesser le bain de sang et éviter que la grave crise humanitaire n’empire au Yémen, menacé par la famine.
Partis en 2014 de leur bastion du nord du pays, les rebelles houthis ont pris le contrôle de vastes régions, dont la capitale Sanaa et la ville portuaire de Hodeïda (Ouest), par où transitent la plupart des aides et importations de ce pays pauvre.
En mars 2015, l’Arabie saoudite voisine a pris la tête d’une coalition militaire pour aider le pouvoir yéménite à stopper la progression des rebelles chiites pro-iraniens. Le conflit a ainsi pris progressivement une tournure de « guerre par procuration » entre les rivaux régionaux saoudien et iranien.
Le ministre d’État aux Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Anwar Gargash, dont le pays est un pilier de la coalition militaire, a estimé que « la Suède offre une occasion décisive pour s’engager avec succès dans une solution politique ». « Un État stable, important pour la région, ne peut coexister avec des milices illégales », a-t-il toutefois ajouté en soulignant l’importance de la résolution 2216 de l’ONU qui souligne la légitimité du pouvoir du président Hadi et exige le retrait des houthis des secteurs qu’ils occupent ainsi que la restitution des armes lourdes. L’évacuation lundi vers le sultanat de Oman de rebelles blessés au Yémen a ouvert la voie aux discussions de Suède.
Cette question avait fait capoter les pourparlers en septembre dernier à Genève, les houthis ayant accusé Riyad, qui contrôle l’espace aérien yéménite, d’avoir empêché le départ de blessés et de ne pas avoir donné de garanties pour le voyage aller-retour en toute sécurité de la délégation rebelle.
Selon Anwar Gargash, l’évacuation lundi de 50 houthis blessés « démontre une nouvelle fois le soutien apporté à la paix ».
Soutien saoudien
Selon le colonel saoudien Turki al-Maliki, porte-parole de la coalition antirebelles, l’évacuation des blessés a été autorisée « à la demande » de Martin Griffiths comme « mesure destinée à instaurer la confiance ».
La réouverture prochaine de l’aéroport international de Sanaa au trafic commercial figure parmi d’autres « mesures de confiance » susceptibles d’être discutées en Suède, selon des sources onusienne et yéménite.
L’Arabie saoudite est sous la pression des grands pays occidentaux depuis l’assassinat de Jamal Khashoggi, journaliste saoudien critique du prince héritier Mohammad ben Salmane, par des agents saoudiens le 2 octobre au consulat du royaume à Istanbul. Parallèlement aux sollicitations pour que toute la lumière soit faite sur cette affaire qui a terni l’image de Riyad, les appels se multiplient pour que les Saoudiens accélèrent un règlement au Yémen. Dans son appel humanitaire mondial pour 2019 lancé à Genève, l’ONU a déclaré que « le Yémen n’a jamais été aussi proche de la famine ».
Source : AFP


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