Nos Lecteurs ont la Parole

Qui se croit supérieur aux autres ?...

Par Sylvain THOMAS
OLJ
01/12/2018

Il est un vice dont nul n’est exempt et qui nous fait horreur quand nous le découvrons chez autrui. Pourtant, rares sont ceux qui ont conscience d’en être coupables. On avoue avoir mauvais caractère, aimer trop les femmes, abuser de la boisson ou même manquer de courage, mais la faute grave à laquelle nous faisons référence, bien peu se reconnaissent en lui.

Il s’agit de « l’orgueil ». Selon le christianisme, c’est le péché fondamental, le mal suprême. La luxure, la colère, la cupidité, l’ivrognerie ne sont que peccadilles en comparaison à lui. C’est l’orgueil qui a fait du plus beau des anges un démon. Il est le père de toutes les autres perversités, car il met l’homme en opposition absolue avec Dieu.

Voulons-nous savoir à quel point nous en sommes atteints ? Demandons-nous comment nous réagissons quand quelqu’un nous traite avec indifférence, mépris, condescendance, ou vous écrase de sa superbe. Car l’orgueil est, par essence, générateur de rivalité, alors que les autres vices ne le sont, pourrait-on dire, qu’accidentellement.

Ainsi, ce n’est pas de posséder que les orgueilleux tirent plaisir, mais de posséder plus que le voisin. On dit que les gens sont fiers d’être riches, ou intelligents, ou beaux. Non ! En vérité, ils se délectent d’être plus riches, plus intelligents, plus beaux que les autres, en un mot de se trouver en état de supériorité. Presque toutes les vilenies que l’on met au compte de la cupidité ou de l’égoïsme procèdent, en fait, le plus souvent de l’orgueil.

C’est l’avidité, bien sûr, qui pousse un homme à vouloir de l’argent pour être mieux logé, pour s’offrir de plus belles vacances, pour se nourrir mieux et mieux boire. Mais jusqu’à un certain point seulement, sinon, pourquoi celui qui gagne fort bien sa vie aurait-il si grande envie de gagner deux fois plus ? Il peut déjà s’offrir tous les achats, tout le luxe dont il est capable de profiter. En réalité, il est poussé par le désir d’être plus riche que tel ou tel, c’est-à-dire en dernière analyse par le besoin de dominer. L’orgueilleux trouve son bonheur dans la puissance. Rien de mieux pour se sentir supérieur aux autres que de pouvoir les manœuvrer comme des soldats de plomb. Qu’est-ce qui pousse certaines femmes à briser les cœurs ? Certes pas l’instinct charnel, car elles sont très souvent frigides, mais bien orgueilleuses. Qu’est-ce qui pousse un chef politique ou toute une nation à exiger toujours davantage ? L’orgueil, encore et encore.

Voilà qui soulève des réactions terribles. Comment se fait-il que des gens dévorés d’orgueil se prétendent de fervents croyants ? Nous craignons qu’ils n’adorent un Dieu né de leur imagination, dont ils ne doutent pas un instant d’avoir acquis les bonnes grâces, voire la prédilection. Pour les deux sous d’humilité, plus ou moins sincère, qu’ils témoignent devant lui, ils s’autorisent à manifester une immense impertinence envers leurs semblables. Au vrai, chaque fois que la pratique religieuse nous fait éprouver un sentiment de supériorité, nous pouvons être sûrs que ce n’est pas Dieu qui nous en inspire, mais plutôt le démon.

Mais distinguons le plaisir qu’on éprouve à recevoir des éloges est toute autre chose. L’enfant que l’on félicite de ses succès scolaires, la femme dont on célèbre la beauté, l’âme sauvée que le Christ accueille « avec son visage de fête », ceux-là sont heureux et ont raison de l’être, car le plaisir, en pareil cas, ne procède pas de la complaisance, mais du sentiment d’avoir été cause de joie pour un être cher.

Le tableau change quand, au lieu de penser : « Je l’ai rendu heureux, tout est bien », on se dit : « II faut que je sois vraiment quelqu’un de bien pour avoir fait ça. » Plus on est content de soi, moins on apprécie les éloges.

Il nous arrive de dire qu’un homme est fier de son fils, ou de son père, ou de son école, et l’on peut se demander si cela est, ou non, blâmable. Tout dépend de ce que recouvre vraiment cette attitude : affectueuse admiration ou sentiment de supériorité. La première n’est aucunement fautive. Le second, quoi que peu recommandable, est toutefois moins grave que dans les cas où il serait inspiré par le simple amour de soi. Aimer et admirer quelque chose, n’importe quoi, en dehors de soi-même, c’est faire un pas qui vous éloigne du désastre moral. Étant entendu qu’aussi longtemps que nous aimerons ou admirerons quoi que ce soit plus que Dieu, notre cœur demeurera « inquiet et troublé ».

Surtout n’attendons pas que les êtres vraiment humbles ressemblent à l’idée que la plupart d’entre nous s’en font. Ainsi, ils ne passent pas leur temps à répéter qu’ils ne valent rien. Ce que nous remarquerons d’abord quand nous en rencontrerions un, ce sera son entrain, son intelligence, l’intérêt sincère qu’il portera à nos propos. Et s’il nous inspire de l’antipathie, c’est parce que nous envions ceux qui savent profiter pleinement de la vie. Les gens humbles n’ont même pas conscience de leur humilité pour la simple raison qu’ils ont mieux à faire que de s’observer sans cesse.

Aimerions-nous acquérir cette vertu ? En ce cas, nous croyons pouvoir vous indiquer le premier pas à faire. Commençons par reconnaître que nous sommes orgueilleux. Ce sera un grand pas, un pas indispensable. Car si nous nous croyons exempts de ce défaut, c’est qu’en vérité nous en possédons une bonne dose. Nous sommes tous égaux aux yeux de Dieu.

À la une

Retour à la page "Nos Lecteurs ont la Parole"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Le pont

Ce n'est pas facile de tracer une ligne séparatiste entre d'une part; l’orgueil et l'arrogance, et d'autre part; la fierté et l'amour propre.

Pour ne pas tomber dans la bêtise de l’orgueil nous devrions privilégier la bonté en toutes circonstances.

Pardon de ne pas être totalement d'accord avec vos exemples et vos conclusions, bien que votre essai est pour moi une bonne source de méditation. Cordialement,

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Taëf et le nouveau rapport de forces...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué