Un groupe d’étudiants sud-coréens manifestent en faveur d’un adolescent iranien converti au christianisme et qui demande l’asile politique à Séoul. Roman Catholic Archdiocese of Seoul/AFP
Quand des centaines de Yéménites débarquèrent en Corée du Sud, les réactions d’hostilité contre leur foi musulmane avaient fusé de toute part et leurs demandes d’asile avaient été rejetées. Mais un adolescent iranien converti au christianisme a, lui, obtenu le précieux sésame.
La religion est prégnante en Corée du Sud, où les croix sont partout dans le paysage et où plus d’un quart de la population se décrit comme chrétienne, à quasi-égalité avec les bouddhistes, selon les chiffres officiels.
Mais ce pays ethniquement homogène s’oppose à l’accueil des immigrés. La décision favorable au jeune Iranien, rarissime, n’a été prise qu’après une campagne de mobilisation des élèves de sa classe à Séoul.
Le garçon, qui pour des raisons de sécurité ne peut être identifié que par son prénom d’adoption chrétien, Antonio, est arrivé en Corée du Sud en 2010 à l’âge de sept ans avec son père entrepreneur. Deux années plus tard, il se convertissait au catholicisme, imité par son père en 2015. Cette conversion a cependant courroucé certains de leurs proches restés en Iran, où l’apostasie peut être passible de la peine de mort. Le père et son fils ont donc déposé une demande d’asile pour raisons religieuses.
Mais Séoul n’octroie le statut de réfugié qu’à une infime proportion de ceux qui en font la demande. La onzième économie mondiale a accepté entre 2000 et 2017 708 réfugiés exactement, soit 3,5 % des demandes, l’un des plus faibles taux au monde, loin derrière la moyenne des pays de l’OCDE (25 %). Les autorités ont sans surprise rejeté celle d’Antonio en arguant qu’il était trop jeune pour avoir une foi religieuse, décision confirmée en mai par la Cour suprême.
« Rayon d’espoir »
Mais ses camarades de classe sont montés au créneau. Ils ont lancé une pétition sur le site de la présidence, déclarant que sa foi était sincère et expliquant qu’il allait à l’église. Lui permettre de déposer une ultime demande d’asile serait comme « un rayon d’espoir venu du paradis », avaient-ils expliqué. Avec un PIB par tête de 30 000 dollars, « la Corée du Sud ne pourrait-elle pas accueillir une âme solitaire » ? Ce texte avait recueilli plus de 30 000 signatures.
Une cinquantaine d’élèves avaient accompagné Antonio lorsqu’il était retourné aux services de l’immigration, organisant un sit-in de plusieurs heures par des températures d’été caniculaires.
Beaucoup portaient des masques chirurgicaux pour masquer leur identité au moment où une vague de xénophobie battait son plein après l’arrivée d’environ 500 Yéménites sur l’île méridionale de Jeju.
Seuls 4 % des 50 millions de Sud-Coréens viennent d’ailleurs, la plupart de Chine et du Sud-Est asiatique. Ils sont confrontés à des discriminations généralisées.
Lors de la venue des Yéménites, près de 70 000 habitants, un record, avaient signé une pétition sur le site de la présidence pour demander un durcissement de la loi sur les réfugiés, déjà considérée comme parmi les plus strictes du monde. Les opposants justifiaient leur hostilité par leur foi musulmane.
Sur les réseaux sociaux, des internautes ont accusé les camarades d’Antonio « d’être des supporteurs fous de l’islam » et d’avoir subi « un lavage de cerveau ». « Les gens nous ont lancé des tas d’insultes, à nous et à nos parents, et certains d’entre nous avaient un peu peur », expliquait Choi Hyun-joon, en manifestant devant la présidence sud-coréenne pour soutenir Antonio.
« Pas notre problème ? »
Leur enseignant Oh Heun-rok a raconté à l’AFP que des gens s’étaient plaints auprès de l’école et des autorités municipales en arguant que l’établissement devait rester neutre. « Mais j’ai pensé qu’enseigner l’humanitarisme et la nécessité de venir en aide à autrui était au fondement même de notre éducation. »
Résultat, les services de l’immigration ont octroyé le mois dernier le précieux statut au jeune Iranien, deux jours après le rejet des demandes des Yéménites.
Antonio comme son père ont refusé de parler à l’AFP de crainte d’influencer défavorablement une décision pendante de la Cour suprême sur la demande d’asile du père.
Kim Jeon-ju, militante au Centre pour les droits des réfugiés, explique à l’AFP que les migrants sont rarement soutenus par la société civile, à part peut-être par une « poignée » de chrétiens. « Les réfugiés chrétiens ont peut-être un meilleur accès aux services fournis par ces militants » mais cela reste « très limité ».
Les camarades de classe du nouveau réfugié espèrent que leur combat ouvrira la voie à davantage de tolérance. En Corée du Sud, il n’y a « pas de répression politique ou religieuse », ont-ils réagi. « Cela signifie-t-il que nous devons nous enfermer sur nous même en déclarant que “les réfugiés ne sont pas notre problème, ne souillez pas notre pays ?”. »
Jung Hawon/AFP


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