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Liban

« Dites non au mercure » : cri d’alarme contre un ennemi silencieux

Environnement

L’association Innodev a organisé un colloque scientifique portant sur la dangerosité de cette matière chimique, utilisée dans de nombreux secteurs d’activité au Liban.

22/11/2018

À l’approche de la conférence internationale (COP2) de la Convention de Minamata sur le mercure (développée sous l’égide du Programme des Nations unies sur l’environnement, PNUE), l’association Innodev a organisé récemment une conférence en collaboration avec le ministère de l’Environnement et l’ONG World Alliance for Mercury – Free Dentistry. Ce colloque scientifique a réuni plusieurs experts et militants dans le but de mettre en œuvre la première campagne nationale pour la réduction des risques liés à cette substance et à la pollution chimique.


« L’homme est exposé en permanence au mercure »

Le mercure est une matière chimique toxique qui perdure éternellement dans la nature et contamine les hommes de façon dramatique. La nocivité de ses composants, qui s’accumulent dans les milieux biologiques, provoque de dangereux effets sur la santé : tremblement, dépression, insomnie, malformation congénitale, perte de mémoire, troubles psychiatriques ou détérioration mentale. Fortement cancérigène, « le mercure est un neurotoxique qui affecte le système nerveux de l’homme », explique le vice-président de l’association World Alliance for Mercury, Naji Kodeih, à L’Orient-Le Jour.

Selon Fifi Kallab, experte et activiste, le Liban est particulièrement concerné par cette problématique puisqu’il est le pays au plus haut taux de cancer dans la région du Moyen-Orient.

Les multiples vecteurs de contamination du mercure ont été développés par les cinq experts présents : simple inhalation atmosphérique, plombages dentaires, cosmétiques et maquillage, usines de cimenterie, de charbon ou d’extraction d’or, infiltration du sol par le plomb des munitions ou contamination par voie orale due à la consommation de poissons. Selon Naji Kodeih, « l’homme est exposé en permanence au mercure ».

Pour Fifi Kallab, « le cycle de contamination ne s’arrête pas, on ne peut pas mettre fin à la vie du mercure ». Elle a présenté lors de son intervention des exemples de cycles d’intoxication continus : ainsi, les déchets des cimenteries (qui contiennent beaucoup de mercure) sont déversés dans la mer, et seront, à leur tour, facteur de contamination pour les poissons. Ici, le mercure se concentre dans la graisse de l’animal et infecte l’homme en cas de consommation porteuse d’un risque cancérigène. De même, certains produits cosmétiques contenant du mercure comme les crèmes pour blanchir la peau ou les rouges à lèvres contaminent l’être humain par voie cutanée.

Quelque 4 000 tonnes de mercure dans la bouche des humains !

Outre ces illustrations de contamination indirecte, Charlie Brown, membre de l’association World Alliance for Mercury, a exposé la dangerosité des plombages dentaires contenant du mercure. « C’est une intoxication directe des adultes mais aussi des enfants », déplore-t-il. Selon l’experte et dentiste australienne, Lisa Matriste, il y aurait actuellement environ 4 000 tonnes de mercure dans la bouche des humains.

Ces plombages, qui coûtent moins cher et durent longtemps, sont malheureusement très répandus au Liban et dans le monde. Lisa Matriste a développé ses travaux de recherche sur le mercure. « Nous avons identifié seize produits contenant du mercure pour les plombages dentaires », a-t-elle précisé. Cette militante lutte activement contre l’utilisation de ce type d’amalgame dentaire à travers le monde, du fait de l’instabilité de la matière qui libère du mercure et contamine l’organisme humain de façon dramatique. De plus, le mercure peut se transmettre par simple respiration ou transmission de salive. « Toutes les excrétions corporelles des porteurs d’amalgame contiennent du mercure », a-t-elle déploré.


Une pétition pour une dentisterie sans mercure

C’est dans ce contexte scientifique que l’ensemble des participants ont signé pour la première fois une pétition pour « une dentisterie sans mercure au Liban et dans les pays arabes ».

Le PNUE avait caractérisé le mercure et ses composants comme « substance polluante globale ». Pour Naji Kodeih, il s’agit d’une matière toxique qui s’accumule dans les tissus de tous les êtres vivants et se transporte « à la fois dans l’air, l’eau et à travers le sol ».

Forte de l’urgence de ce constat, la Convention de Minamata sur le mercure a été signée par 128 États sous l’égide du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), en août 2017. Le but de cet accord est de trouver des solutions communes pour lutter contre les effets néfastes du mercure et, in fine, d’éliminer l’utilisation de cette substance.

Bien que le Liban soit un pays signataire et qu’il ait ratifié cette convention en février 2017, « l’application reste pour le moment inexistante », déplore Fifi Kallab. Pour Naji Kodeih, « c’est un processus lent qui nécessite une coopération étroite entre la société civile et les pouvoirs publics. »

Le ministère de l’Environnement était représenté par deux agents lors de la conférence. Ali Sabra, ingénieur industriel au département de la sécurité chimique, a indiqué qu’au Liban, le mercure est principalement présent dans les batteries, relais électriques, appareils de mesure électronique, équipements médicaux, ampoules et cosmétiques. Il a déploré que, malgré leur importance pour de nombreux secteurs d’activités, « les données sur le mercure au Liban soient méconnues. » Pour Fifi Kallab, « il faut trouver des alternatives au mercure de façon collective et durable ».

Cette conférence avait également pour objectif de préparer les membres de la délégation libanaise à la seconde réunion des parties à la Convention de Minamata qui se tiendra à Genève du 19 au 23 novembre.


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