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Culture

Vingt artistes pour gouverner le Liban autrement...

Sélection

Puisque l’échiquier politique est devenu un théâtre de marionnettes, et puisque la formation d’un nouveau cabinet traîne depuis des mois, « L’Orient-Le Jour » a constitué une dream team culturelle formée d’artistes de tous milieux, en espérant qu’elle puisse inspirer tout le monde. Parce que tout est politique, à commencer par l’art et la culture.

14/11/2018

Présidence du Conseil

La troupe Zoukak

Voilà une troupe de théâtre multiconfessionnelle et protéiforme qui travaille sans hiérarchie, mais avec beaucoup d’harmonie et de symbiose. Près du peuple, elle s’inspire de ses maux comme de ses rêves pour créer un théâtre engagé, éclairé, accompagné d’interventions psychosociales et de travail auprès d’ONG… Zoukak est présent sur tous les fronts. Un modèle unique, un laboratoire qui fonctionne avec un succès de plus en plus affirmé depuis sa création en 2006.


Ministère de la Défense

Mashrou’ Leila

Mashrou’ Leila ne voulait pas, à la base, devenir un étendard pour les droits des homosexuels, ni une caricature de ce que son chanteur Hamed Sinno considère comme une vision occidentale et simpliste du monde arabe.

Mashrou’ Leila – qui avec son mélange unique de rock alternatif et de poésie arabe, est devenu l’un des groupes les plus en vue du Moyen-Orient – considère la musique comme un objectif en soi. Mais voilà, en étant lui-même ce mélange de multiples orientations qu’il défend crânement, le groupe partage et... défend, férocement. CQFD.


Ministère de la Culture

Hanane Hajj Ali

Certes, elle est cultivée et culturée, Hanane Hajj Ali. Elle connaît sur le bout des doigts le cursus théâtral international et a participé activement à la montée d’un théâtre critique et populaire au Liban. Dramaturge, actrice, mais aussi activiste culturelle à travers l’association al-Mawred al-Thaqafi, qui encourage la créativité et les échanges culturels dans le monde arabe, son atout majeur reste ce gros pamphlet qu’elle a rédigé et qui définit la politique culturelle d’un pays. The right woman at the right place…


Ministère du Tourisme

Hisham Jaber

Le papa de Hichik Bichik, Discothèque Nana, Bar Farouk et autres spectacles de cabaret, sans omettre ses excellentes pièces parodiques, ferait du beau travail au Tourisme, lui qui cherche à conjuguer le divertissement d’antan au temps présent. Le talentueux metteur en scène l’affirme clairement : « C’est maintenant que nous nous amusons, que nous faisons la fête, que nous dansons et chantons, malgré le décor et les rengaines passéistes. »


Ministère des Déplacés

Ayman Baalbaki

De Adayssé à Tall el-Zaatar, de Wadi Abou Jmil à la banlieue sud : le passé d’Ayman Baalbaki est jalonné de déménagements répétitifs. Les déplacés fuyant les massacres, la guerre ou les bombardements aveugles emportent sur le dos de la voiture des matelas pour dormir, un bidon pour l’essence et un autre pour l’eau, quelques ustensiles de cuisine, parfois même un mouton ou des poules. Une image véhiculée dans ses peintures et ses installations, assez éloquente du message de l’artiste qui (re)construit après que la politique a détruit.


Ministère des Finances

Hady Sy

Déjà, il inspire la confiance. C’est très bien en ces temps orageux économiquement. Ensuite, ce photographe a une vision très éclairée et pointue de la monnaie. En témoigne son œuvre intitulée Sifr (Zéro), dans laquelle il représente un billet de 0 dollar, avec le mot zéro écrit en arabe, Sifr donc, et un patronyme perse en guise de président WASP… Même s’il est de mère libanaise, Hady Sy n’est pas libanais. Mais cette loi va changer dès que les 20 artistes ministres auront pris leurs fonctions.


Ministère de l’Industrie

Marc Baroud

Du design de produits de luxe et d’ameublement aux projets de bâtiments d’entreprise, il est un architecte et designer multidisciplinaire. Diplômé de l’ALBA en design de meubles et en architecture d’intérieur, il a aussi étudié le design industriel à Paris. Marc Baroud aborde le design à la manière d’un chercheur, d’un défricheur de techniques, d’un expérimentateur de matières. Faisant souvent appel aux artisans pour un finissage industriel. N’est-ce pas là un juste milieu ?


Ministère des Affaires sociales

Zeina Daccache

Le peuple libanais, comme ses dirigeants, a grand besoin d’une bonne dramathérapie, de ceux dont Zeina Daccache a le secret. La jeune femme, humoriste dans une autre vie, consacre son temps aux plus démunis et aux marginalisés. Elle a réussi à trouver un terrain d’entente entre 12 Libanais en colère (titre de sa pièce) dans la prison de Roumieh. Ce qui lui donne de fortes chances pour qu’elle puisse se faire entendre par 4 millions de Libanais prisonniers de leurs conditions précaires.


Ministère de la Santé

Lina Saneh

Un jour, Lina Saneh a entendu dire que dans les hôpitaux, on brûlait les membres et les organes excisés de certains malades. Elle monte alors le projet Appendice, où elle propose à la vente les parties de son corps comme autant d’œuvres d’art. Transformant ainsi ce corps en un lieu de lutte, un champ de bataille entre les promesses de liberté et de modernité (de tout État, au-delà de l’État libanais) et les forces identitaires et communautaires qui, partout, veulent ériger leurs systèmes en modèles universels.


Ministère de l’Urbanisme

Marwan Rechmaoui

Peintre de formation, Marwan Rechmaoui s’oriente depuis plusieurs années vers un travail d’installationniste obsédé par l’urbanisme de Beyrouth. Du béton, du caoutchouc, du goudron et de la tôle sont ses matériaux de prédilection. Deux œuvres emblématiques : une sculpture en béton évoquant la tour Murr, et une carte de Beyrouth... en caoutchouc noir, qui traite, dit-il, « du comportement social dans l’espace urbain ». Réfléchissions avec lui sur l’impact des conflits dans la configuration des espaces territoriaux.


Ministère des Travaux publics

Yazan Halwani

Avec son style bien particulier, ce mélange de portrait, de calligraphie arabe et de géométrie orientale qu’il a développé à partir de 2010, Yazan Halwani a représenté Sabah, Feyrouz, les héros de West Beirut, Mahmoud Darwiche, des portraits anonymes… Des œuvres qui tapissent les murs de Beyrouth (et de nombreuses autres villes), les enjolivant, transformant la décrépitude du béton en tableaux poétiques et surréels. « Le Liban n’est pas un hôtel dont on change à la moindre gêne, mais une cause à défendre. » Et c’est celle qu’il a choisie…


Ministère des Droits de la femme

Imane Humaydane Younes

« Je vais continuer à écrire sur les femmes dans les sociétés patriarcales, ainsi que sur la violence que génère le patriarcat », affirme Imane Humaydane Younes, auteure de quatre romans traduits en plusieurs langues. Le plus récent, Cinquante grammes de paradis, a reçu le prix Katara en 2016. Son œuvre traite des femmes, de la mémoire des individus et des lieux, ainsi que des récits de « ceux qui ont expérimenté la violence ». Des voix de femmes à travers des portraits pleins de sensibilité, d’émotion mais aussi d’ironie, d’humour et de poésie.


Ministère des Affaires étrangères

Nadine Labaki

Le succès a fait de Nadine Labaki la porte-parole des Libanais et des « êtres invisibles ». « C’est un cri de douleur et de détresse que j’adresse aux autorités libanaises et je leur dis : Il est temps que l’État se réveille », avait lancé la réalisatrice, scénariste et actrice libanaise après que son film Capharnaüm a été primé à Cannes. « Le Liban en a assez d’être traité comme un pays du tiers-monde alors que nous avons un potentiel très riche et une capacité énorme à réfléchir à des solutions », avait encore asséné celle qui serait une parfaite locataire du palais Bustros.


Ministère de l’Intérieur

Lucien Bourjeily

Habitué de la censure exercée par la Sûreté générale, le metteur en scène et réalisateur libanais Lucien Bourjeily serait un candidat de choix à ce poste. Changer les décrets de dame Anastasie ? Revoir l’article 3 de la loi du 27 novembre 1947 sur le contrôle des films cinématographiques? L’élève de Mounir Abou Debs saurait de quoi ses confrères artistes souffrent en matière de liberté d’expression. Son dernier Ghada el-Eid, montre de plus qu’il a bien disséqué la société libanaise…


Ministère de l’Éducation

Nadine Touma

Artiste, activiste culturelle, productrice et pédagogue, Nadine Touma a conçu plusieurs kits éducationnels qui intègrent l’art, les sciences, le design, les droits de l’homme, l’anthropologie et la littérature. Depuis 1997, elle collabore avec des organisations gouvernementales et des ONG pour introduire de nouvelles manières de penser et d’enseigner. Mais c’est sans doute l’originalité et la manière de réfléchir hors des sentiers battus de l’artiste qui en font une candidate idéale à ce poste.


Ministère de la Jeunesse et des Sports

Zena el-Khalil

Ce n’est pas seulement parce qu’elle est la fille de May el-Khalil, fondatrice du marathon de Beyrouth ou parce qu’elle a participé à de nombreuses courses attifée d’une robe de mariée rose – sa manière de protester contre les pressions sociales sur les filles célibataires – que Zena el Khalil mérite ce portefeuille. C’est aussi et surtout parce que la jeune auteure de Beirut I Love you signe une œuvre dynamique, franche, rebelle, audacieuse, idéaliste et pleine de promesses. Comme la jeunesse…


Ministère de l’Information

Mireille Honein

Elle s’insurge, Mireille Honein. Et elle fait de l’art contre vents et marées. Contre les enfermements communautaires, religieux, sociétaux ou encore conjugaux. La sculptrice, qui se revendique « féministe et engagée », milite à travers son art, notamment, en faveur de la « liberté de choisir ». De la liberté tout court. Parmi ses belles expressions, une robe de mariée en papier pour protester contre le viol. « J’irai même jusqu’à tordre les normes du beau pour que mon travail soit au service de ma problématique. » Puissante.


Ministère des Télécoms

Sarah Zeaiter

La blogueuse Sarah Zeaiter, plus connue sous le pseudo Blogger Wanabe, maîtrise tellement bien l’art de communiquer sur son smartphone qu’elle pourrait être la reine des télécoms. Vidéos drôles où elle dissèque à coups de posts Instagram les us et coutumes de la blogosphère et de la société avec un air des plus impavides, voilà une perle qui doit sûrement comprendre l’importance d’un réseau internet rapide et pas cher. Que veut le peuple ?


Ministère du Travail

Alexandre Paulikevitch

L’histoire, le genre et le sens politique du corps en représentation : voici les trois piliers de la philosophie artistique du danseur Alexandre Paulikevitch. Mais si l’expert en danse baladi excellera à ce poste-là, c’est parce qu’il lui a fallu beaucoup de courage, de sueur et de travail pour s’imposer dans un univers régi par les stéréotypes. « Même à genoux et mutilé, je continue à danser », avait déclaré ce véritable spécimen de résilience.


Ministère de l’Environnement

Karen Chekerdjian

Prophète en son pays, Karen Chekerdjian l’est également à l’international, où elle est souvent l’invitée des grandes foires du design. La créatrice, connue pour sa production de meubles et objets contemporains, revisitant, dans une veine épurée, un peu à la scandinave, les formes, motifs et matériaux de l’artisanat traditionnel local, dit que le design est comme la respiration. Une bonne bouffée d’oxygène dans cette atmosphère tellement polluée…

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Tina Chamoun

Si j'étais Président de la République
Je nommerais bien sur Mickey premier ministre
De mon gouvernement, si j'étais président
Simplet à la culture me semble une évidence
Tintin à la police et Picsou aux finances
Zorro à la justice et Minnie à la danse
Est c'que tu serais content si j'étais président?
Tarzan serait ministre de l'écologie
Bécassine au commerce, Maya à l'industrie

En plus le gouvernement de G. Lenormand, ça nous vraiment la banane, lalalalalala....

Le Herisson

tant qu'a faire peut etre faudrait-il avoir carrement 128 ministres et comme ca meme les deputes independants auront un representant !! ha ha ha.....

Mounir Doumani

A quel degré sommes-nous supposés rire?

Sarkis Serge Tateossian

C'est parfait ainsi...

Mais dans un prochain article l'orient le jour pourra donner la parole aux humoristes pour gouverner le pays ... Ce sera du grand art.

Puis rire c'est le meilleur remède en ces jours terribles.

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