L'impression de Fifi ABOU DIB

Tout n’est pas perdu

Impression
08/11/2018

Au début de ce siècle, le directeur d’une grande compagnie me disait : « Certes, le Liban est un petit pays fragile, le marché n’y est pas forcément intéressant, mais il est la porte d’entrée de l’Asie. C’est un lieu de passage et de brassage. Il est la vitrine de ce grand magasin qu’est le Moyen-Orient, et la vitrine, c’est ce qu’on regarde avant d’entrer. » À l’époque, on soignait encore la vitrine et on s’y croyait. On n’était qu’à quelques petites années de la fin officielle de la guerre, mais il y avait un regain, une envie de tourner la page, de faire des enfants, de les élever dans quelque chose qui ressemblait à un pays normal ou du moins stable, avec un peu d’horizon et peut-être, regardez bien, un peu de lumière derrière. Aujourd’hui « l’entrée du Moyen-Orient » ne sert qu’à s’essuyer les pieds avant d’en franchir le seuil, et « la vitrine » annonce très honnêtement ce qui se trouve à l’intérieur : une économie à bout de souffle et un hinterland peuplé de réfugiés misérables et, au-delà des frontières, la Syrie qui n’en finit pas de lécher ses plaies et ressasser ses souffrances et ses incertitudes, et Israël qui n’est plus à présenter.

Alors oui, pour le dire en bon franbanais, savoureux langage qui ne renoncera pas de sitôt à la force du pléonasme, « on recule en arrière » et on progresse à rebours. La faute à l’Iran, à l’Arabie saoudite, à la mauvaise foi des uns, aux mauvais calculs des autres, aux Italiens qui n’ont rien à y voir, mais précisément. Nous revoilà dans les remous d’une guerre plus sourde, plus sournoise que toutes celles que nous avons connues. Mais celle-ci nous trouve désarmés, désabusés, défaitistes et inutiles. Il n’y a plus personne pour défendre la maison Liban, et bien que ce pays en ait vu d’autres, il a rarement connu pareil désamour.

Avant, il y avait toujours un village, un rocher, un arbre centenaire pour nous ramener, la larme à l’œil, à ce dont nous nous sommes toujours crus pétris : la poésie d’un paysage et la nostalgie des racines. Mais il en reste si peu. De guerre en guerre, de départs en départs, de détachements en détachements, le Liban perd son identité et tout ce qui nous y rattache.

Mais tout n’est pas perdu. Il n’est pas nécessaire de répéter les mêmes gestes et de préserver le même décor pour sauver l’appartenance.

Ce pays, à ce tournant précis de son histoire, à ce moment précis où il nous semble perdu non pas sans espoir, mais presque sans désir de retour, peut encore ressurgir comme il l’a toujours fait. Nous ne manquons ni de bras, ni de générosité, ni d’intelligence. Les innombrables manifestations culturelles, les si créatives initiatives de la société civile prouvent que le levain est prêt. La faute à pas de chance, la faute aux puissances, la faute au régime confessionnel, la faute à la tradition féodale, la faute à la corruption, soit. Mais il est temps pour nous d’assumer en tant que citoyens la responsabilité de l’échec dont nous subissons les conséquences. À nous de nous mettre au travail, mobiliser les économistes, scientifiques, artistes et toutes les forces vives dans nos rangs, analyser la situation, dégager les problèmes et les actions qui s’imposent et lever des armées de bénévoles pour sortir de l’impasse, sans plus attendre le bon vouloir de nos dirigeants ou de ceux qui les manipulent. Il est moins une.

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Marionet

Excellent! Enfin un papier qui voit la petite lumière qui brille au fond du tunnel au lieu de tout saccager à tout va. Que les autres en prennent de la graine.

Tina Chamoun

Je préfère mille fois votre nostalgie quoique larmoyante à ce texte plat et soporifique. Reculez en arrière Fifi!

ACE-AN-NAS

.......la Syrie qui n’en finit pas de lécher ses plaies et ressasser ses souffrances et ses incertitudes, et Israël qui n’est plus àprésenter. ==========================

Eh bien si , Fifi il aurait fallu nous la présenter , cela vous aurez donné matière à dire quelque chose , au moins !

Le pont

Le vecteur principal qui anime la vie politique au Liban, est la peur de l'autre, qui explique beaucoup de chose.

De mon point de vue, la solution serait de choisir la neutralité comme modèle politique, et de nous mettre sous la protection de l'ONU, pour exiger des puissances étrangères de ne plus intervenir dans le pays.

Chucri Abboud

C'est le pays de la douceur de vivre , encore toujours ! Le seul pays au monde qui survit sans gouvernement , grâce au savoir-faire des civils , tout se règle avec un peu de patience , et le sourire en est la clé . Quand l'Etat n'a pas de ressources ( comme dans les pays riches où les institutions protègent un citoyen qui n'a plus besoin des autres parce que l'Etat lui assure la santé , l'éducation, la paye en cas de chômage etc ) , il suffit au libanais d'avoir des amis, des voisins , des parents , et même de simples connaissances , à qui demander de l'aide et tout le voisinage , tout le village accourt ! Nous n'avons jamais besoin de psychanalystes ici : Nous avons notre entourage , pas de l'Etat impersonnel , et nous savons que nous vivrons toujours heureux avec ! Vive le convivial !

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE COMMUNAUTE FREINE TOUTES LES AUTRES ET POUSSE LE PAYS DANS L,ABYSSE. IL EST BEAUCOUP A CRAINDRE LE RETOUR DES JOURS HONNIS...

ayda ka

Oui fifi on est tous d’accord.
Mais comment?

Saliba Nouhad

Parfaitement d’accord, Fifi, sauf que vous oubliez de mentionner le plus grand défaut du Libanais: son individualisme doublé d’une jalousie du succès du voisin et d’un pédantisme ridicule où il s’y connaît en tout, en allant de la politique, à la médecine, aux arts et cultures même s’il ne connaît les choses que superficiellement, avec la compétition malsaine, du ôtes-toi de là que je m’y mette, sans égard aux compétences...
Résultat de cette tare: nous ne sommes pas là pour nous aider, nous stimuler et nous renforcer comme société pour un gain mutuel, mais nous concurrencer continuellement, nous mettre des bâtons dans les roues, nous jalouser et de se plaindre que rien ne va en mettant la faute sur tout le monde sauf soi-même!
Possible une tare historique, culturelle, de réflexe de survie dans un milieu géographique hostile, multi-confessionnel et j’en passe!
Votre appel pour se mettre au travail et de rassembler toutes les forces vives, éduquées pour sortir de l’impasse est très louable, mais à condition que la nouvelle génération puisse dépasser les défauts systémiques cités plus haut, se laïciser, et puisse avoir les mains libres...
On ne perd rien à rêver, mais nous sommes aussi le pays des miracles!

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