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Liban

Le Lycée Abdel Kader pourrait être détruit et relocalisé à Baabda

Éducation

Après les élèves de l’établissement, les lycéens des pères antonins de Baabda manifestent.


08/11/2018

La communauté éducative est en émoi depuis que circulent des rumeurs d’une possible relocalisation à Baabda du Lycée Abdel Kader (LAK), plus exactement au Lycée des pères antonins de Baabda (LYPA). Et pour cause, le terrain sur lequel est bâti le LAK, qui est géré par la Fondation Hariri, aurait été mis en vente par sa propriétaire, Hind Hariri (fille de l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri), dans l’objectif d’y construire un centre commercial. « Il aurait même déjà été vendu », affirment certains. Au sein des deux écoles, les questions pleuvent. Que deviendront les 1 882 élèves du LAK et les plus de 300 élèves du LYPA? Les enseignants et les employés perdront-ils leurs emplois ? Le bâtiment beyrouthin historique orné d’arcades sera-t-il impitoyablement détruit, pour laisser la place à un mall de plus ? Mais pour l’instant, les principaux intéressés (Fondation Hariri, direction du LAK et pères antonins) gardent le silence sur l’avancée des pourparlers entre les deux institutions éducatives et se contentent de lancer des appels au calme. Seule la Direction générale des antiquités, relevant du ministère de la Culture, assure aujourd’hui dans un communiqué qu’elle n’a donné « aucune autorisation de détruire ce bâtiment historique », et ce après un tweet du leader druze Walid Joumblatt invitant « à stopper le projet criminel de destruction du LAK pour en faire un mall ».


Deux manifestations en deux jours

La réaction à ces informations n’a pas tardé. Durant les dernières 24 heures, deux mouvements de protestation, regroupant enseignants, élèves et parents d’élèves, se sont succédé, le premier avec quelques dérapages. Hier matin, les protestataires du LYPA, enseignants, parents d’élèves et élèves de première et terminale, se sont rassemblés devant les portes du Lycée Abdel Kader, dans le quartier du patriarcat à Beyrouth (ouest), scandant leur refus de céder leur école aux élèves du LAK. « Ne prenez pas notre école », leur ont-ils lancé, rapporte à L’Orient-Le Jour une source proche de l’établissement. Les élèves du LAK ont aussitôt réagi. Faisant face aux élèves des pères antonins, ils ont eux aussi crié leur refus de quitter leur établissement et leur profonde tristesse, vu leur attachement à ce qu’ils nomment affectueusement le château, pour ses vieilles pierres et ses arcades et rappelé que leurs parents et grands-parents étaient d’anciens élèves de ce lycée.

« Il faut aussi prendre en considération le fait qu’une importante partie des élèves du Lycée Abdel Kader habitent le quartier du patriarcat. Ils se rendent à l’école à pied », explique la personne contactée. « Même si l’affaire n’est pas une nouveauté pour leurs parents qui en avaient déjà été informés depuis quelques années, le déménagement de l’établissement serait donc pour le moins compliqué, car ils n’envisagent pas de les envoyer à Baabda. » Malgré quelques échanges verbaux hostiles entre les deux communautés éducatives, et des invectives à l’égard de Hind Hariri, les manifestants se sont dispersés dans le calme, en matinée.La veille, devant le Lycée des pères antonins à Baabda, les protestataires ont carrément eu recours à la violence, saccageant des locaux, brisant des vitres de l’école. « Le LYPA, qui scolarise 300 élèves, est donc resté portes closes aujourd’hui, car il est nécessaire de réparer les dégâts », révèle à L’Orient-Le Jour le père Boutros Azar, membre de la congrégation des pères antonins. Le secrétaire général des écoles catholiques condamne par ailleurs fortement l’action des casseurs, et soutient qu’« une telle réaction n’est pas innocente ». « Quelles que soient les raisons de leur inquiétude, ils n’ont pas le droit de s’en prendre à l’école et tout peut être réglé par le dialogue », martèle-t-il, appelant les forces de l’ordre et la justice « à prendre les mesures adéquates ». Pour sa part, une enseignante du LYPA qui n’a pas voulu être identifiée a indiqué à L’OLJ que les enseignants ont manifesté hier devant le siège principal des pères antonins à Mar Roukoz. « Nous avons peur d’être licenciés. Le père Aoukar nous a dit qu’il y avait des négociations avec le Lycée Abdel Kader mais que l’affaire n’est pas conclue, et que dans le meilleur des cas, les élèves et les enseignants de l’école de Baabda seront intégrés au collège voisin des pères antonins à Baabda », a-t-elle ajouté, précisant que l’école accueille 420 élèves et qu’elle restera fermée jusqu’à lundi, même si les dégâts sont mineurs.


Les pères antonins n’ont pas vendu, pour l’heure

Face à la violence des réactions, le secrétariat général des pères antonins maronites a également publié un communiqué démentant les risques de mise à la porte des élèves, enseignants et employés du LYPA. « Nul n’est plus concerné que nous par nos élèves, notre corps enseignant et nos employés. Et personne ne sera privé de son pain quotidien », affirme le communiqué. Dénonçant les rumeurs et les violences devant l’école de Baabda, la congrégation assure « n’avoir vendu, pour l’instant, aucun de (ses) établissements, et n’a ni loué ni fermé le LYPA, contrairement à ce que dit la rumeur ». Tout en assurant qu’elle demeure à la disposition du corps enseignant pour plus d’information. De son côté, la direction du LAK promet aux parents d’élèves « de communiquer avant la fin du mois de novembre ». Elle précise que « plusieurs hypothèses sont encore à l’étude et qu’aucune n’est pour l’instant finalisée ».

Pour le moins floue, l’affaire ne se limite pas au rachat ou à la location d’un établissement par un autre. Elle met en exergue « la menace que constitue la loi 46 liée à la nouvelle échelle des salaires sur la survie des petites écoles », souligne le père Boutros Azar. « Le LYPA n’a que 6 ans d’âge. Vu le nombre restreint d’élèves qu’il scolarise, il fait face à des difficultés financières, et risque même la faillite », reconnaît le père Azar. D’où la possibilité que cet établissement situé sur une vaste propriété de la congrégation antonine maronite, après échange de terrains avec l’ambassade américaine, soit effectivement envisagé pour abriter le Lycée Abdel Kader.

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Irene Said

Si cette information est vraie...
comment peut-on avoir le coeur de démolir ce bijou de construction typiquement libanaise...et d'y construire...un centre commercial ?

Le dieu dollar...est-il devenu si puissant, chez nous au Liban ?
Irène Saïd

Le pont

Sur un sujet aussi sensible, la soeur de PM ne peut pas se permettre d'agir, à mon avis, sans un visa politique de son frère. Je pense que c'est le PM en personne qui devrait s'exprimer sur ce sujet et d'expliquer au peuple de quoi il s'agit au juste.

En Occident la construction d'un centre commercial en ville, nécessite une mise à l'enquête publique, pour récolter les éventuelles contestations, les étudier et permettre les recours en justice, avant de donner le permis de détruire/construire.

Georges MELKI

"Hind Hariri (fille de l’ancien Premier ministre assassiné Rafic Hariri), dans l’objectif d’y construire un centre commercial. « Il aurait même déjà été vendu », affirment certains."
Mais ne pensent-il donc qu'à construire des centres commerciaux? Et sommes-nous en Arabie Saoudite, pays de plus de 2 millions de km2 de superficie pour avoir un centre commercial par tête d'habitant? C'est vraiment honteux!

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