Katya Traboulsi. Photo D.R.
Parmi les innombrables « genres » du règne animal, la tortue a souvent été moquée ou regardée de haut, associée banalement à une forme de paresse ou de lenteur. Pourtant, si l’on se fiait à la symbolique des animaux, et il le faudrait, on découvrirait que cette espèce incarne un véritable exemple de détermination, d’endurance, de patience et de longévité, ne serait-ce que par sa présence sur cette Terre qui, d’après les fossiles retrouvés, date d’il y a 200 millions d’années. En outre, la particularité anatomique des carapaces de tortue leur confère un puissant mécanisme de protection et de défense.
Ce sont justement ces attributs dont l’ONG Oum el-Nour a fait le fil rouge de son exposition, où 15 personnalités des mondes de l’art, du design ou de l’architecture ont repensé, à leur manière, des tortues créées par l’artiste Ghassan Zard, et dont les revenus de la vente aux enchères seront reversés à l’association. Pour rappel, l’ONG Oum el-Nour a été fondée en 1989 par Mgr Guy Paul Noujeim (président) et Gabriel Debbané (vice-président) dans le but d’aider à surmonter les addictions à la drogue. Les diverses activités de cette association, qui aura, jusqu’à ce jour, contribué à la réhabilitation de plus de 7 000 personnes souffrant d’addictions, comptent des campagnes de sensibilisation, de prévention, des programmes de réintégration sociale ainsi que des événements organisés pour des levées de fonds. Parmi celles-ci, l’exposition « Turtles » démarre demain, 8 novembre, à la galerie Platform 39 et se poursuivra jusqu’au 14 novembre à travers une silent auction qui sera clôturée par une soirée au Mandaloun, le 15 novembre, animée par la commissaire-priseuse Taline Boladian.
Dans le cadre de ce projet, une initiative de Michelle Mallat Rishani, quinze personnalités de différents horizons artistiques – Anastasia Nysten, Bassam Kahwaji, David et Nicolas, Georges Mohasseb, Gregory Gatserlia, Hania Farrell, Jad el-Khoury, Jean Boghossian, Katya Traboulsi, Bokja, Nada Debs, Nada Sehnaoui, Ramy Boutros, Roger Moukarzel, Youssef Haïdar et Vera Mokbel (en collaboration avec les résidents de OEN) – ont été invitées à recréer l’emblématique tortue de l’artiste Ghassan Zard, proposant chacune sa propre lecture de cette petite sculpture arrondie aux formes épurées.
Dans cette optique, la recouvrant de perles et résine, la designer Anastasia Nysten a offert une seconde peau à sa tortue, celle d’un Wolly Mammoth (c’est d’ailleurs le nom de sa pièce) qui développe cette sorte de carapace rutilante pour se protéger des potentiels prédateurs. Quant à Maria Hibri et Huda Baroudi, fondatrices de Bokja, elles ont imaginé un Imperfect Humans, soit une carapace imparfaite, assemblage joliment chaotique de tissus qui fait leur marque de fabrique, en référence au corps d’une tortue qui enregistre le temps et ses embûches pour en distiller une certaine leçon de sagesse. Une idée également interrogée par Scars, l’œuvre de Nada Debs, entièrement parcourue par des sortes de chemins de vie ornés par les motifs distinctifs de la créatrice de meubles. De son côté, l’architecte d’intérieur et designer Gregory Gatserelia a choisi de plancher sur la question de pollution marine dont les tortues comptent parmi les espèces les plus affectées. Sa sculpture, enrubannée dans un filet où s’enchevêtrent toutes sortes de déchets, a été baptisée Torture. Par contre, l’artiste Katya Traboulsi préfère insuffler son énergie optimiste sur sa tortue qu’elle choisit d’appeler sobrement Amal où se télescopent les couleurs de la vie… celle dont Oum el-Nour s’échine à rouvrir les portes à ceux qui ont souffert.
* « Turtles », au profit de l’ONG Oum el-Nour, à la galerie Plateform 39, jusqu’au 14 novembre

