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La Dernière

Les secondes peaux de Jean-Georges Prince

Beyrouth Insight

Il a les yeux, la tête, le cœur et le corps imprégnés de magnifiques tatouages. Une passion jusque dans la peau, qu’il a enfin transformée en métier.

Carla Henoud | OLJ
03/11/2018

C’est un prince des villes qui partage, sans plus les exhiber, ses centaines de tatouages, comme des cicatrices choisies, des œuvres d’art au regard des esthètes et des adorateurs de cette nouvelle forme d’art. De beaux témoignages de son existence, des galets sur le chemin d’un pays où l’on n’arrive jamais. Petit prince d’un territoire qui lui appartient, sa chair est une page ouverte à toutes les libertés et tous les possibles. Jean-Georges Prince, avec un prénom et un nom pareils, on s’attend à voir apparaître un jeune dandy nostalgique sorti d’un siècle révolu. Puis on découvre des photos de ces tatouages et l’on tombe, fascinés, dans un dilemme profond. Le jeune dandy se transforme en cœur de rocker, le Chaperon rouge en loup-garou, et Alice se perd dans un étrange pays des merveilles. C’est alors qu’il apparaît derrière la porte de son univers peuplé de Chevaliers du zodiaque… Une douceur au bout de son sourire charmeur, une chaleur dans sa voix de timide chanteur, un adulte qui nage dans un Disneyland où il lui fait bon vivre. Et puis un vocabulaire qui efface immédiatement toutes les idées reçues, sur lui et sur le tatouage. Jean-Georges Prince est à l’opposé de tous les clichés que véhiculent certains tatoués. Ce qu’il partage avec eux, c’est ce rituel où la douleur devient complice, nécessaire, presque élégante, où le trait marqué sur la peau devient indélébile.

Il y a treize ans, il se faisait graver par Hadi Baydoun un Good Fortune qui « n’est plus d’actualité » et que, 13 ans de vies plus tard, il a recouvert d’une nouvelle « impression ». « Petit à petit, confie-t-il, une évolution s’est faite en rapport avec ce que je devenais, ce que j’acceptais de ma personne. Mais j’étais très loin d’imaginer que j’en arriverais là. »


Rebel with a cause

Là… État des lieux : un corps sexy, tiré, étiré, lisse, six packs à faire pâlir de jalousie tous les amateurs de hamburgers au fromage. Une peau carte de géographie, carte du tendre, où chaque parcelle est habitée, colorée, bavarde, sur ses bras, ses jambes, son cou, sa nuque, même le bout de ses doigts. Pas de costume cravate pour Jean-Georges Prince, pas d’horaires de 9 à 5 depuis quelques mois pour ce strategic planner qui ne veut plus faire de plans, la plage de son corps se conjuguant parfaitement avec son besoin de liberté. Tous ces dessins, ces mots et toutes ces phrases, sans doute des non-dits dans une autre vie, ont trouvé leur place sur sa personne.

« À partir du moment où l’on devient aussi tatoué que moi, la vision de ce que je veux est assez claire, affirme-t-il en douceur. Que mes tatouages portent une histoire en ayant l’air le plus joli possible, le plus paisible. Aucun n’est agressif même s’ils représentent des moments sensibles de mon histoire. Tout ce qui est sur moi a joué un rôle. Ils sont toujours là avec ce que je suis devenu… »

Alors, prendre pour les autres l’encre et l’aiguille, sa plume à lui, était une évidence. La continuation d’un partage et, finalement, d’un savoir-faire acquis à force de regarder et de se faire tatouer. « Tout ce que je propose aujourd’hui, ce sont des dessins que je crée moi-même. Ceux-là mêmes que j’aurais voulu avoir sur moi. » Il y a quelques mois, il achète sa première machine, fait des essais sur des « peaux artificielles » et se lance avec un avion en papier tatoué sur un premier client. Le résultat est personnel, touchant, même s’il est, alors, encore un peu timide. Puis, tout ira très vite. Jean-Georges commence à se faire la main et un nom sous le label inked geeked, le geek de l’encre. Peter Pan, ses mouettes, ses fleurs, ses vilains, ses Bambi et ses cerfs ont tous la finesse de son tracé, une poésie reconnaissable.

« C’est toujours très stressant de se dire que je suis entrain de marquer quelqu’un à vie. Je sais ce que c’est en tant que tatoué… Je ne me laisse pas de marge à l’erreur », dit-il encore. Exigeant, en tant que tatoué et tatoueur, méticuleux, il souhaite pour les autres ce qu’il souhaite pour lui-même : que ce tatouage ne soit plus quelque chose de rajouté. « Parfois, j’ai le sentiment que mes tatouages font tellement partie de moi, qu’il suffit que je gratte ma peau pour qu’ils apparaissent… »

Alors on jette un regard, un regard de plus, long, profond, sur ce corps-histoire(s), mappemonde(s), et l’on se perd dans un conte peuplé de corsaires, de Batman, de mutants où tout est, comme il l’a écrit, déposé sur la nuque, « Fantasmagorie ».


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