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Coolitude

Le tatouage, une nouvelle tenue de travail

Ne plus cacher ce tatouage que les patrons et les clients ne sauraient voir, c’est la nouvelle tendance mondiale.

Hady Beydoun, le tatoueur très tatoué en plein travail. Photo DR

Révolu le tatouage synonyme de camionneurs, de marins, de garagistes et autres forts en bras dont les biceps étaient la plupart du temps estampillés d’un grand cœur transpercé d’une flèche ou de l’image d’une femme nue. Aujourd’hui, abordé avec plus de subtilité, il est devenu un art, à la mode, certes, mais aussi le reflet d’une expression personnelle. Souvent caché par les aficionados qui craignaient encore le qu’en-dira-t-on, les tatoués, fiers de l’être, l’exhibent à présent normalement comme une partie de leur être et de leur vécu. Même dans les lieux de travail, où il fut longtemps malvenu, il représente une seconde infraction au « dress code » traditionnel, après l’acceptation des jeans le vendredi, l’absence de la cravate et la normalisation des chemises sombres. Une tendance qui prend de l’ampleur au pays de l’Oncle Sam, après l’Europe. S’extérioriser en dessins et écritures corporels est devenu une mode acceptable partout, comme porter une barbe, toutes longueurs de poil confondues ! Selon les sociologues, c’est là une manière, dans le monde du travail, d’affirmer que l’on ne craint pas de prendre des risques.

Les USA d’abord
De nombreuses personnes ont ainsi pris ces libertés. Les statistiques démontrent qu’en 2016, un Américain sur trois porte un tatouage, alors que les millenials en accumulent plusieurs. Les sondages soulignent qu’une grande majorité des Américains ne sont nullement dérangés de côtoyer des enseignants, des coaches, des pédiatres et même des juges et des candidats à la présidence arborant des tatouages sur leur corps.

C’est pour cette raison que certaines entreprises, grandes ou moins grandes, ont mis au point des dress codes et des tenues de travail plus ou moins ouverts à toutes sortes d’interprétations. Toutefois, dans certains bureaux plus conservateurs, la direction conseille à ses employés de couvrir ces tatouages lors de réunions avec des personnes qui risqueraient d’en être dérangées.

L’engouement reste très grand : en mars dernier, plus de 300 artistes tatoueurs ont participé au 23e Motor City Tattooo Expo qui s’est tenue durant un week-end au Renaissance Center de Détroit et qui a attiré environ cinq mille visiteurs.


(Pour mémoire : L'art du tatouage s'expose au regard du public)


Timides changements
Au Liban, la mode du tatouage, chez certains une réelle addiction, a gagné du terrain ces dernières années. État des lieux avec Hady Beydoun, le spécialiste en la matière, qui confirme que le phénomène devient de plus en plus courant chez les hommes mais aussi les femmes. Cet artiste, sculpteur, peintre et graphiste, qui manie l’aiguille et l’encre depuis 24 ans, souligne : « Les jeunes qui éprouvent le besoin de couper le cordon ombilical, de “divorcer” de leurs parents, trouvent là une manière de se libérer et de bousculer les tabous. » C’est peut-être la raison pour laquelle les designs d’oiseaux ont, actuellement, chez lui la cote. De même que les phrases chargées de messages souvent personnels. Les mots gravés sur soi en noir, rouge ou bleu sont indélébiles et prennent des airs d’affirmation définitive ou de déclaration. Ils restent lorsque le mot prononcé oralement disparaît à peine formulé. Il ajoute : « Parfois, le travail et les réalisations que l’on effectue n’arrivent pas à refléter l’âme. C’est un moyen de nous identifier, d’exprimer ce que l’on est vraiment, avec nos aspirations et nos rêves. »

Le tatouage est également un élément décoratif, surtout lorsqu’il est conjugué au féminin. Les femmes conçoivent et coordonnent leurs tenues pour braquer la lumière sur les motifs de leurs tatouages. Avec son sens de l’esthétique et de l’éthique, Hady Beydoun, au même titre que les autres tatoueurs professionnels qui pratiquent au Liban, a pu, avec une passion incessante, élever cet art dans une région du monde qui le considère encore comme un tabou. En dépit de la réserve des white collars, la « communauté » ne cesse de s’agrandir. Et ses membres se comprennent à demi-mot.

Jean-Georges Prince, son corps, son journal
L’illustration de cette passion pour le tatouage se nomme Jean-Georges Prince. Il suffit de le regarder, d’observer chaque partie de son corps pour le parcourir comme un livre ouvert. Il explique que dès l’âge de 12 ans, il s’est épris de cet art qui lui a permis de faire de son corps un journal où sont « répertoriés » souvenirs et impressions passées et présentes : images de voyages, de films, de lectures et de rencontres. Il a certes effectué des études de droit et de sciences politiques, sans jamais penser en faire un métier. Mais a choisi de s’engager dans la communication où il réussit à imposer son savoir et son image, très personnelle. Son dernier tatouage est une reproduction des Tortues Ninjas. Celui à venir, dans deux semaines, est un personnage du manga Les Chevaliers du Zodiaque.


Révolu le tatouage synonyme de camionneurs, de marins, de garagistes et autres forts en bras dont les biceps étaient la plupart du temps estampillés d’un grand cœur transpercé d’une flèche ou de l’image d’une femme nue. Aujourd’hui, abordé avec plus de subtilité, il est devenu un art, à la mode, certes, mais aussi le reflet d’une expression personnelle. Souvent caché par...

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