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Moyen Orient et Monde

« Chroniques de la révolte syrienne » ou comment documenter la mémoire

Salon du livre
02/11/2018

L’épilogue de la guerre en Syrie est en train de s’écrire. Et avec lui, le récit des vainqueurs. Alors que le discours dominant tend à occulter l’origine même de ce conflit qui dure depuis sept ans, un travail de mémoire est essentiel afin de rendre, à toutes celles et tous ceux qui ont osé et osent encore aujourd’hui dénoncer un régime de terreur, ce qui leur appartient.

C’est le pari pour le moins réussi des Chroniques de la révolte syrienne, des lieux et des hommes, 2011-2015, publié par le site Creative Memory (la mémoire créative de la révolution syrienne) et l’Institut français du Proche-Orient (IFPO). Déjà disponible en arabe et en anglais, l’ouvrage l’est aujourd’hui en français et se présente sous forme de répertoire alphabétique retraçant des faits propres à cinquante villes, villages et quartiers qui ont marqué l’histoire de la révolution syrienne depuis son déclenchement en 2011.

À partir des balbutiements d’une protestation pacifique à Deraa, la révolte a fait tache d’huile pour gagner le pays tout entier. Le livre pointe de manière précise et documentée les différents tournants qui ont permis d’aboutir à la libération de certaines villes de l’emprise du régime, mais aussi ceux qui les ont menées à leur destruction. Le collectif à l’origine de cette cartographie du soulèvement, composé de Nada Najjar (linguiste et universitaire), Ahmad Sahli (enseignant d’arabe), Rana Mitri (traductrice), Ne’mat Atassi (professeur de français) et Fawaz Traboulsi (écrivain et professeur d’histoire), a été initié par la graphiste Sana Yazigi, fondatrice de la plateforme The Creative Memory, qui a pour vocation de répertorier toutes les expressions artistiques nées sous la révolution. Des photographies, caricatures, dessins et slogans viennent illustrer symboliquement le récit de chaque lieu.


(Lire aussi : Quel avenir réserve Assad à ces milices qui ne lui veulent pas que du bien ?)


Aller au-delà du grand récit
Ce travail de recherche plus global se basant sur diverses sources électroniques et exposé dans ce livre paraît essentiel, notamment parce qu’il permet aux historiens, chercheurs, journalistes et autres d’avoir accès aux événements tels qu’ils se sont déroulés, avant que, comme le précise Emma Aubin-Boltanski, coordinatrice à l’IFPO, l’Electronic Syrian Army ne parvienne à faire disparaître certains documents de la Toile.

En choisissant de resserrer leur angle sur certains faits précis, à partir de la date de la première manifestation pacifique de chaque lieu, jusqu’au décompte – souvent difficile à établir – des victimes, les chercheurs parviennent à montrer que, au-delà du grand récit lié aux enjeux stratégiques et diplomatiques, des centaines d’initiatives de la part de la société civile ont bel et bien émergé avant d’être étouffées dans l’œuf au gré de la militarisation du conflit. Si certaines villes sont connues pour avoir été les fers de lance de la révolution, comme Deraa, Daraya, Homs ou Hama, d’autres comme Lattaquié, sous contrôle du régime, ou Idleb, perçue par une grande partie de l’opinion publique comme un berceau terroriste, n’ont pas échappé à l’élan des manifestations pacifistes des premiers jours. Les « vendredis de la révolution syrienne » entre 2011 et 2015, minutieusement répertoriés dans cet ouvrage, rythment ces chroniques et rappellent la ferveur de tous ceux qui ont cru en cette révolution. Cependant, les éléments factuels, presque nus, ainsi apportés au lecteur auraient eu plus de sens s’ils étaient remis dans un contexte plus général permettant de mieux saisir les grands enjeux du conflit. On regrettera aussi le style général, un peu trop scolaire, qui peut rebuter une partie du grand public. Malgré le fait que le livre ne traite que des quatre premières années de la révolution syrienne, il constitue toutefois une source précieuse.

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Une présentation de Chroniques de la révolte syrienne, des lieux et des hommes, 2011-2015 aura lieu le mercredi 7 novembre à 17h30 dans la salle Nadine Labaki, au Salon du livre de Beyrouth 2018. Elle sera suivie d’une signature de l’ouvrage sur le stand de l’IFPO.


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