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Moyen Orient et Monde

L’Iran signe un accord sur son rôle en Syrie pour l’après-guerre

Conflit

Téhéran et Damas signent un accord de coopération militaire.


David NASSAR | OLJ
28/08/2018

Les ministres iranien et syrien de la Défense ont signé un accord de coopération militaire lors d’une visite de deux jours du ministre iranien de la Défense, le général de brigade Amir Hatami en Syrie, dimanche et lundi. C’est ce qu’a rapporté hier l’agence de presse iranienne Tasnim. Durant sa visite, M. Hatami a notamment rencontré le président syrien Bachar el-Assad, qui a déclaré que son pays et l’Iran ont une relation « forte et stable », selon la même source. De son côté, le ministre iranien a souligné que son pays est prêt à participer au processus de reconstruction de la Syrie, et que « le secteur privé de la République islamique d’Iran est très capable et peut utiliser ses capacités à cette fin ». « Avec cet accord, nous avons ouvert la voie à une reconstruction des industries militaires syriennes », a également indiqué le ministre iranien.

La signature annoncée hier d’un tel document et la rencontre du ministre iranien de la Défense avec le président syrien sont vraisemblablement les témoins de la volonté de Téhéran d’appliquer son agenda en matière de politique régionale, dans ce cas-là en ce qui concerne son implantation militaire en Syrie. Et ce en faisant fi de toute pression externe, notamment celles d’Israël et des États-Unis, qui ont réaffirmé leurs positions alignées de refus catégorique d’un tel scénario durant la visite du conseiller à la Sécurité nationale de Donald Trump, John Bolton, chez le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu la semaine dernière.


(Lire aussi : Moscou juge « non réaliste » l’exigence d’Israël d’expulser l’Iran de Syrie)


Téhéran entend poursuivre sa stratégie

La visite de M. Hatami peut être interprétée dans le cadre du processus d’institutionnalisation de la présence de Téhéran en Syrie, qui s’est accentuée ces dernières semaines. En juillet dernier, une rencontre ministérielle irano-syrienne à Téhéran avait abouti à la signature d’une feuille de route commune pour une coopération dans les domaines de la recherche médicale et de l’éducation supérieure. Le 17 août, le vice-ministre iranien des Routes et du Développement urbain Amir Amini annonçait depuis Damas que les deux parties s’étaient entendues pour signer un accord de coopération économique qui portait sur la reconstruction des infrastructures en Syrie, tels que les logements et les réseaux de transports, d’eau et d’électricité. Il a notamment souligné que les deux parties s’étaient engagées à commercer en monnaies locales, sur fond de dépréciation du rial iranien due aux sanctions américaines. « L’Iran essaye depuis un moment d’institutionnaliser sa présence en Syrie à travers par exemple la construction de centres culturels et académiques », souligne pour L’Orient-Le Jour Ali Fathollah-Nejad, chercheur associé au Brookings Doha Center, qui tempère que, dans le domaine économique, « il y a plus de fumée que de substance, dû à la crise économique en Iran et à la volonté des Iraniens de voir les ressources iraniennes investies en Iran plutôt qu’en Syrie ». Jeudi dernier, en marge de sa rencontre avec son homologue russe Nikolaï Patrushev à l’ambassade américaine à Genève, M. Bolton a rappelé que le président russe Vladimir Poutine lui avait affirmé que les Russes, à l’instar des Américains et des Israéliens, aimeraient voir « les Iraniens retourner chez eux », mais qu’il ne pensait pas pouvoir accomplir cela « tout seul ». Vus sous cet angle, les propos de M. Hatami en Syrie et la signature d’un accord de coopération militaire, qui inclut « une assistance iranienne au développement des équipements militaires syriens », rappelle M. Fathollah Nejad, serait un balayage iranien des volontés américaine, israélienne, mais aussi russe, de voir Téhéran se retirer de Syrie, ne serait-ce que militairement. « Après avoir secouru le régime de Damas, Téhéran s’attend à ce que ses propres intérêts, tant stratégiques que financiers, soient servis en échange », précise pour L’OLJ Naysan Rafati, expert sur l’Iran à l’International Crisis Group, qui rappelle que, pour Téhéran, « l’alliance avec la Syrie a été l’une des relations les plus entretenues depuis la révolution de 1979 ; c’est un moyen de soutenir plus largement le Hezbollah et ce que les Iraniens appellent l’axe de la résistance ».

L’accord de coopération militaire d’hier réaffirme vraisemblablement la résolution de Téhéran à renforcer un aspect crucial de sa stratégie sur le dossier syrien : l’institutionnalisation de sa présence en Syrie ; peu importe la volonté affichée des puissances étrangères, adversaires ou alliées. Cette tendance sera sans doute mise à l’épreuve le 7 septembre prochain, lors du troisième sommet tripartite sur la Syrie entre les chefs d’État turc, russe et iranien qui se tiendra en Iran.


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