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Moyen Orient et Monde

Après l’affaire Khashoggi, les Occidentaux changent de ton sur le Yémen

Yémen

Washington a appelé le royaume à mettre fin au conflit.


Julie KEBBI | OLJ
01/11/2018

C’est clairement une conséquence directe de l’affaire Khashoggi. Alors que Riyad est depuis plusieurs semaines au cœur d’un tollé politico-médiatique, qui fait suite au meurtre du journaliste saoudien au sein du consulat de son pays à Istanbul, les Occidentaux n’ont pas manqué une occasion de rappeler le royaume à l’ordre en lui faisant comprendre que sa guerre au Yémen devait prendre fin.

« Le moment est maintenant venu pour la cessation des hostilités, notamment des frappes de missiles et de drones depuis les zones contrôlées par les houthis vers le royaume d’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. Par la suite, les frappes aériennes de la coalition doivent cesser dans toutes les zones peuplées du Yémen », a déclaré mardi le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, dans un communiqué. « Il est temps de mettre fin à ce conflit, de le remplacer par un compromis et de permettre au peuple yéménite de guérir par la paix et la reconstruction », souligne le texte, alors que le pays est ravagé par la guerre depuis 2014. En mars 2015, Riyad a pris la tête d’une coalition avec les Émirats arabes unis pour appuyer le président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi contre les rebelles houthis, soutenus par Téhéran, bête noire de Washington dans la région.

Formulations prudentes

Inédits, ces propos sont venus compléter ceux tenus un peu plus tôt dans la journée par le secrétaire américain à la Défense, James Mattis. « Dans trente jours, nous voulons voir tout le monde autour d’une table de négociation sur la base d’un cessez-le-feu, d’un retrait de la frontière, puis sur l’arrêt du largage de bombes qui permettra à l’envoyé spécial (de l’ONU), Martin Griffiths – il est très bien, il sait ce qu’il fait – de les réunir en Suède et de mettre un terme à cette guerre », a-t-il affirmé lors d’un événement à l’Institut américain de la paix à Washington, sans donner plus de détail sur cette réunion. « Nous suivons ce problème depuis assez longtemps, et je crois que les Saoudiens et les Émirats sont prêts », a-t-il poursuivi, avant de préciser que « si les houthis ne s’étaient pas retirés lors de la dernière mission de Martin Griffiths, nous serions probablement déjà en chemin ». En septembre dernier, les rebelles avaient décidé à la dernière minute de ne pas participer au round de pourparlers organisés sous l’égide de l’ONU à Genève.

« Mohammad ben Salmane se démène pour contenir la crise de l’affaire Khashoggi et les autorités américaines exploitent cette situation pour faire pression pour un cessez-le-feu et de nouvelles discussions », explique à L’Orient-Le Jour Charles Schmitz, vice-président de l’Institut américain des études yéménites et professeur à l’Université Towson. « L’implication de l’armée saoudienne au Yémen n’a jamais réjoui les États-Unis, mais Washington a permis aux Saoudiens de continuer la guerre pour leur montrer son soutien », observe-t-il. Selon lui, James Mattis « partage l’opinion de l’Arabie saoudite selon laquelle les Iraniens sont le principal problème au Moyen-Orient, mais il n’est pas d’accord avec la stratégie saoudienne au Yémen ». Toutefois, si ces déclarations ouvrent une nouvelle fenêtre d’opportunité pour accentuer la pression sur Riyad, leur formulation reste suffisamment prudente pour ne pas faire monter leur allié sur l’échafaud.


(Lire aussi : Au Yémen en guerre, la famine frappe et tue des enfants)


Silence complice

Le même son de cloche s’est fait entendre du côté français alors que la ministre française des Armées, Florence Parly, a déclaré mardi qu’« il était temps » de mettre un terme à l’intervention de la coalition au Yémen. Hier, c’était au tour de la Première ministre britannique, Theresa May, de déclarer « soutenir évidemment l’appel des États-Unis à une désescalade au Yémen ». « Un cessez-le-feu à l’échelle du pays n’aura d’effet sur le terrain que s’il s’appuie sur un accord politique entre les parties au conflit », a-t-elle insisté face au Parlement britannique.

Les Occidentaux mettent ainsi la pression sur le royaume, en lui signifiant qu’ils ne vont plus fermer les yeux sur son aventurisme militaire chez son voisin du Sud. Tant les Américains que les Européens sont régulièrement sous les feux des critiques des organisations internationales, qui dénoncent leurs ventes d’armes au royaume wahhabite Leurs appels étaient restés sans suite alors que les contrats d’armement, à hauteur de plusieurs milliards de dollars, n’ont pas été suspendus et que les États-Unis ont continué de soutenir avidement l’action de son allié saoudien au Yémen, jusqu’à ces derniers jours.

Les dernières déclarations occidentales illustrent la pression à laquelle font face les fournisseurs d’armement à l’Arabie, alors que l’affaire Khashoggi a relancé la machine médiatique sur l’action saoudienne au Yémen. Articles, éditoriaux, photos... les publications se sont multipliées ces dernières semaines à ce sujet dans les médias internationaux. « La tragédie au Yémen ne résulte pas d’une catastrophe naturelle. Il s’agit d’une crise au ralenti provoquée par des dirigeants d’autres pays prêts à tolérer les souffrances extraordinaires des civils pour faire avancer leur programme politique », peut-on lire dans un bulletin du New York Times, justifiant la publication de dures images de petits Yéménites aux visages émaciés. Lundi, le collectif Solidarité Yémen, composé d’associations et de personnalités françaises, a dénoncé dans une tribune publiée dans Politis « le silence complice du gouvernement français », demandant la cessation des livraisons d’armes aux belligérants et l’ouverture d’une enquête parlementaire « quant à l’implication possible de soldats français dans le conflit ».

Face aux récents développements, M. Griffiths a exhorté hier « toutes les parties concernées à saisir l’occasion pour participer d’une manière constructive à nos efforts actuels en vue de relancer rapidement les consultations politiques et convenir d’un cadre pour des négociations politiques ». « Nous restons engagés à faire venir les parties yéménites à la table des négociations d’ici à un mois », a-t-il déclaré, alors que le temps presse. Selon l’ONU, le pays est au bord d’une « famine géante et imminente » qui pourrait faire 14 millions de victimes.

« Riyad est clairement plus disposé à écouter maintenant en raison de la pression internationale intense exercée sur le royaume par le meurtre de Khashoggi », estime M. Schmitz. Selon lui, « divulguer publiquement son désaccord avec les États-Unis à ce stade serait difficile, mais les Saoudiens peuvent se montrer d’accord, puis saper les négociations en présentant des demandes déraisonnables, soit une sorte de refus indirect ».



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Cadige William

L’Hypocrisie de l’Occident !

AIGLEPERçANT

....Ou comment des complices se désolidarisent et s'accusent mutuellment ...

La raison ? échec totale sur le plan MILITAIRE .

Qu'on ne vienne pas nous faire croire que les mendiants d'occidentaux ont subitement eu la fibre sensible vis à vis d'un peuple dont ils n'ont rien à cuire .

Et une défaite de plus pour ce camp !

Stes David

Du point de vue journalistique je trouve que ce n'est pas juste de parler 'des Occidentaux'. C'est clair que c'est une généralisation comme parler du "monde arabe". Les orientaux ont la tendence d'accuser les occidentaux de n'importe quoi ... en concernant le Yemen il y a des désaccords signifantes dans la politique libanaise, je me souviens par exemple que le chef du Hezbollah a dit que les yémenites n'ont pas à prendre des leçons en 'arabité' des autres ... Donc au lieu de se plaindre des occidentaux on regarderait mieux la politique yémenite du Liban d'abord. On peut se demander par exemple si l'affaire Khashoggi a un effet sur la position du Liban en concernant le Yemen.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,AFFAIRE KHASHOGGI UNE OCCASION POUR LES OCCIDENTAUX DE REVOIR LEURS POLITIQUES MOYEN ORIENTALE ET DE CORRIGER LES ENORMES GAFFES COMMISES SANS PERDRE LA FACE...

Sarkis Serge Tateossian

Les inquiétudes des occidentaux à propos de la guerre au Yémen remontent à au moins un an déjà.

L'assassinat de Khashoggi a été le déclic pour une prise de conscience de la gravite de cette guerre. Désormais toutes les chancelleries réclament son arrêt.

C'est le chaos .... Un de plus et un de trop.

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