La BCE continue à juger « globalement équilibrés » les risques pesant sur la conjoncture en zone euro et s’est montrée « confiante » sur l’issue de la crise italienne, a déclaré hier son président, Mario Draghi. Daniel Roland/AFP
La Banque centrale européenne (BCE) a affiché sa confiance hier sur l’issue du bras de fer autour du budget italien et confirmé l’abandon progressif de son vaste soutien à l’économie, malgré les risques pesant sur la conjoncture. « Sur l’Italie, je n’ai pas de boule de cristal », a prévenu le président de la BCE, Mario Draghi, se plaçant en spectateur d’un débat avant tout « budgétaire » opposant Rome à Bruxelles, deux jours après le rejet par la Commission européenne des propositions italiennes. Pressé de questions, M. Draghi s’est néanmoins montré « confiant » sur le fait qu’un « accord quelconque » va être trouvé, pour peu que les deux parties fassent preuve de « bon sens ». Il a dit observer à ce stade une montée « encore modérée » des taux d’intérêt italiens, qui renchérit les emprunts des ménages et des entreprises, mais ne produit pour l’heure que des retombées « limitées » sur d’autres pays. « Si les taux d’intérêt continuent de monter, cela va réduire la marge de manœuvre budgétaire », a néanmoins ajouté le banquier italien, insinuant que Rome ne pourra pas tout se permettre côté dépenses publiques.
Risques « équilibrés »
« Le conflit budgétaire opposant le gouvernement italien à la Commission européenne est un conflit politique, dans lequel la BCE doit se montrer neutre », a approuvé l’économiste Marcel Fratzscher, président de l’institut économique DIW. De toute façon, observe-t-il, « la BCE se retrouve les mains liées et elle ne pourra pas calmer les marchés financiers comme à l’été 2012 », au plus fort des craintes d’éclatement de la zone euro, puisque la crise italienne « ne relève pas des banques ou des marchés financiers ». Au sujet du Brexit, qui figure parmi les risques du moment surveillés par la BCE, M. Draghi a dit travailler avec la Banque d’Angleterre pour identifier les « risques potentiels » d’un divorce sans accord. Mais globalement, l’institution a jugé comme les mois précédents que les risques sur l’économie demeurent « globalement équilibrés », affichant sa sérénité face « au protectionnisme, aux fragilités des marchés émergents et à la volatilité des marchés financiers ». La récente série d’indicateurs décevants atteste certes d’« une dynamique plus faible », mais « pas d’un tournant » annonciateur d’une nette dégradation économique, estime Mario Draghi. Aussi l’institution maintient-elle ses scénarios de croissance et d’inflation sur les deux années à venir, et a reconduit à l’identique hier sa politique monétaire.
Pilote automatique
La BCE a confirmé ses indications de juin et réaffirmé sa décision d’arrêter fin décembre les achats nets d’actifs sur le marché ou « QE » (assouplissement quantitatif), un programme déjà limité à 15 milliards d’euros (soit 17 milliards de dollars) d’achats par mois depuis octobre. Les taux directeurs ont été maintenus au plus bas et le resteront « au moins » jusqu’à l’été 2019, une échéance qui sera progressivement précisée l’an prochain. Les acteurs de marché, anticipant l’après-« QE », attendaient de premières indications sur la gestion du stock d’obligations détenues par la BCE à compter de 2019, que l’institut veut maintenir pour préserver des conditions de financement favorables. Mais le conseil des gouverneurs n’a pas discuté des réinvestissements de ce portefeuille, qui pèsera quelque 2 600 milliards d’euros (2957 milliards de dollars) fin 2018, a déclaré M. Draghi. Cela devrait être le cas lors de la dernière réunion de l’année en décembre. La fin du « QE » d’ici là se fera en « pilote automatique », un aspect « pas très excitant pour les marchés et les observateurs de la BCE, mais très efficace », résume Carsten Brzeski, économiste chez ING Diba.
Source : AFP


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