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Torture "systématique" dans les prisons palestiniennes, accuse HRW

Palestine

L'Autorité palestinienne a rejeté les accusations, tandis que le Hamas a proposé de recevoir l'ONG à Gaza, mais Israël ne lui a pas permis d'entrer dans l'enclave.

OLJ/AFP
23/10/2018

Les services de sécurité palestiniens maltraitent et torturent de manière "systématique" les opposants détenus, des actes qui pourraient constituer des crimes contre l'humanité et qui sapent le discours accusateur contre Israël, indique Human Rights Watch (HRW) mardi.

"Le recours systématique à la torture comme relevant d'une politique gouvernementale constitue un crime contre l'humanité", passible de la Cour pénale internationale (CPI), a dit à l'AFP Omar Shakir, directeur de HRW pour Israël et les Territoires palestiniens.

L'Autorité palestinienne et son rival islamiste du Hamas recourent l'une comme l'autre de façon "routinière" aux menaces, aux arrestations arbitraires et aux violences contre les prisonniers, qu'il s'agisse de coups, de décharges électriques ou de maintien prolongé dans des positions éprouvantes, dit l'influente ONG américaine dans un rapport dévoilé mardi à Ramallah, en Cisjordanie occupée.

L'Autorité palestinienne a rejeté auprès de l'AFP les accusations de HRW. Le Hamas a proposé de recevoir l'ONG à Gaza, mais Israël ne lui a pas permis d'entrer dans l'enclave, selon HRW.

L'Autorité, qui exerce un gouvernement limité sur des fragments de Cisjordanie occupée, et le Hamas au pouvoir dans la bande de Gaza sous blocus, sont à couteaux tirés depuis des années.

Les abus des services de sécurité de l'un visent largement les supporteurs de l'autre, dit HRW dans ce document de près de 150 pages, résultat de deux années de recherches et d'entretiens avec plus d'une centaine d'anciens prisonniers, de témoins, d'avocats...


(Lire aussi : Au sein des prisons israéliennes, « une torture psychologique permanente »)


Coups de câble
Les débordements touchent manifestants, critiques et dissidents, journalistes ou blogueurs. HRW détaille "plus d'une vingtaine de cas de personnes arrêtées sans autre raison claire qu'un article critique, une publication sur Facebook ou leur appartenance au mauvais syndicat étudiant ou au mauvais mouvement politique".

Sami al-Sai, un journaliste indépendant de 39 ans soupçonné de liens avec le Hamas, a été arrêté en Cisjordanie en 2017. Il a été battu et pendu par les poignets au plafond avec des menottes, explique le rapport. Finalement, il a plaidé coupable pour plusieurs chefs d'accusation, dont "trouble d'ordre idéologique", une incrimination fourre-tout communément employée. Il a passé trois mois en prison. "Chaque jour, je m'attends à ce qu'ils m'emprisonnent de nouveau, me torturent, mais ils ne peuvent pas m'en faire plus qu'ils ne m'ont déjà fait", dit-il à l'AFP.

Fouad Jarada, un journaliste de 34 ans arrêté par les services du Hamas en juin 2017 trois jours après avoir mis en cause le mouvement islamiste sur Facebook, a été détenu plus de deux mois, dont la moitié dans une pièce appelée "le bus". "Il fallait demander la permission pour la moindre chose... Les coups ont débuté le premier jour, ils m'ont (...) tapé avec un câble et fouetté les pieds", dit-il.

Aucun responsable de sécurité n'a été condamné pour ces actes, selon HRW.


(Pour mémoire : « J’ai vu des femmes qui ont été violées, torturées, battues de manière si violente qu’elles ne pouvaient plus tenir debout »)



"Machine oppressive"
Pour M. Shakir, de tels agissements sapent le discours des Palestiniens contre Israël, qu'ils accusent constamment de détentions arbitraires et de mauvais traitements et contre lequel ils se sont eux-mêmes tournés vers la CPI. "Les dirigeants palestiniens vont de par le monde en évoquant les droits des Palestiniens, et, en même temps, ils font fonctionner une machine oppressive pour broyer la dissidence", dit M. Shakir.

L'une des questions posées par le rapport est de savoir dans quelle mesure il peut conduire à reconsidérer l'aide étrangère.
A la différence du Hamas, l'Autorité est internationalement reconnue. M. Shakir a appelé les pays occidentaux à lui suspendre leur assistance jusqu'à ce qu'elle remédie à ces agissements.

L'administration Trump a coupé en 2018 des centaines de millions de dollars à l'Autorité, largement pour sanctionner le gel des relations imposé par le président palestinien Mahmoud Abbas, indigné par ce qu'il considère comme un parti pris outrancièrement pro-israélien des Etats-Unis. Mais Washington continue à verser des dizaines de millions de dollars pour la coopération sécuritaire entre l'Autorité et Israël.

Le Hamas, lui, est infréquentable pour une partie de la communauté internationale. Les Etats-Unis et l'Union européenne notamment le considèrent comme une organisation "terroriste". Mais le Qatar, l'Iran et la Turquie doivent eux aussi suspendre leur soutien au Hamas, dit HRW.

"Ce rapport confond politique et droits de l'Homme et va de pair avec le +Deal du siècle+ dont l'objectif est d'affaiblir l'Autorité", a dénoncé auprès de l'AFP Haitham Arar, responsable des droits de l'Homme au ministère de l'Intérieur de l'Autorité palestinienne, en faisant référence au plan de paix de l'administration Trump attendu depuis des mois.


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