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Liban

Le témoignage accablant d’un réfugié syrien homosexuel torturé

Droits de l’homme

Pointées du doigt, des sources de sécurité interrogées par « L'Orient-Le Jour » balayent ces accusations révélées par HRW, « faute de preuves et de plainte portée selon le règlement judiciaire ».

23/12/2016

L'organisation Human Rights Watch (HRW) a recueilli le témoignage, publié mercredi sur son site internet, d'un réfugié syrien de 31 ans qui aurait été arrêté, emprisonné et torturé pendant cinq jours en février dernier par différents services de sécurité. Recueilli en mars dernier, le témoignage de Chadi, un prénom d'emprunt, n'a été publié qu'une fois ce dernier installé en Europe, explique HRW. Interrogées par L'Orient-Le Jour, des sources de sécurité réfutent toutefois totalement la teneur de ce témoignage.
En janvier dernier, des agents des services de renseignements de l'armée auraient pénétré dans l'appartement que Chadi partage avec d'autres réfugiés syriens à Jounieh, au nord de Beyrouth. Interrogés, les locataires du lieu sont frappés au visage et tapés avec des bâtons, rapporte HRW, citant Chadi. Sur les murs de cet appartement est accrochée une photo de Chadi avec une transgenre. Il est interrogé sur son orientation sexuelle. Des officiers des SR de l'armée reviennent en février et arrêtent Chadi à nouveau. « Chaque fois que je demandais pourquoi j'étais arrêté, ils ne répondaient pas et me frappaient », affirme-t-il.
Dans les locaux des SR à Sarba, des officiers lui bandent les yeux, le déshabillent et le torturent pendant son interrogatoire de deux heures. Il est à nouveau frappé au visage puis à l'aide d'un bâton, raconte-t-il. Le lendemain, les yeux du jeune homme sont à nouveau bandés et les officiers le forcent à signer un document qu'il n'a pas réussi à lire. Lorsqu'il a demandé ce qu'il paraphait, il a été frappé.
Chadi est ensuite transféré dans les locaux du ministère de la Défense à Yarzé, toujours selon HRW. Emmené au sous-sol, il est interrogé pendant plus de quatre heures sur sa sexualité. Chadi explique avoir reçu des coups de coude dans l'estomac, le cou et le nez dans le but de lui soutirer des aveux selon lesquels il avait des rapports sexuels avec ses colocataires.
« Vous, les homos, vous venez et vous salissez notre pays. Ni notre société ni Dieu n'acceptent cela », a déclaré un officier, selon le témoignage de Chadi.

Une barre dans l'anus
Le jeune homme est ensuite transféré à la prison de la police militaire de Rihaniyé. Selon lui, les officiers l'ont alors transporté dans une pièce et lui ont demandé de se déshabiller. Les mains liées, les officiers lui demandent de se pencher en avant, face contre mur. « Nous allons insérer cet objet dans ton anus pour déterminer combien de fois tu as eu des rapports », lui dit un officier, toujours selon les propos du Syrien. L'officier insère alors une barre. Chadi crie de douleur et supplie l'officier d'arrêter.
Toutes ses demandes d'entrer en contact avec un ami ou un avocat lui étaient refusées, affirme-t-il, précisant qu'il dormait dans une cellule, attaché au mur. Le lendemain matin, des officiers de la police militaire l'emmènent dans une salle d'interrogatoire située dans les sous-sols. Tout le long du transfert, les officiers lui donnent des claques et l'insultent.
Chadi sera transféré cette fois dans les locaux de la police à Jounieh. Là-bas, il sera à nouveau frappé et battu. « On ne sait pas comment nous débarrasser de vous... et en plus, vous nous amenez des homosexuels », lance un agent lors d'un énième interrogatoire, selon ses dires. Plusieurs heures plus tard, Chadi est transféré au commissariat de Hobeiche, à Beyrouth, où il est bien traité puis relâché.
HRW indique avoir envoyé des lettres début novembre à la direction de l'ensemble des services de sécurité libanais auxquels Chadi a eu affaire. Le 13 décembre, le ministère de l'Intérieur a répondu qu'il ne peut pas lancer d'enquête sans qu'une plainte ait été déposée par la personne concernée.
« La torture est ordinaire dans les centres de détention au Liban, mais les personnes vulnérables comme Chadi, un réfugié syrien homosexuel, sont particulièrement à risque », explique Lama Fakih, directrice adjointe pour le Moyen-Orient de HRW. « Les abus contre les détenus ne s'arrêteront pas tant que le Liban ne mettra pas fin à la culture de l'impunité dans ses services de sécurité. »

« Accusations sans preuves »
Interrogée par L'Orient-Le Jour sur ce dossier, une source militaire haut placée qui a requis l'anonymat balaye ces accusations, assurant de manière catégorique que « les soldats de l'armée libanaise ne commettent pas ce genre d'actes ». « La troupe respecte scrupuleusement les règles élémentaires des droits de l'homme, notamment dans ses prisons, indique la source. Ce témoignage ne s'appuie sur rien. Ce sont des accusations sans preuves. Ce n'est pas sérieux », tranche-t-elle.
Cette source va plus loin. « L'armée libanaise, qui combat le terrorisme, est attaquée aussi bien sur le terrain que dans les médias. Cette histoire et ce genre de pratiques discréditent l'armée. Qui nous dit que ce Chadi, qui cache sa véritable identité et qui se trouve maintenant en Europe, n'a pas inventé cette histoire ? » s'interroge la source militaire.
« Pour que nous puissions enquêter sur cette affaire, il faut que la personne qui formule ces accusations dépose une plainte en bonne et due forme et s'appuie sur des preuves concrètes », explique une autre source de sécurité également interrogée par L'Orient-Le Jour. « Ce témoignage anonyme et rendu public plusieurs mois après les faits supposés ne fournit pas assez d'informations et de preuves tangibles pour ouvrir une enquête », ajoute cette source.
« Les services de sécurité condamnent évidemment avec la plus grande fermeté ce genre de comportements abusifs dans leurs rangs. Lorsque des actes de ce type sont documentés et prouvés, les individus incriminés sont sévèrement punis », poursuit cette source, arguant du fait que « les instances de contrôle interne effectuent leur tâche avec sérieux ».

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Yves Prevost

Aucune enquête ne peut être faite sans qu'une plainte ait été déposée. Soit! Mais quelle victime aura le courage de déposer une plainte? Il est bien évident qu'elle ne peut dénoncer les faits qu'une fois loin du pays. Et, alors, il ne lui est plus possible d'apporter des preuves.
Le problème est sans issue, sauf si un responsable, courageux et intègre, décide de lui-même de faire une enquête.

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