X

Économie

La Syrie veut engranger les bénéfices avec la réouverture du poste-frontière de Nassib

Commerce
OLJ
22/10/2018

Avec la réouverture d’un poste-frontière-clé avec la Jordanie, le pouvoir syrien table sur une relance de son économie sclérosée après sept ans de guerre et espère « normaliser » ses échanges économiques avec ses voisins. Fermé pendant trois ans à cause du conflit, le passage de Nassib a été repris en juillet aux rebelles par le pouvoir de Bachar el-Assad.

Plaque tournante du commerce régional, sa réouverture le 15 octobre doit permettre à la Syrie d’exporter plus facilement et à moindre coût des produits agricoles et d’autres marchandises vers les pays du Golfe mais aussi vers l’Irak, en l’absence d’autres passages viables avec le voisin irakien. Damas peut aussi espérer redynamiser les importations et doper les réserves de change du pays, grâce aux droits de douane. « C’est un pas vers la réintégration économique de la Syrie » et « vers la normalisation avec la Jordanie et la région au sens large », résume Sam Heller, analyste à l’International Crisis Group. C’est aussi « un coup dur pour les efforts des États-Unis visant à isoler Damas », souligne l’expert, qui pointe du doigt une « victoire politique pour le gouvernement syrien ».

Chute des exportations

Grâce au soutien militaire de l’allié russe, le régime a enchaîné depuis près de deux ans les victoires face aux rebelles et aux jihadistes. Il contrôle aujourd’hui près des deux tiers du pays en guerre depuis 2011. Le pouvoir tient aussi la moitié des 19 points de passage avec le Liban, la Jordanie, la Turquie et l’Irak. Le poste-frontière de Boukamal, avec l’Irak, doit aussi reprendre du service prochainement.

Pour le régime Assad, le transit à Nassib permettra la reprise des exportations syriennes vers le Golfe, « un marché important » avant la guerre, juge le magazine économique en ligne Syria Report. Mais avec une industrie et une économie ravagées par le conflit, les exportations peineront à atteindre leur niveau d’avant-guerre : « Les capacités de production ont été largement détruites », souligne Syria Report. Les exportations ont chuté de 92 % entre 2011 et 2015, passant de 7,9 milliards de dollars à 631 millions de dollars, selon un rapport de la Banque mondiale en 2017.

La réouverture du poste-frontière de Nassib, appelé Jaber côté jordanien, était une demande persistante des milieux d’affaires syriens. Des centaines de camions y transitaient quotidiennement avant le conflit. Via « Nassib, les marchandises arrivent (en Syrie) en trois jours maximum », explique Farouk Joud, un baron de l’industrie agroalimentaire également actif dans la production de bois et d’acier. A contrario, la voie maritime est un véritable calvaire, dit-il. « De Amman, les marchandises sont envoyées à Aqaba (sud-ouest de la Jordanie), elles traversent le canal de Suez jusqu’aux ports syriens de Tartous et Lattaquié ».

Sources de dollars

Avant la guerre, l’Irak était le principal marché pour les produits syriens, hormis le pétrole, et la réouverture des passages pourrait permettre à la Syrie de revitaliser ses exportations. « L’exportation des légumes vers l’étranger aura un impact économique positif, en particulier l’exportation d’agrumes très demandés en Irak », affirme le parlementaire syrien Hadi Charaf.

Et grâce aux taxes douanières perçues sur le transit des marchandises, la réouverture de Nassib permettra à Damas de retrouver une source considérable de devises étrangères. Les droits de douane perçus à Nassib faisaient entrer dans les coffres du gouvernement deux milliards de dollars par an avant 2011, rappelle M. Charaf. Un apport crucial pour la Syrie dont « les réserves de change sont pratiquement épuisées » en raison du conflit et des sanctions internationales, selon la Banque mondiale. En septembre, Damas a annoncé une augmentation des tarifs douaniers de 10 à 62 dollars pour les camions de quatre tonnes, alors que le pays connaît une forte dévaluation de sa monnaie qui a perdu près de 90 % de sa valeur face au billet vert.

Les exportateurs libanais, pour qui la Syrie est la seule route terrestre vers le Golfe et l’Irak, profiteront de la réouverture de Nassib, ce qui ferait augmenter par ricochet les revenus de Damas. Sur le long terme, cela permettra aussi de relancer le tourisme. En 2010, plus de 1,9 million de visiteurs jordaniens s’étaient rendus en Syrie. Ils n’étaient plus que 15 000 en 2016.

Dès l’annonce de la réouverture du poste-frontalier, une agence de voyage jordanienne, JTT Travel and Tourism, s’est d’ailleurs empressée d’annoncer la reprise des voyages en bus pour Damas avec le slogan :« Qui de nous n’est pas nostalgique des beaux jours passés en Syrie. »

AFP/Rouba EL-HUSSEINI

À la une

Retour à la page "Économie"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Entre la crise économique et financière et l’implantation des Palestiniens...

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'Orient-Le Jour vous offre 5 articles

Nous sommes un journal indépendant, nous chérissons notre liberté qui découle de notre autonomie financière comme de nos principes éthiques. Votre soutien, cher lecteur, est plus que nécessaire pour pérenniser nos initiatives.

Je poursuis la lecture

4

articles restants