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Moyen Orient et Monde

Le sort de la province d’Idleb toujours en sursis

Syrie

Les jihadistes ont annoncé qu’ils ne se retireraient pas de la zone tampon.

David NASSAR | OLJ
16/10/2018

L’accord russo-turc de Sotchi qui avait permis aux civils dans la province d’Idleb de pousser un soupir de soulagement va-t-il voler en éclats ? La pression s’est accrue le week-end dernier, alors que plusieurs éléments qui laissent paraître une bataille en gestation ont été rapportés. Le directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), David Beasley, a déclaré vendredi que son agence se préparait à un vaste afflux de réfugiés vers la Turquie. « Le PAM prépositionne des rations pour le court et moyen terme le long de la frontière turque », a affirmé M. Beasley. D’autre part, des habitants de la future zone tampon prévue par l’accord de Sotchi ont reçu des SMS de l’armée syrienne sur leurs téléphones portables, selon un correspondant de l’AFP, dont l’un affirmait : « Éloignez-vous des combattants. Leur sort est scellé. » Dans la nuit de samedi à dimanche, des tirs à l’arme lourde en provenance de la zone tampon avaient été répertoriés par l’OSDH, ainsi que par le correspondant de l’AFP sur place et par le quotidien syrien prorégime al-Watan, et auraient tué au moins deux soldats syriens.

Pour aggraver le tout, le groupe Hay’at Tahrir al-Cham (HTC, dont le noyau dur est issu de l’ancienne branche syrienne d’el-Qaëda), le plus puissant dans la province d’Idleb, a déclaré dans un communiqué publié dimanche soir : « Nous n’abandonnerons pas le choix du jihad et du combat pour réaliser les objectifs de notre révolution bénie, en premier lieu faire tomber le régime criminel. » Il précise qu’il « n’abandonnera pas ses armes » et dit, dans ce qui est considéré comme une référence implicite à la Turquie, « apprécier les efforts de tous ceux qui luttent à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie pour protéger les zones libérées (du régime) et empêcher leur destruction ou des massacres ». Le groupe n’a pas annoncé s’il allait retirer ses combattants de la zone tampon.


(Lire aussi : Quel avenir réserve Assad à ces milices qui ne lui veulent pas que du bien ?)


La menace de trop pour l’accord

Ce communiqué semble être la menace de trop pour l’accord russo-turc, qui prévoit la mise en place d’une zone démilitarisée de 15 à 20 kilomètres de large autour de la province d’Idleb, devant être maintenue par des unités mobiles de l’armée turque et de la police militaire russe. Cette zone devrait faire suite au retrait en deux temps des forces armées présentes sur une zone, et recouvrant des parties frontalières des provinces voisines de Hama, Lattaquié et Alep. Le 10 octobre, la première échéance de l’accord avait été respectée, selon les observateurs sur place et les parties prenantes au conflit, qui avaient annoncé le retrait des armes lourdes. C’est la deuxième échéance prévoyant le retrait de tous les combattants avant le 15 octobre qui n’a pas été respectée. Les jihadistes qui contrôlent plus de 60 % de la zone prévue ne s’en sont pas retirés et ne prévoient pas de le faire, à en croire le communiqué du groupe HTC. Celui-ci « ne va pas se retirer : il sait que s’il se retire de la zone montagneuse près de Jisr al-Choughour sous son contrôle », incluse dans la zone tampon prévue, « toute sa défense tombe », estime Fabrice Balanche, géographe français spécialiste de la Syrie interrogé par L’Orient-Le Jour. Ces évolutions ont fait craindre la mise en place d’un scénario d’échec de l’accord, qui pourrait signifier le lancement d’une offensive militaire des forces prorégime et de leurs alliés contre ce qui constitue l’une des dernières zones échappant à leur contrôle, à l’exception du Nord-Est administré par les forces kurdes, soutenues par Washington. « HTC sait que la Turquie voudrait une zone d’influence tout le long de la frontière pour contrecarrer notamment les Kurdes, et essaye de se faire accepter par la communauté internationale pour se positionner en petit roi de cette région qui serait sous influence turque », estime M. Balanche, qui ajoute que « la Turquie doit passer par les territoires contrôlés par HTC pour ravitailler ses postes » d’observation le long de la frontière de la province d’Idleb, ce qui donne un « pouvoir de blocage d’HTC sur la Turquie, pas l’inverse ».

Survie possible

Le maintien du groupe HTC compromettrait l’application de l’accord de Sotchi, mais ne veut pas pour autant dire un retour immédiat à la situation d’avant l’accord. La semaine dernière et de manière préventive, Moscou a laissé entendre qu’il pourrait accepter un retard dans l’application de l’accord par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, qui avait dit qu’un retard d’un ou deux jours dans la mise en place de la zone tampon ne ferait aucune différence. Le chef de la diplomatie syrienne, Walid Moallem, a pour sa part déclaré hier que « nous devons attendre la réaction de nos amis russes », qui « surveillent » et « suivent » la situation et qui « doivent juger si l’accord est appliqué ou pas », semblant à son tour témoigner d’une certaine flexibilité de Damas quant au délai prévu, même s’il affirme que les « forces armées (syriennes) sont prêtes dans les environs d’Idleb ». Pour sa part, Haid Haid, chercheur au King’s College de Londres, affirme à l’AFP que « même si l’accord n’est pas appliqué aujourd’hui, cela ne veut pas dire qu’il ne tiendra pas ».

L’accord de Sotchi conclu le 17 septembre dernier avait été obtenu à l’arraché par Ankara, alors que la communauté internationale mettait en garde avec véhémence contre une offensive à Idleb, qui pourrait conduire à « la pire catastrophe humanitaire du XXIe siècle », selon les termes du secrétaire général adjoint de l’ONU Marc Lowcock, qui s’exprimait le 10 septembre dernier depuis Genève.




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