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Moyen Orient et Monde

Ankara remporte le premier round à Idleb

Syrie

Le désarmement des groupes rebelles et jihadistes a permis à la Turquie de gagner du temps et de la crédibilité.


10/10/2018

L’accord turco-russe sur Idleb avait tout du casse-tête pour Ankara. Signé in extremis le 17 septembre avec Moscou, allié du régime syrien, l’accord de Sotchi a permis de repousser l’imminence d’une offensive de ce dernier contre la province d’Idleb et des parties des provinces voisines de Hama, Lattaquié et Alep, également contrôlées par la rébellion. L’accord stipule le retrait des armes lourdes d’une zone tampon de 15 à 20 km de large avant aujourd’hui puis le départ des jihadistes de cette « zone démilitarisée » avant le 15 octobre. Après avoir engrangé une victoire diplomatique en parvenant à éloigner le spectre d’un massacre annoncé dans cette région forte de 3 millions d’habitants, Ankara est parvenu à respecter l’échéancier de la première étape de l’accord en réussissant à faire pression sur les rebelles, mais surtout sur les jihadistes de Hay’at Tahrir al-Cham (HTC-ancienne branche syrienne d’el-Qaëda).

Selon Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), « la zone tampon est maintenant presque vidée de toutes les armes lourdes à la veille de la date limite, à l’exception du nord de la province de Lattaquié, où aucun mouvement de retrait n’a été observé » au cours des derniers jours.

Dans ce secteur, les jihadistes auraient caché leurs armes lourdes « dans des tranchées et des endroits secrets », selon M. Abdel Rahmane. Les factions jihadistes, qui dominent 70 % de la future « zone démilitarisée », ont emboîté le pas au Front national de libération (FNL) pro-Ankara, principale coalition rebelle ayant achevé lundi le retrait de ses armes lourdes de la zone tampon. « Personne n’est véritablement gagnant dans cet accord, mais la Turquie a effectivement gagné une sorte de stabilité momentanée en évitant une offensive de grande ampleur contre Idleb », estime Nawar Oliver, spécialiste de la Syrie au centre de réflexion Omran basé en Turquie, contacté par L’Orient-Le Jour. « La partie turque doit maintenant accélérer la mise en œuvre de tous les autres plans de l’accord, ce qui est la phase difficile pour elle », ajoute l’analyste militaire.

L’agence officielle turque Anadolu a annoncé lundi que les forces d’Ankara ont transféré des armes et des véhicules blindés vers la future « zone démilitarisée ». Ce déploiement s’inscrit dans le cadre de la mission de surveillance de la zone tampon qui incombe, en vertu de l’accord, à la Turquie et à la Russie. « Le FNL va garder certains de ses postes dans la zone, et l’armée turque va envoyer davantage d’équipements et de militaires sur ses propres postes d’observation car on ne peut faire confiance au camp du régime à 100 %. C’était une condition du camp de l’opposition : en échange du retrait de leurs armes, la Turquie se doit de renforcer sa présence militaire sur ces points. De son côté, le camp russe doit fournir une preuve concrète du retrait des milices iraniennes et des forces du régime », poursuit l’expert.


(Pour mémoire : Premières difficultés pour la zone démilitarisée à Idleb)


Pas foi en cet accord

Les factions rebelles ont fait part de leur refus d’un déploiement de la police militaire russe et espèrent beaucoup de la protection d’Ankara. « Nous faisons confiance à la partie turque, et cette confiance est mutuelle. Nous avons des intérêts communs, c’est pourquoi il existe une bonne et importante coordination avec Ankara. En revanche, nous ne faisons pas confiance au régime et aux Russes, et nous nous attendons à ce qu’ils rompent l’entente à tout moment. C’est pourquoi nous sommes prêts à combattre à tout moment », affirme Naji Mustafa, porte-parole du FNL, contacté par L’OLJ. Un sentiment partagé par des activistes à Idleb. « La partie turque est aujourd’hui en position de force sur le terrain, bien plus que les groupes armés, donc peut-être qu’elle pourra changer les choses ou du moins empêcher une offensive contre nous. Mais cela ne veut pas dire que j’ai confiance en cet accord, loin de là. Depuis le début du conflit, on nous a vendu des mots à plusieurs reprises et on a vu ce que cela a donné », déplore Assaad, contacté via WhatsApp. « Je n’ai absolument pas foi en cet accord puisque la Russie et le régime nous massacrent depuis des années. Quant à la Turquie, je ne peux pas dire que j’ai une confiance totale, mais je connais son réel soutien du peuple syrien de l’opposition », confie quant à lui Hassan. Les déclarations de Bachar el-Assad dimanche, qualifiant l’accord russo-turc de « temporaire » et assurant qu’Idleb et les régions voisines reviendraient à terme au régime, n’ont fait que confirmer les craintes d’une offensive, même si elle paraît aujourd’hui repoussée.


(Pour mémoire : A Idleb, des dissonances rebelles planent autour de l'accord russo-turc)


Gagner du temps

Alors que Damas et Moscou espèrent éradiquer une fois pour toutes HTC, ce dernier est resté mutique pendant plusieurs semaines, faisant craindre l’échec de l’accord de Sotchi. Si le retrait des armes lourdes, premier volet de l’accord russo-turc, a été mis en œuvre, la création d’une « zone démilitarisée » ne prendra forme qu’après le retrait des combattants jihadistes de la zone, qui doit avoir lieu d’ici à lundi prochain. Mais pour Nawar Oliver, le groupe ne peut « qu’accepter l’accord » car s’il refusait, « il donnerait une invitation à tous de le combattre ». « La prochaine étape sera de montrer qu’il n’y a plus d’extrémistes dans cette zone, mais cela prendra du temps », précise-t-il. Officiellement, HTC ne peut se permettre de montrer à sa base et à ses soutiens qu’il se plie à un échéancier turco-russe, d’où l’absence de communication officielle. « Une méthode utilisée également par les Iraniens. La stratégie est, pour l’un comme pour l’autre, de gagner du temps, de rester silencieux pour finalement respecter toutes les conditions de cet accord », explique Nawar Oliver. Seul Houras el-Din, groupuscule lié à el-Qaëda, avait fait part de son opposition au texte. Cependant, l’OSDH a indiqué qu’il faisait partie des groupes jihadistes qui ont retiré leurs armes lourdes.

« Si HTC annonçait son désaccord officiel avec ce deal, ce qui n’arrivera pas, deux scénarios seraient possibles : la coalition rebelle (FNL) les attaquerait, ou ce sont les Russes et le régime qui s’en chargeraient », explique Nawar Oliver. En cas de rejet des autres termes de l’accord, Ankara pourrait retourner les factions contre lui. « Si HTC ne se plie pas aux conditions turques, il est certain que les autres groupes rebelles n’hésiteront pas à le combattre », abonde Hassan. Deux tendances au sein du groupe jihadiste se distinguent. Celle plutôt favorable à la Turquie et l’autre plus fidèle à ses racines « qaëdistes ». Des dissensions internes qui laissent planer le doute sur une éventuelle mise au pas de HTC par la Turquie au moyende d’une fusion avec les autres groupes rebelles.

« C’est quelque chose dont ils ont discuté en interne à Idleb. Facile à mettre en œuvre sur le papier, mais très difficile en réalité. Les mentalités entre les combattants sont différentes, ils ont différents alliés étrangers, différents buts, donc c’est difficile d’intégrer HTC en tant qu’entité au sein de la coalition rebelle. Si cela devait arriver, on pourrait constater une défection d’une partie de ses membres, comme cela est déjà arrivé », conclut Nawar Oliver.


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ACE-AN-NAS

On se contente de faux espoirs .

L'éradication est programmée et AURA LIEU WHATSOEVER. La Turquie recevra son lot de consolation .
READ MY LIPS.

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DU TEMPORAIRE ! LE SECOND ROUND DU MATCH GUERRIER SYRIEN APPROCHE ET AVEC LUI.LE RISQUE D,UNE GUERRE REGIONALE AUX CONSEQUENCES CATASTROPHIQUES !

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