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Moyen Orient et Monde

Washington se prépare à une guerre illimitée en Syrie

Analyse
OLJ
27/09/2018

Après l’Afghanistan où l’armée américaine est embourbée depuis 17 ans, les États-Unis se préparent à une autre guerre illimitée, en Syrie cette fois : l’administration Trump a fait savoir cette semaine qu’elle restera sur le territoire syrien tant que l’Iran n’en partira pas.

« Nous ne partirons pas tant que les forces iraniennes resteront en dehors des frontières iraniennes, et cela inclut les alliés de l’Iran et les milices armées », a déclaré lundi à des journalistes le conseiller à la Sécurité nationale de la Maison-Blanche, John Bolton.

Ce n’est pas la première fois qu’un responsable américain laisse entrevoir une présence américaine prolongée sur le sol syrien, où Washington a déployé quelque 2 000 soldats, dans le cadre de la lutte internationale contre le groupe État islamique (EI ): en janvier, le Pentagone avait fait savoir que les États-Unis maintiendraient une présence militaire en Syrie « aussi longtemps que nécessaire » pour prévenir tout retour de l’EI. Et en juin, le ministre de la Défense, Jim Mattis, avait prévenu les alliés des États-Unis que quitter la Syrie dès la fin des combats contre l’EI serait une « bourde stratégique ».

Mais c’est la première fois qu’un départ des forces américaines est lié aussi directement à la présence de soldats iraniens et pro-iraniens en Syrie. Et surtout, un lien aussi direct change la nature de l’intervention en Syrie, justifiée légalement par la lutte contre les jihadistes après plusieurs attentats meurtriers en Europe : il ne s’agit plus d’une guerre contre l’EI mais d’une guerre indirecte contre l’Iran.

Questionné sur les propos de M. Bolton, M. Mattis a assuré que la politique américaine en Syrie n’avait pas changé. « Nous sommes en Syrie pour vaincre l’EI (...) et nous assurer qu’il ne revient pas dès que nous aurons tourné le dos », a-t-il déclaré. Le ministre de la Défense, qui apparaît souvent plus mesuré que le bouillant John Bolton, a affirmé « lire la même partition de musique » que lui. Mais la situation sur le terrain est « complexe », a-t-il ajouté. « Il y a des centaines de subtilités et de nuances, je suis le premier à le reconnaître », a-t-il dit.

Guerre perpétuelle

La perspective d’une telle guerre illimitée inquiète notamment la France. « C’est de la responsabilité de Bachar el-Assad, mais aussi de ceux qui le soutiennent, d’engager une solution politique (...), sinon on risque d’aller vers une forme de guerre perpétuelle dans la zone », a averti lundi le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian. « Il y a aujourd’hui cinq armées qui se font face en Syrie, et les récents incidents montrent que le risque de guerre régionale est bien réel », a-t-il ajouté.

Outre le risque de divergences au sein de la coalition antijihadiste menée par les États-Unis, qui mène les opérations dans le nord de la Syrie en coopération avec les Forces démocratiques syriennes (FDS), une coalition de combattants kurdes et arabes, ce virage stratégique est dangereux, souligne Andrew Parasiliti, du centre de réflexion Rand Corporation.

« En tant que candidat et en tant que président, Trump a dit que la guerre en Irak était une erreur et qu’il voulait retirer les soldats américains de Syrie », rappelle cet expert des questions de Sécurité nationale. « Mais la politique américaine est maintenant de rester en Syrie aussi longtemps que l’Iran y restera, et l’Iran ne semble pas pressé de partir, ajoute-t-il. Il y a donc un risque d’escalade ou d’accidents avec l’armée russe, comme on l’a vu la semaine dernière avec Israël. » Le 17 septembre, l’armée syrienne a en effet abattu au large de la Syrie un avion de son indéfectible allié russe avec 15 militaires à bord, Moscou faisant dans un premier temps porter la responsabilité à Israël avant d’évoquer des « circonstances accidentelles tragiques ». La défense antiaérienne syrienne avait ouvert le feu pour intercepter des missiles israéliens visant des dépôts de munitions dans la province de Lattaquié, un bastion du président Bachar el-Assad dans le nord-ouest du pays.

Sylvie LANTEAUME/AFP

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