Une affiche d’Amnesty publiée sur Twitter appelant à la libération du journaliste yéménite.
Un militant yéménite des droits de l’homme, qui a été détenu plus de cinq mois par les forces rebelles houthies l’accusant d’être un espion, a déclaré cette semaine à l’AFP que le processus de paix de l’ONU était trop « naïf ».
Hicham al-Omeisy, journaliste et commentateur politique devenu célèbre pendant le printemps arabe et le conflit qui déchire actuellement le Yémen, avait été arrêté en août 2017 après avoir dénoncé l’existence de la corruption dans les zones du pays tenues par les rebelles.
Il a également sévèrement critiqué les actions de la coalition militaire sous commandement saoudien qui combat les rebelles depuis 2015. Les houthis l’ont accusé d’être un espion à la solde des Saoudiens et des Américains, a-t-il expliqué.
M. Omeisy a été libéré en janvier après une campagne internationale et vit désormais au Caire.
« J’ai été torturé en prison. Ils ont employé des méthodes barbares », a-t-il déclaré à l’AFP, en marge d’une session du Conseil des droits de l’homme de l’ONU, à Genève.
À ses yeux, les fonctionnaires de l’ONU qui tentent de faire venir les deux parties à la table des négociations se font fait « embobiner par les houthis ».
Riyad mène depuis mars 2015 une coalition militaire au Yémen pour aider le gouvernement face aux rebelles houthis issus de la minorité zaïdite, branche de l’islam chiite qui représente environ un tiers de la population yéménite. Les rebelles se sont emparés de vastes pans du territoire, dont la capitale Sanaa, avec le soutien de l’Iran. Le conflit yéménite a fait quelque 10 000 morts et provoqué la pire crise humanitaire du monde, selon l’ONU.
Pendu au mur
Des consultations sous l’égide de l’ONU – les premières depuis 2016 – ont échoué le 8 septembre à Genève avant même d’avoir commencé : après avoir posé des conditions à leur présence, les houthis n’avaient finalement pas fait le déplacement.
« Le processus s’est révélé être très naïf et beaucoup trop simpliste », a relevé M. Omeisy, pour qui la non-venue des houthis à Genève n’était pas une surprise.
Le processus de l’ONU est « imparfait », a-t-il dit : « Vous avez besoin de quelque chose de plus que de bonnes intentions. Vous avez besoin d’une stratégie solide, et vous avez besoin d’une mise en œuvre solide. »
Il estime aussi que c’est une erreur que de vouloir « humaniser » les houthis, accusant ses ravisseurs de l’avoir torturé et brutalisé.
« Ils me pendaient au mur, me battaient. J’avais des coupures et des ecchymoses sur tout le corps », a-t-il détaillé, montrant des cicatrices sur ses poignets, causées par des menottes, et une blessure de couteau sur le dos d’une main.
Ses interrogateurs lui ont demandé d’avouer sur vidéo qu’il était un espion, mais M. Omeisy a dit qu’il avait refusé, faisant remarquer que s’il avait cédé, « je sais que j’aurais été exécuté ». Il a raconté qu’il était détenu seul dans une minuscule cellule, sans lumière ni toilettes, et qu’on lui refusait souvent la nourriture et l’eau.
« Ils vous déshumanisent », a-t-il conclu, ajoutant qu’il savait qu’au moins 16 journalistes étaient détenus dans son bloc et qu’il était hanté par leurs hurlements.
Si l’ONU insiste sur le fait qu’il ne peut pas y avoir de solution militaire au Yémen, M. Omeisy estime qu’il serait préférable d’intervenir rapidement pour reprendre les zones sous contrôle des houthis, faute de quoi le conflit pourrait durer « 70 ans ».
Source : AFP


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