L'éditorial de Issa GORAIEB

À pleines dents

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
26/09/2018

Mon Dieu, gardez-moi de mes amis. Quant à mes ennemis, je m’en charge. (Voltaire)

Y a-t-il une esthéticienne dans la salle ?


Ne souriez pas trop vite : pratiquement inexistants chez nous, ou alors voués au chômage, les conseillers en image sont des consultants extrêmement sérieux et d’ailleurs fort appréciés des grands de ce monde. Ils aident ceux-ci à se présenter au grand public sous un jour plus séduisant, étendant leur expertise au style vestimentaire et même aux caractéristiques morphologiques de leur puissant client. Sur l’autel du relooking, Jacques Chirac a dû ainsi sacrifier ses grosses lunettes au cadre froidement standard et afficher, pour le plus grand bonheur des braves gens, son goût immodéré pour la tête de veau arrosée de bière. François Mitterrand, lui, s’est vu conseiller de faire limer ses canines trop longues qui lui faisaient un sourire de vampire.


Le pouvoir use, dit-on. Il s’use aussi, et si le président Aoun, Dieu préserve sa santé, porte bien le poids des ans, c’est son régime qui se montre étonnamment vulnérable à ce phénomène d’érosion accélérée. Le compteur n’affiche même pas deux ans, le traditionnel délai de grâce n’est pas encore écoulé, et voilà pourtant que le sexennat présidentiel, en proie à une volée de coups venant de toutes parts, arbore déjà une belle collection de bleus, qui viennent s’ajouter à des rides techniquement précoces…


De ce vieillissement avant l’heure, c’est paradoxalement le benjamin du régime qui est le premier responsable, et c’est donc sur sa personne que se sont concentrées d’abord les piques des mécontents. Par son appétit démesuré, le gendre du président, par ailleurs ministre sortant des Affaires étrangères, a réussi le tour de force de se mettre à dos ses éphémères partenaires chrétiens des Forces libanaises ; il s’est aliéné le leader des druzes Walid Joumblatt ; il a croisé le fer avec le président chiite de l’Assemblée Nabih Berry. Et il est même allé jusqu’à irriter ses propres alliés du Hezbollah en évoquant fort peu diplomatiquement, car fort gratuitement, le droit d’Israël à l'existence et à la sécurité.


Ces derniers jours cependant, les piques ont visé bien plus haut ; elles provenaient de sources politiques on ne peut plus diverses ; et elles font voler en éclats la fragile fiction voulant que le palais de Baabda soit innocent des frasques du palais Bustros. Mieux que ne le ferait la plus féroce des oppositions, ce sont objectivement les dévorantes, les impatientes ambitions des proches qui accomplissent le travail de sape. Dès lors, et à défaut d’un introuvable conseiller en image, c’est finalement à un orhodontiste que serait bien inspiré de faire appel le président. C’est son régime, sa crédibilité, la perception qu’en a le peuple, que rongent surtout ces dents beaucoup trop longues.

Issa GORAIEB

igor@lorientlejour.com

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