L’édito de Ziyad MAKHOUL

Pays : Liban ; capitale : Téhéran

L’édito
24/09/2018

Gravement blessée, pratiquement agonisante, la bête est désormais beaucoup plus dangereuse. L’État islamique se désintègre, et de cette fission, de cette (re-)qaëdisation, naissent régulièrement des vocations, des envies, des petits arrangements, des idées que peut saisir au bond tel ou tel groupe, Arabes séparatistes en tête ; naissent cent et un groupuscules, cent et une tentacules, plus ou moins efficaces, plus ou moins inquiétants, plus ou moins déterminés. La bête se meurt et ses enfants s’éparpillent aux quatre coins du monde, moins organisés, moins assurés, mais tout aussi barbares et tout aussi enragés.

On l’attendait, cet attentat spectaculaire en pleine bataille d’Idleb. En Syrie, au Liban, en Irak, peut-être, mais pas vraiment en Iran. Pas en cette Journée nationale des forces armées, particulièrement symbolique, à travers laquelle les ayatollahs célèbrent l’impérialisme perse ; pas nécessairement en ce lieu, la très arabe Ahvaz. Chiites, sunnites, chrétiens, juifs : les terroristes islamistes se moquent royalement de la religion des innocents qu’ils massacrent, et leur danse de mort a ravagé indistinctement des dizaines de villes dans tout le Proche-Orient. Et tant mieux s’ils peuvent faire d’une pierre trois coups : se rappeler au mauvais souvenir du monde entier, tuer un maximum d’innocents et allumer autant de feux possibles, notamment entre l’Iran et l’Arabie saoudite.

Que les responsables soient les Arabes séparatistes ou, bien plus vraisemblablement, l’EI ou ses reliquats, la réaction des autorités iraniennes a été férocement prévisible, mettant immédiatement en cause « les parrains régionaux du terrorisme et leurs maîtres américains », oubliant même de rajouter Israël dans son réquisitoire. Dans ce Stratego grandeur nature pour le contrôle arabo-musulman du Proche-Orient, joué à travers l’histoire contemporaine à quatre par Ankara, Le Caire, Riyad et Téhéran, plus rien ne compte, ou presque, à part la guerre folle, pour l’instant par procuration, qui oppose les deux théocraties les plus fanatiques qui soient : l’Iran et l’Arabie saoudite.

Les Iraniens ont promis une réponse « terrible » après l’attentat d’Ahvaz. Soit : c’est de bonne guerre. Et cette réaction peut prendre plusieurs directions, couleurs, formes et intensité. Sauf que tout le monde connaît le terrain de jeu adoré des puissances régionales (et pas que…) ; tout le monde sait quelle est cette arène idéale pour des règlements de comptes irano-saoudiens, surtout depuis que la guerre du Yémen a montré ses limites, en même temps que toute l’étendue de son pourrissement ; tout le monde est conscient que tant que Riyad et Téhéran veulent éviter un choc militaire frontal, c’est dans une ville, et une seule, qu’ils peuvent (et doivent) jouer leur bras de fer : Beyrouth. Maintenant que le Hezbollah, milice et mercenaires confondus, a fini de contrôler toutes les décisions souveraines du Liban, maintenant que Saad Hariri a compris qu’il ne peut rien faire sans les Saoudiens et que les Saoudiens ont assimilé l’importance du Liban dans leur stratégie régionale, voilà le Liban encore plus ouvert à tous les vents mauvais – à ce que Ghassan Tuéni a simplement et indiscutablement appelé la guerre des autres. Le problème, c’est qu’aujourd’hui, ces (deux) autres, indépendamment de leurs intérêts, supérieurs ou pas, indépendamment de leurs tactiques ou de leurs visions, indépendamment de la Syrie, d’Israël ou des États-Unis, se haïssent intrinsèquement. Convaincus, tant à Riyad qu’à Téhéran, qu’à la fin, il ne peut (il ne doit) qu’en rester un. De régime. Que l’autre doit radicalement changer.

Le problème, c’est qu’aujourd’hui, quand l’Iran s’enrhume, le Liban tousse, se mouche, grelotte de fièvre et perd pratiquement toute son immunité. Le problème surtout, c’est que le parachutage de Michel Aoun et de sa famille au palais de Baabda il y a deux ans a rendu sinon improbable, du moins extrêmement compliqué, l’espoir de trouver médecins et médicaments.

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Zahar Nicolas

EXCELLENT

Gebran Eid

MALHEUREUSEMENT C'EST UN VRAI ARTICLE.

HADDAD Fouad

ou Capitale : RYAD....car notre premier ministre a été démi de ses fonctions depuis la bas il y a 1 an...
Bonnet blanc ou blanc bonnet...

Hitti arlette

L'Arabie de "Ben zizo" ( Gaby nasr ) ne s'enrhume pas ? Bien sûr que , et quand elle s'enrhume elle éternue tout aussi bien que l'Iran chez nous . Cependant , Et pour des raisons qui nous sont inconnues , le rhume iranien est toujours plus carabiné ,plus méchant et donc plus agressif que tous les autres . N'est-ce pas M. Makhoul ?

Saliba Nouhad

Vu de manière rationnelle, votre article, Mr Makhoul est très logique et reflétant la réalité...
Sauf que, si l’Iran s’enrhume, de qu’elle maladie le Liban serait atteint, et si celle-ci est une grippe banale qui peut guérir sans médicaments ou elle se compliquera de pneumonie, sinusite, et méningite pouvant entraîner la mort sans médecin ni soins intensifs?
Vous sous-entendez donc qu’on finira par avoir mainmise totale de l’axe iranien sur le Liban via le Hezbollah, de gré ou de force, s’ils veulent se venger de cet attentât?
Soit un régime de terreur en redescendant dans la rue, muselant toute opposition et reprenant les assasinats politiques, soit on ranime les guerres communautaires et donnant prétexte d’un coup d'état militaire au profit de qui on sait à Baabda...
Tout ceci, au cas où l’Arabie et consorts, ainsi que le monde occidental et Israël ne réagissent pas, ce qui pourrait être le cas, en regardant ce qui se passe chez nos voisins...
Dans tous les cas de figure, le résultat serait catastrophique pour le Liban si vous vous placez dans le camp de l’opposition, mais possible aussi que si vous vous placez dans la logique du camp CPL, ce serait la seule façon de sauver le Liban de ce carcan communautaire sclérosé, sauf qu’ils ne regardent pas plus loin que le bout de leur nez!
En fait, c’est comme voir le verre à moitié vide ou à moitié plein!

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