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Idées

Trump, les droits de l’homme et le deux poids, deux mesures

Moyen-Orient
22/09/2018

Depuis son élection à la présidence des États-Unis, Donald Trump a tweeté l’expression « droits de l’homme » à quatre reprises, toutes dans les trois premiers jours de 2018, et chacune d’elles visait l’Iran. Les attaques de l’administration Trump contre le bilan de l’Iran en matière de droits de l’homme ne se sont pas arrêtées là. C’est ainsi au nom du fait que l’« Amérique se tient aux côtés du peuple iranien » et des violations des droits humains et de la censure pratiquées par les dirigeants iraniens que le secrétaire américain au Trésor, Steve Mnuchin, a imposé une nouvelle série de sanctions contre certains d’entre eux en mai dernier. Le secrétaire d’État Mike Pompeo n’a, lui, cessé de souligner les violations des droits de l’homme en Iran, notamment dans un discours du 22 juillet intitulé « Soutenir les voix iraniennes ». Si cette administration a incontestablement bâti en grande partie sa campagne contre la République islamique autour de cette thématique, isoler l’Iran tout en fermant les yeux sur les pires exactions commises ailleurs risque de causer de réels dégâts.Il est incontestable que Téhéran a un dossier particulièrement lourd en la matière. Au cours de l’année écoulée, son appareil sécuritaire a écrasé la dissidence populaire, entraînant la mort en détention de manifestants pacifiques. Les autorités persécutent les défenseurs des droits humains, les journalistes, les militants, les personnes LGBT et les minorités religieuses, ainsi que les femmes qui protestent contre le port obligatoire du hijab. Le taux d’exécution des prisonniers – dont des mineurs et des personnes privées d’une procédure régulière – y est l’un des plus élevés du monde. À travers son soutien militaire au président Bachar el-Assad et à diverses milices chiites, l’Iran a aussi contribué à des atrocités commises en Syrie.


(Lire aussi : Palestine : la politique de Trump est vouée à l’échec)


« Laisser-faire »
La politique étrangère n’est pas une mince affaire, et trouver la bonne formule pour défendre les droits de l’homme est l’un des défis les plus difficiles auxquels sont confrontés les gouvernements démocratiques. Les approches différeront selon les gouvernements, qui auront néanmoins pour point commun d’être plus durs envers leurs adversaires que leurs amis. D’ailleurs, une partie de l’attractivité diplomatique de la Russie et de la Chine auprès des régimes autoritaires du Moyen-Orient tient au fait que, contrairement aux Européens ou aux Américains, ils ne donnent pas de leçons sur les droits de l’homme.

Une attitude qui a inspiré en partie les débuts de l’administration Trump dans sa volonté de bousculer les normes diplomatiques : dans son discours d’investiture, le président a assuré que les États-Unis ne chercheraient plus à « imposer (leur) mode de vie à quiconque ». Certains observateurs étrangers ont cette approche nationaliste jugée plus honnête que la promotion – souvent contre-productive – de la démocratie américaine par ses prédécesseurs. Mais dans la pratique, cette politique du laisser-faire s’est traduite par une proximité inquiétante avec des autocrates au détriment des alliés traditionnels des États-Unis.Malheureusement, l’utilisation cynique des droits de l’homme par cette administration est susceptible de s’avérer contre-productive, à un moment où l’autoritarisme a le vent en poupe. Non seulement elle suggère que les droits de l’homme peuvent être réduits à un moyen de pression sur Téhéran, mais elle envoie le message suivant aux alliés autoritaires de l’Amérique : dès lors que vous restez cordiaux à l’égard de Trump, vous pourrez réprimer vos peuples autant que vous le souhaitez. Trump a fait l’éloge du dictateur nord-coréen Kim Jong-un comme quelqu’un de « très honorable », en dépit du fait qu’il règne sur un État goulag. Il a déclaré avec enthousiasme que le président philippin Rodrigo Duterte avait fait un « travail incroyable sur le problème de la drogue », alors même que son gouvernement était accusé de mener des milliers d’exécutions extrajudiciaires.


(Lire aussi : Comment Schmitt peut aider à comprendre le monde selon Trump)


Effet de levier dissipé
Et que dire des régimes qui comptent parmi les plus proches alliés des États-Unis au Moyen-Orient ? En Égypte, sous la présidence de Abdel-Fattah al-Sissi – qui a « fait un travail fantastique », selon M. Trump –, des milliers de personnes ont été incarcérées sans procès et des centaines d’ONG ont été fermées. Cette intensification du niveau de la répression et des atteintes aux droits humains a notamment conduit le département d’État à suspendre une assistance sécuritaire de 195 millions de dollars en 2017, avant que Pompeo ne fasse machine arrière en juillet, au nom d’améliorations non spécifiées – et douteuses. Quel que soit l’effet de levier que l’aide américaine aurait pu avoir par le passé, il s’est dissipé : il y a deux semaines, les tribunaux égyptiens ont condamné à mort 75 personnes pour leur rôle dans les manifestations de 2013 au Caire. Bien que les forces de sécurité aient tué des centaines de manifestants lors des violences qui ont suivi, aucun de leurs membres n’a été poursuivi.

En Arabie saoudite, la répression des opinions dissidentes entamée à l’automne dernier se poursuit. Si Riyad insiste sur sa décision de supprimer l’interdiction aux femmes de conduire, cette initiative a coïncidé avec l’arrestation d’une douzaine de militants – pour la plupart œuvrant pour les droits des femmes –, tandis que la peine de mort a été requise contre Salman al-Awda, un éminent théologien ayant critiqué la famille régnante. Entre-temps, l’administration Trump a continué de fournir une assistance militaire à la campagne saoudienne et émiratie au Yémen, en dépit des craintes croissantes des responsables des Nations unies sur la perpétuation de crimes de guerre contre des civils.

« J’ai un message pour le peuple iranien : les États-Unis vous entendent ; les États-Unis vous soutiennent ; les États-Unis sont avec vous », avait déclaré Pompeo dans son discours du 22 juillet. Les citoyens d’Arabie saoudite, d’Égypte, de Corée du Nord, du Myanmar et d’ailleurs pourraient se demander si les États-Unis sont aussi avec eux…


Ce texte est la traduction d’un article publié sur le site de Diwan, le blog du Carnegie Middle East Center.

Perry Cammack est chercheur au sein du programme Moyen-Orient de Carnegie Endowment (Washington DC).


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