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Moyen Orient et Monde

Avion russe abattu par la Syrie : de versions en contre-versions…

récit

Après avoir pointé du doigt Israël et la France, la Russie a reconnu hier que la défense aérienne syrienne avait tiré sur son Il-20.

19/09/2018

Quelques heures après la conclusion d’un accord russo-turc pour l’établissement d’une zone démilitarisée à Idleb, un incident est venu semer la discorde entre Damas et Moscou : un avion russe Illiouchine-20 a été abattu lundi soir en Syrie aux alentours de 23 heures. Après avoir accusé Israël et la France dans un premier temps, le ministère russe de la Défense a reconnu hier matin que le crash, dans lequel ont péri 15 militaires, était le résultat de tirs d’ « un système de missiles S-200 » de l’armée syrienne. Ayant eu lieu dans le cadre de tirs de missiles attribués à Israël en Syrie, la bavure de Damas a accru la tension entre Moscou et Israël dans un premier temps. Les Russes ont accusé l’État hébreu, l’ont menacé de représailles, et la chargée d’affaires à l’ambassade israélienne à Moscou a été convoquée hier dans la journée par la Russie. Le ton est toutefois redescendu dans l’après-midi après que le président russe, Vladimir Poutine, eut déploré « un enchaînement de circonstances accidentelles tragiques ». « Israël n’a pas abattu notre avion », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse (voir par ailleurs).

Retour sur le déroulement de cette journée.


(Lire aussi : Israël joue avec le feu dans la maison russe en Syrie)


Contact rompu
Les premières informations sont fournies dans la nuit de lundi à mardi par le ministère russe de la Défense, cité par l’agence TASS. Cette dernière, citant un officiel russe, rapporte que « le contact a été rompu avec l’équipage d’un Il-20 au-dessus de la mer Méditerranée à 35 kilomètres des côtés syriennes alors qu’il revenait à la base aérienne de Hmeimim ». « Le signal de l’Il-20 a disparu des radars lors de l’attaque de quatre avions israéliens F-16 sur des cibles syriennes dans la province de Lattaquié », bastion de Bachar el-Assad, est-il précisé. La télévision officielle de l’État syrien diffuse, de son côté, des images des bureaux de l’Agence des industries techniques en feu à Lattaquié, peu après que des tirs de missiles, attribués à Israël.

Dans la matinée de mardi, le ministère russe de la Défense affirme que « les pilotes israéliens, se couvrant avec l’avion russe, l’ont placé sous le feu de la défense antiaérienne syrienne ». Il ajoute que la Russie considère comme « hostiles ces provocations de la part d’Israël » et se réserve « le droit de répondre de manière adéquate ». Contactée à ce sujet par Reuters, l’armée israélienne se conforme à sa position habituelle lorsqu’elle est accusée d’être à l’origine de frappes en Syrie, déclarant qu’elle ne commente pas des « rapports étrangers ». Bien que la thèse d’une manœuvre volontaire de la part d’Israël pour faire abattre l’avion russe par l’armée syrienne soit mise en avant par la Russie, de nombreux observateurs estiment rapidement que l’incident est le résultat d’une confusion entre les différents acteurs concernés.


(Lire aussi : Avion russe abattu par les Syriens: sans doute un défaut de communication entre alliés)


Accusations contre Paris
Si l’État hébreu est régulièrement pointé du doigt pour des interventions en territoire syrien, notamment contre des cibles iraniennes, un autre acteur s’est retrouvé, mardi matin, mêlé à l’affaire par des sous-entendus russes. « Dans le même temps, les radars russes ont repéré des missiles lancés à partir de la frégate française Auvergne, qui se trouvait dans la zone », indique en effet en matinée le ministère russe de la Défense. La frégate Auvergne est la quatrième frégate multimissions livrée à la marine nationale française en avril 2017.

Rapidement, le porte-parole de l’état-major des armées françaises, le colonel Patrik Steiger, nie néanmoins auprès de l’AFP les accusations de Moscou, démentant « toute implication dans cette attaque ». « La machine russe à fausses nouvelles devient folle : on accuse les Français d’avoir abattu un avion russe (en fait victime d’un tir “ami” syrien) », réagit, pour sa part, Gérard Araud, l’ambassadeur de France aux États-Unis, sur Twitter. Contacté à ce sujet par L’Orient-Le Jour, l’état-major français des armées a déclaré « ne pas avoir d’autres éléments à transmettre ou d’autres commentaires à faire à ce sujet » La France, qui dispose d’une présence militaire dans la région, a récemment réitéré ses menaces d’intervenir en Syrie si Damas usait d’armes chimiques lors d’une offensive pour la reprise d’Idleb, le dernier grand bastion rebelle syrien situé au nord-ouest du pays. Paris a déjà participé aux tirs de missiles avec les États-Unis et le Royaume-Uni en avril dernier contre deux cibles à Homs, à savoir un site pour le stockage d’armes chimiques et un autre dédié à leur production. L’armée française avait tiré à cette occasion trois missiles de croisière navals MdCN, d’une portée de 1 000 kilomètres, depuis une frégate multimissions.

Abattre un avion russe dans la région ne représente toutefois pas d’intérêt stratégique pour Paris dont l’attention se concentre sur l’utilisation d’armes chimiques par Damas pour intervenir. « La portée des missiles antiaériens de la frégate Auvergne est relativement limitée, entre 20-25 kilomètres, et donc il faudrait que la frégate soit bien positionnée sur l’axe de vol de l’appareil » pour l’atteindre, observe, en outre, pour L’OLJ Joseph Henrotin, chercheur associé à l’Université Lyon III et spécialiste en sécurité internationale. Le type d’appareil touché est par ailleurs « un quadrimoteur de surveillance électronique qui est assez lent, qui vole selon des profils de vol bien particuliers, et pas suivant des profils de vol de basse altitude et de haute vitesse d’un chasseur, par exemple », qui pourrait présenter une menace, précise l’expert.


(Lire aussi : Pour Netanyahu, Israël « agit constamment » pour limiter l’armement de ses « ennemis »)


Capacités syriennes limitées
Alors que Moscou doit pouvoir s’expliquer sur le plan intérieur sur les circonstances de l’incident, « l’une des meilleures façons de faire si on suit la doctrine russe est d’allumer un contre-feu et de porter la responsabilité sur un adversaire de la Russie », explique M. Henrotin. La France, qui entretient des relations tièdes avec Moscou et qui a tenu des positions fermes sur les sanctions à son égard depuis l’annexion de la Crimée en 2014, peut s’inscrire dans ce cadre. « Ce sont les bons vieux réflexes en matière de propagande : “Mentez, mentez, il en restera toujours quelque chose” », ajoute-t-il. Dans la journée, Moscou a néanmoins fini par reconnaître que son appareil avait été abattu par la DCA syrienne. Le président russe a ensuite parlé d’ « un enchaînement de circonstances accidentelles tragiques », semblant adopter un ton conciliant envers Israël.

L’armée israélienne a de son côté contesté que son aviation se soit servie de l’appareil russe comme couverture pour échapper aux tirs syriens, affirmant que ses appareils avaient attaqué un site de l’armée syrienne d’où des systèmes entrant dans la fabrication d’armes étaient en passe d’être livrés pour le compte de l’Iran au Hezbollah

L’incident place Moscou dans l’embarras puisqu’il met en exergue le manque de coordination avec son allié syrien et les limites des capacités de Damas. Alors que l’État hébreu a affirmé avoir réalisé quelque 200 frappes en Syrie au cours des 18 derniers mois, cet incident tend également à montrer que « la défense aérienne syrienne n’est toujours pas capable d’effectuer des opérations antiaériennes qui soient pertinentes, en dépit de l’aide fournie par la Russie », note M. Henrotin. En soirée, le secrétaire d’État américain Mike Pompeo a exprimé sa « peine pour la mort de l’équipage de l’avion russe abattu accidentellement ». Cela « souligne le besoin pressant » de « mettre fin au transit provocateur par l’Iran d’armes dangereuses à travers la Syrie », a-t-il ajouté.

L’incident a donné lieu à un flot de commentaires sur les réseaux sociaux, plusieurs internautes soulignant l’ironie de la situation entre les alliés russe et syrien, alors que le système antiaérien syrien intercepte un avion pour la seconde fois. L’armée syrienne avait abattu un avion israélien en février dernier.


Pour mémoire
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Houri Ziad

Finalement les missiles russes S machin ont montrer leur efficacites....

Jack Gardner

cest du Homsi fire :)

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL N,Y A QU,UNE VERSION : MANQUE DE SYNCHRONISATION DES ALLIES MOUMANA3ISTES... AVEC LEUR PATRON RUSSE !

Yves Prevost

Haram pour les victimes, mais c'est bien fait pour les russes qui n'avaient qu'à ne pas livrer des S200 à des gens qui ne savent pas s'en servir!

Wlek Sanferlou

Jargon technique, c'est du "friendly fire" à distinguer du "célébration fire" commun au Liban lors de tout type de célébration....

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