L’édito de Michel TOUMA

Des indices précurseurs

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
04/09/2018

Il ne faut pas se fier aux apparences, surtout en politique, et plus particulièrement dans le domaine de la stratégie et des sombres desseins des grandes ou moyennes puissances. La preuve la plus éclatante réside sans doute, entre autres, dans les véritables motivations qui ont sous-tendu l’obscure machination qui a abouti à la disparition – pour ne pas utiliser le terme « liquidation » – de l’imam Moussa Sadr le 31 août 1978 en Libye. Il suffit de se poser la traditionnelle question « à qui profite le crime » et de se livrer à un rapide flash-back pour réaliser que la lente et irrésistible montée aux extrêmes au Moyen-Orient depuis l’orée de la révolution islamique en Iran ainsi que le climat de déstabilisation chronique sur le terrain libanais (dont plus d’un acteur régional a tiré profit) ne pouvaient être entretenus en présence d’un grand leader aussi charismatique que Moussa Sadr – libaniste, de surcroît, ce qui explique tout.

Autres exemples de ce type d’événements annonciateurs de grands développements transnationaux : la scène moyen-orientale a été ces dernières semaines le théâtre de trois initiatives qui pourraient constituer des indices précurseurs d’une phase nouvelle dans laquelle risque d’être entraînée la région. À l’ombre de l’atmosphère de bras de fer actuel tournant autour de l’expansionnisme iranien – plus précisément celui des pasdaran–, ces trois démarches significatives entreprises par Téhéran méritent aujourd’hui attention…

La récente visite du ministre iranien de la Défense Amir Hatami fin août à Damas où il a signé un accord de coopération militaire avec le régime Assad reflète d’abord clairement la détermination du pouvoir des mollahs à maintenir bec et ongles sa présence stratégique en Syrie, une décision qui représente incontestablement un pied de nez à tous ceux (Américains, Israéliens et Saoudiens en tête, et peut-être aussi les Russes) qui réclament le retrait total des Iraniens et de leurs milices supplétives de Syrie. Une telle obstination en dit long sur ce que pourrait être la suite des événements…

Comme pour mettre l’accent encore plus sur cette posture jusqu’au-boutiste, l’Iran aurait par ailleurs récemment déployé en Irak – selon des informations non encore confirmées – des missiles balistiques au bénéfice de ses suppôts locaux. Une initiative qui, le cas échéant, ferait d’une pierre deux coups : renforcer davantage la base arrière de l’implantation militaro-sécuritaire en Syrie ; et faire face manu militari à la vague irakienne grandissante qui s’oppose à la mainmise iranienne sur Bagdad.

L’avancée au niveau de ces deux initiatives à caractère régional coïncide avec un autre développement majeur, interne à l’Iran : le véritable vote de défiance qu’a subi le président Hassan Rohani au Parlement, et la destitution de deux (jusqu’à présent) de ses ministres par ces mêmes députés, à une confortable majorité. L’escalade renouvelée à l’échelle du Moyen-Orient s’accompagne ainsi d’un durcissement de la part de l’aile radicale, en l’occurrence les pasdaran, contre le courant dit « modéré », pointé du doigt devant l’opinion iranienne comme le premier responsable de la crise socio-économique… Une crise provoquée, à n’en point douter, par l’expansionnisme régional, mais présentée tout simplement comme la conséquence de la « corruption et l’incompétence » de certains ministres. Une façon commode de détourner l’attention du coût très lourd de l’effort guerrier mené de manière outrancière un peu partout dans la région.

Ces trois développements sont-ils liés l’un à l’autre et constituent-ils un fil conducteur illustrant une relance de la ligne de conduite agressive que tentent de consolider les gardiens de la révolution ? On serait tenté de le croire à la lumière du contexte présent. Quelques éléments de réponse pourraient être en tout état de cause apportés sur ce plan à la faveur de la prochaine réunion au sommet qui regroupera vendredi prochain à Téhéran les présidents russe Vladimir Poutine, turc Recep Tayyip Erdogan et iranien Hassan Rohani.

Il ressort de ces grandes manœuvres géostratégiques que l’implication directe du Hezbollah dans nombre de conflits régionaux, sous la houlette inconditionnelle du guide suprême de la République islamique, entraîne tous les Libanais dans une situation guerrière sans horizon qui transforme le Liban dans son ensemble en véritable otage d’un jeu machiavélique qui le dépasse et dont le Hezbollah risque un jour de faire les frais. Et avec lui le fragile équilibre politico-communautaire interne.

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gaby sioufi

selon des sources moumanaistes pas encore verifiees encore moins fiables, l;iran sera tres prochainement ennobli du Prix Nobel pour la science de la stabilite int'l.
une Nouvelle branche des sciences appliquee par les seuls iraniens a ce jour.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

REPONSE EN IRAN ET NON CHEZ GHADDAFI !

HIJAZI ABDULRAHIM

vous continuez à l'Orient le jour, à présenter l'Iran comme un facteur de déstabilisation dans la région ainsi que le Hezbollah. C'est la version américaine actuelle. Nous sommes d'une génération qui a vécu les affres de la politique américaine dans la région : la Palestine et l'Irak sont deux exemples vivants.
C'est pour cette raison que nous ne pouvons pas admettre votre argumentaire. Si vous avez des angoisses, prenez un prozac....cela calme et ne change pas la donne....

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