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Liban

Réfugiés syriens : Moscou déterminé à aller au bout de son initiative, malgré la froideur internationale

crise

Zasypkine annonce la mise sur pied d’un comité conjoint libano-russe.

31/08/2018

À la veille de l’arrivée à Beyrouth du haut-commissaire des réfugiés, Filippo Grandi, qui doit effectuer aujourd’hui une escale à Beyrouth après une visite en Syrie, l’ambassadeur de Russie, Alexandre Zasypkine, s’est réuni hier avec le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, pour examiner ce dossier, sous l’angle de l’initiative russe de rapatriement de quelque 890 000 réfugiés syriens se trouvant au Liban.

Née dans le sillage du sommet russo-américain d’Helsinki, la proposition faite par Moscou projette un rapatriement massif des réfugiés depuis les pays d’accueil, dont le Liban, une initiative qui n’a toujours pas reçu l’aval de la communauté internationale, comme devait d’ailleurs l’admettre M. Zasypkine à sa sortie du palais Bustros.

Interrogé par les journalistes sur « le gel » de cette initiative, notamment du côté américain, le diplomate a précisé que la proposition de son gouvernement « est stratégique et globale. Elle est ouverte à la participation de tous », a-t-il dit, en précisant que l’initiative russe « ne vise pas seulement à mettre en exergue le rôle russe (sur le terrain syrien). Le plus important reste, en définitive, la décision des autorités syriennes. Quant aux autres parties, dont la Russie, elles ne font qu’apporter leur grain à l’édifice », a-t-il relevé, dans une tentative de mettre en avant le rôle du régime de Bachar el-Assad, en mal de légitimité. En outre, le diplomate cherchait vraisemblablement à répondre aux analyses selon lesquelles Moscou serait quasiment le seul maître à bord et seul parrain de la reconstruction de la Syrie, concomitante du projet de rapatriement, et que ce seraient les Russes qui auraient poussé Bachar el-Assad à avaliser l’idée de ce retour massif, dont le président syrien se serait bien passé.


(Lire aussi : Réfugiés syriens : possible demande de clarification du palais Bustros à la France)


Dans l’entourage d’un responsable libanais qui s’est récemment rendu à Moscou, on rapporte, de la bouche de responsables russes, que l’administration américaine, dont le président, Donald Trump, avait salué l’initiative russe de rapatriement à Helsinki, se serait rétractée. Les Russes ont fait état d’une divergence d’opinion à ce sujet entre le département américain de la Défense d’une part et le Conseil de sécurité nationale et le président d’autre part, ajoute-t-on de même source. L’avis du département de la Défense est qu’en avalisant le plan russe de rapatriement des réfugiés, les États-Unis admettraient ainsi la victoire des Russes en Syrie, ainsi que leur propension à vouloir contrôler le processus de la reconstruction, auquel les Américains voudraient prendre également part, dit-on.

En définitive, ce serait l’avis du département de la Défense qui aurait fini par prévaloir, mettant un terme à toute aspiration américaine à soutenir l’initiative de Moscou.

Mardi dernier, la déléguée américaine aux Nations unies, Nikki Haley, avait pourtant répercuté la position de Washington à ce sujet, en laissant entendre que les États-Unis ne prendront pas part à la reconstruction. « Vous l’avez détruite, elle vous appartient », a lancé Mme Haley à l’occasion d’un sommet organisé par la Fondation pour la défense des démocraties.

Cependant, il n’y a pas de retour en arrière pour Moscou sur ce dossier, une position que l’ambassadeur russe à Beyrouth a réitérée hier à l’issue de sa rencontre avec M. Bassil : « Nous souhaitons que les Américains soutiennent cette initiative. Mais si leur position va être négative, cela ne veut pas dire pour autant que nous devons y renoncer. Cela n’aura pas lieu. » M. Zasypkine a exprimé la volonté de Moscou d’aller en avant et de « coopérer avec ceux qui le souhaitent ».


(Lire aussi : Réfugiés syriens : sans l’ONU – et les donateurs –, pas d’avenir pour l’initiative russe)


Le diplomate a par ailleurs indiqué avoir évoqué avec M. Bassil la question de la mise sur pied d’un comité mixte russo-libanais, chargé de la logistique de l’opération de rapatriement, une structure envisagée également en Jordanie dans le cadre du projet russe. M. Zasypkine a annoncé, à sa sortie du palais Bustros, que ce comité sera mis sur pied « très prochainement », soulignant que

M. Bassil lui a fait savoir que les « préparatifs ont déjà été achevés du côté du ministère des Affaires étrangères et que des contacts sont actuellement entrepris avec les autres parties ».

Il reste à voir de quelles « autres parties » il s’agit, sachant notamment que le ministre d’État sortant pour les Affaires des réfugiés, Mouïn Merhebi, affirme pour sa part n’avoir pas été prévenu de cette démarche qui, dit-il, « est à sens unique », dans la mesure où M. Bassil « fait cavalier seul ». M. Merhebi dénonce le fait que la décision de la mise sur pied de ce comité n’a pas été prise en concertation avec les membres du gouvernement sortant, « ou à défaut, avec les membres de la commission ministérielle chargée des réfugiés ».

Interrogé, Antoine Constantine, conseiller de M. Bassil, répond à ces accusations : « Nous sommes en présence d’un gouvernement sortant. Par conséquent, la mise en place d’un comité de ce type, dont les activités ne requièrent pas de dépenses précises, et qui n’est pas de l’ordre d’une convention, est clairement du ressort du ministre des Affaires étrangères. »

M. Constantine affirme que toute initiative ou action prise par M. Bassil dans le cadre du dossier des réfugiés a « quand même fait l’objet, à ce jour, d’une coordination étroite avec le Premier ministre, Saad Hariri », en dépit des déclarations issues des milieux qui font état du contraire. M. Hariri avait affirmé, il y a deux jours, « avoir été prévenu » de la visite de M. Bassil à Moscou.

« Le ministère des Affaires étrangères traite ce dossier d’une portée nationale avec la plus grande responsabilité et cherche à l’éloigner, tant que possible, des tiraillements internes », ajoute M. Constantine. « Il n’y a aucune concurrence à ce niveau avec qui que ce soit », dit-il.


(Lire aussi : La Syrie prête à assumer le retour d'un million de réfugiés, selon Moscou)


Une initiative orpheline
Pour Ziad el-Sayegh, expert en matière de politiques publiques et de réfugiés, « nous sommes, pour le moment, en présence d’un accord russo-russe, qui n’a pas encore l’aval de la communauté internationale » et qui par conséquent ne saurait aboutir comme souhaité par Moscou. « La Russie table sur la coopération du Liban, de la Jordanie et potentiellement de la Turquie, dans l’espoir de pousser en avant le projet et convaincre les grandes puissances et donateurs d’y contribuer », dit-il, en expliquant qu’aux Européens, les Russes font miroiter « le rêve de débarrasser leur territoire des réfugiés syriens » ; aux Libanais et aux Jordaniens, « ils avancent l’argument du fardeau socio-économique présumé de la présence des réfugiés en invoquant une relance de leur économie respective ».

M. Sayegh déplore en outre la manière dont ce dossier a été géré au niveau libanais officiel et se demande « pourquoi M. Bassil n’a pas notamment pris la décision d’envoyer une missive à l’ONU et à la présidence du Conseil de sécurité, mais aussi à la Ligue arabe » pour susciter leur soutien à cette initiative, sur la base de l’engagement du Liban par rapport aux conventions internationales et standards en faveur d’un retour digne et sécurisé.


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