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Liban

Au Liban, les mères divorcées pourront enfin mentionner les noms de leurs enfants sur leurs extraits d’état-civil

Statut personnel

Même si elles saluent cette mesure, les associations de lutte pour les droits de la femme estiment qu’il ne s’agit nullement d’un exploit et que beaucoup reste à faire.


30/08/2018

Le ministère de l’Intérieur a annoncé hier que les femmes divorcées pourront désormais inclure les noms de leurs enfants sur leurs extraits d’état-civil, « par souci d’égalité entre les Libanais et les Libanaises ». Une initiative saluée par les associations de lutte pour les droits de la femme, qui refusent toutefois de la considérer comme un exploit, mais plutôt comme une opportunité pour faire la lumière sur les mesures discriminatoires qui touchent les femmes, notamment au niveau des lois sur le statut personnel.

« Dans le cadre de la mise en œuvre de plus d’égalité entre les citoyens et citoyennes du Liban en ce qui concerne l’obtention de documents d’état-civil, si une femme libanaise divorcée demande une copie de son registre d’état-civil, qui est à nouveau rattaché à celui de ses parents, il est demandé aux chefs des bureaux d’état-civil d’inclure les noms des enfants de cette femme et leur numéro d’état-civil dans la case réservée aux commentaires du document », a annoncé le ministère dans une circulaire émise par le directeur général du statut personnel, Élias Khoury. Concernant les femmes divorcées plusieurs fois et ayant des enfants de pères différents, elles devront quant à elles s’adresser directement au directeur général du statut personnel afin de pouvoir inclure les noms de leurs enfants sur les documents en question.

Réagissant dans un communiqué, le ministre d’État sortant aux Droits de la femme, Jean Oghassabian, a salué cette initiative, affirmant qu’il s’agit d’une « étape essentielle vers l’égalité entre les hommes et les femmes ». Cette décision « permet d’obtenir des documents complets, dans lesquels il ne manque pas d’informations concernant le situation familiale de la femme libanaise », selon le ministre, qui a souhaité que « plus de décisions soient prises en faveur des droits de la femme ». « Le dossier des droits de la femme a besoin d’une aide législative au Parlement et au sein du gouvernement (…) afin de travailler sur les propositions de lois présentées dans ce domaine », a-t-il ajouté.

De même pour la députée de Beyrouth Paula Yacoubian, qui a vu dans cette mesure une « fierté » pour les citoyens. « Ce que le directeur général du statut personnel Élias Khoury a fait est exceptionnel, pionnier et porteur d’espoir », a-t-elle estimé hier dans une publication sur Twitter.

Le député du Kesrouan Chamel Roukoz a pour sa part considéré hier dans un tweet que cette mesure constituait « un pas sérieux et important pour l’obtention des droits de la femme ». « Nous poursuivons notre travail pour que les femmes puissent obtenir plus de droits civiques et politiques », a-t-il dit.

« Nous ne voulons plus de rapiéçage »

Contactées par L’Orient-Le Jour, les associations de défense des droits de la femme, elles, n’entendent pas les choses de la même façon, même si elles saluent la décision du ministère de l’Intérieur.

« Cette mesure facilitera certainement la vie des mères divorcées dans le cas des extraits d’état-civil familiaux, mais elle ne résoudra pas le problème concernant les extraits d’état-civil personnels. Ces derniers sont souvent tributaires de la bonne volonté du père qui doit lui-même effectuer la demande », a indiqué à L’OLJ Leïla Awada, avocate de l’association Kafa qui milite contre l’exploitation des femmes.

« Nous ne considérons pas cette décision comme un exploit mais nous en profitons pour mettre en avant la situation des femmes. Elles sont traitées comme des êtres inférieurs lorsqu’il s’agit de statut personnel », a déclaré Mme Awada tout en faisant remarquer que « la plupart des gens ignoraient tout de cette situation avant que le ministère de l’Intérieur ne fasse part de sa décision ».

« Il y a besoin d’une loi civile sur le statut personnel où l’on parlera d’autorité parentale partagée et non plus d’autorité paternelle. Nous ne voulons plus de rapiéçage d’autant plus que ces mesures ne sont pas égalitaires entre toutes les femmes… Qu’en est-il des Libanaises mariées à des étrangers ? Il faut que les femmes puissent obtenir leurs droits et qu’on dépasse le système patriarcal et machiste », a souligné Mme Awada.

Même son de cloche chez Karima Chebbo, coordinatrice au sein de la campagne « Ma nationalité, un droit pour ma famille et moi ». « Tout pas qui va dans le sens de la correction de la situation actuelle et qui respecte l’égalité entre les hommes et les femmes est positif, mais il ne s’agit pas d’un exploit parce que la situation était incorrecte à la base », a indiqué Mme Chebbo à L’OLJ.

« Avant que cette mesure ne soit décidée par le ministère de l’Intérieur, une femme divorcée ne pouvait pas vraiment prouver que ses enfants étaient les siens puisqu’ils sont inscrits sur le registre de leur père. C’est un peu comme si elle avait uniquement servi à faire office de nourrice », a souligné Mme Chebbo.

« Les lois sur le statut personnel sont discriminatoires envers la femme et il faut qu’on puisse concevoir la femme en tant qu’individu indépendant et non pas en tant qu’individu rattaché à un homme. Le plus important est de changer la loi sur la transmission de la nationalité », a-t-elle ajouté.


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Sarkis Serge Tateossian

Une avancée importante. Bravo.

Un divorce est une rupture, une désolation, mais parfois une solution, et de telles lois remettent l'intérêt de l'enfant et le droit des femmes au coeur de l'humain.
Félicitations.

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