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Liban

Résultats des législatives : le retrait du recours de Salah Salam n’engage pas les autres candidats

scrutin

Le mufti de la République veut « tourner la page des législatives », alors que certains jugent possible que le Conseil constitutionnel invalide la victoire du député Nouhad Machnouk.

S. N. | OLJ
30/08/2018

Les candidats défaits aux dernières législatives dans la circonscription de Beyrouth II et qui ont présenté des recours en invalidation des résultats du scrutin devant le Conseil constitutionnel ont tenu mardi une réunion élargie au domicile du juge Khaled Hammoud, qui fait partie des requérants, dans le cadre des réunions que ceux-ci tiennent régulièrement depuis l’annonce des résultats du scrutin.

La dernière réunion en date a cette fois été signalée dans un communiqué, les candidats ayant voulu se démarquer du journaliste Salah Salam, candidat malheureux à l’un des sièges sunnites de Beyrouth II, qui a annoncé lundi le retrait du recours en invalidation qu’il avait présenté, expliquant sa démarche par le devoir de solidarité avec la présidence du Conseil, dont les prérogatives constitutionnelles sont actuellement remises en cause par le chef de l’État.

Sa démarche est isolée et n’engage pas le reste des candidats ayant saisi le Conseil constitutionnel et qui se comptent désormais à 34. Les dix colistiers de Salah Salam, pris de cours par sa démarche, ont choisi de maintenir le recours présenté par leur liste : soutenir les compétences de la présidence du Conseil n’a rien à voir avec un recours visant à protéger les droits des candidats, estiment-il.

Le reste des candidats malheureux, toutes listes confondues, qui ont présenté conjointement un recours en invalidation, sont de l’avis des colistiers de M. Salam.

Dans un communiqué, les candidats concernés par ces deux recours ont insisté sur le fait que « le retrait du recours présenté par le candidat Salah Salam ne concerne que lui, indépendamment des justifications qui l’accompagnent ». Ils ont tenu ainsi à « assurer à l’opinion publique libanaise, et en particulier l’opinion publique beyrouthine, que leurs recours sont maintenus et en cours d’examen par le Conseil constitutionnel ». Pour ces candidats, « aucun retrait de leur part n’est envisageable, peu importe les pressions, les circonstances, les tentations ou les intimidations » susceptibles de les viser, surtout que les législatives ont été entachées de violations telles qu’elles s’assimilent à « une mascarade historique qui n’a pas d’équivalent au monde », selon le texte. Maintenir le recours signifie « respecter la volonté et le libre arbitre des électeurs (…) en remontant les traces des votes perdus ou disparus (…) dans le cadre d’une falsification flagrante des résultats ». C’est pourquoi les candidats ont « exhorté le Conseil constitutionnel à accélérer la procédure et à trancher le contentieux, en révélant la vérité sur le scrutin, sans se laisser affecter par les pressions, quelle qu’en soit l’origine (…) ».


(Pour mémoire : Recours contre les résultats des législatives : le Conseil constitutionnel dément les rumeurs)


Irrégularités flagrantes

Pour Béchara Khairallah, candidat malheureux au siège grec-orthodoxe de Beyrouth II qui a présenté un recours devant le Conseil constitutionnel, le caractère « flagrant » des violations conforte l’espoir des requérants d’obtenir gain de cause. « Les violations sont si manifestes que les recours doivent aboutir à quelque chose. Comment qualifier par exemple, si ce n’est d’acte de falsification, le fait qu’un candidat ait obtenu zéro voix dans son propre bureau de vote ? » se demande-t-il, en réponse à L’Orient-Le Jour.

Le pari est grand sur la justice que doit rendre le Conseil constitutionnel. « Cette instance prestigieuse a connu deux étapes majeures. La première remonte à 2013 lorsque le Conseil constitutionnel ne s’est pas réuni, faute de quorum, pour statuer sur le recours en invalidation de la loi de prorogation du mandat du Parlement, présenté par le chef de l’État de l’époque, Michel Sleiman. La seconde date de 2017 lorsque le Conseil constitutionnel a invalidé une série de mesures fiscales adoptées pour financer la nouvelle grille des salaires, suite à un recours présenté par dix députés, dont Samy Gemayel. C’est sur la seconde expérience que nous comptons », déclare M. Khairallah.


(Pour mémoire : Rifi tire à boulets rouges sur le pouvoir qu’il accuse de « tricherie »)


Machnouk dans le viseur ?

Le communiqué publié hier par les requérants serait dans ce sens une réponse à la démarche de Salah Salam sur le terrain politique. Son acte isolé a en effet donné matière à des insinuations médiatiques sur un échec anticipé des recours en invalidation. Des insinuations auxquelles les candidats ont voulu mettre un terme, surtout que « le retrait du recours de M. Salam est en soi le signe que certains craignent d’ores et déjà l’aboutissement de ce recours », a fait remarquer Béchara Khairallah, dans une allusion à peine voilée au député et ministre sortant Nouhad Machnouk. En prenant la décision de ne pas le nommer ministre au sein du nouveau cabinet, le Premier ministre désigné Saad Hariri a comme levé la couverture sur M. Machnouk, estime M. Khairallah. Pour lui, « il ne fait pas de doute que le président Hariri soutiendra toute décision judiciaire qui sanctionne les irrégularités du scrutin ».

« Le souhait du mufti »

Notons que Salah Salam a été reçu hier à Dar al-Fatwa par le mufti de la République, le cheikh Abdellatif Deriane, qui l’a félicité pour son retrait. « Ma démarche a fait suite au souhait du mufti », a révélé M. Salam, rappelant l’enjeu qui vise à « unifier les rangs en exprimant notre attachement à Taëf et au document d’entente nationale ». « Le mufti souhaite que nous œuvrions avec le reste des parties pour parachever l’unification des rangs (autour de la présidence du Conseil) et tourner la page des élections ».

C’est omettre que des candidats malheureux qui ont présenté un recours en invalidation, toutes communautés confondues, défendent la présidence du Conseil, sans comprendre pourquoi il leur faut tourner la page des législatives à cette fin…


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Stes David

Voila c'est des bonnes informations de OLJ, je trouve que OLJ donne des bonnes reportages sur la vie politique au Liban. Je pense que la liste "Beyrouth la patrie" de Salah Salam, Imad Hout, Ibrahim Chamseddine c'etait une autre liste que celle de "L'opposition beyrouthine" de Bechara Khairallah et Lina Hamdane. Aussi je me demande ce qui se passe maintenant avec "Le mouvement de l’Initiative nationale" de initiée par Farès Souhaid et Radwan Sayed car il semble que la liste "Nous avons la décision" a gagne deux sieges Jbeil.

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